#29 Jason Falkner – Presents Author Unknown

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Beaucoup de « D » au bout du compte dans mon top mais pas de Dylan :toocoolforschool: Je citerai encore une fois Nick Hornby dans son recueil 31 songs cette fois :

« Je possède bien évidemment Blonde on Blonde et Highway 61 Revisited. Ainsi que Bringing It All Back Home et Blood on the Tracks. Tout amateur de musique a ces 4 albums dans sa discothèque. Et je m’intéresse également assez à Dylan pour avoir acheté les volumes 1 à 3 des Bootlegs series et cet album live dont on sait aujourd’hui qu’il n’a pas été enregistré au Royal Albert Hall »

Il continue comme ça pendant un gros paragraphe en citant une dizaine d’albums de Dylan qui font également partie de sa discothèque.

« Certaines personnes – ma mère par exemple, qui n’a pas plus de vingt CD en tout et pour tout – en concluraient que je suis un fan de Dylan. Or, des fans de Dylan, j’en connais, et ils ne reconnaitraient pas l’un de leurs en moi. […] Je ne connais aucun texte de ses chansons en entier – juste un ou deux vers par-ci, par-là. Je ne considère pas que Dylan soit plus important ni plus talentueux qu’Elvis Presley, Marvin Gaye, Bob Marley ou plusieurs autres artistes majeurs […] Simplement, j’aime bien quelques mélodies, ce qui, ai-je été amené à croire, ne suffit absolument pas. » (31 songs, pp 53,54,55)

Ca ne lui suffit pas non plus pour intégrer mon top et crois moi qu’il doit bien avoir les boules à l’heure qu’il est mais tant pis pour lui, c’est la vie, eh oh c’est bon, il va s’en remettre quand même.

Donc le disque suivant dans mon top est ce sublime exemple de power pop anglophile qui n’aura malheureusement pas vraiment de suite digne de ce nom. Jason Falkner est un musicien supérieurement doué dont on s’est très rapidement arraché les services (Air, Beck, McCartney, Glenn Campbell pour ne citer que les plus illustres), au détriment sans doute de sa propre carrière d’auteur-compositeur. C’est dommage car ce 1er album tutoie la perfection : il fait partie de ceux auxquels je pense immédiatement lorsque je cherche un album qui équilibre à parts égales pop, rock et folk.

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Une dernière chose avant de partir – critique

Coup de théâtre sur Grande remise :  une lecture inopinée est venue se glisser dans la read-list que j’avais établie. Désolé pour le chamboulement, j’espère que ça te déstabilisera pas trop.

Jonathan Tropper - Une dernière chose avant de partir
La couve est vraiment naze, on dirait de la chick lit au rabais.

Drew Silver n’a pas toujours fait les bons choix. Sa gloire éphémère de batteur dans un groupe de rock – qu’un seul et unique tube a propulsé brièvement aux sommets des charts – remonte à près de dix ans. Aujourd’hui, il vit au Versailles, une résidence qui accueille des divorcés un peu paumés, comme lui. Pour gagner sa vie, il a intégré un orchestre spécialisé dans les cérémonies de mariages. Son ex-femme, Denise, est sur le point de se remarier. Et Casey, sa fille qui s’apprête à intégrer Princeton, vient de lui confier qu’elle est enceinte – et ce uniquement parce que de ses deux parents, Silver est celui qu’elle répugne le moins à décevoir. Lorsqu’il apprend que sa vie ne tient plus qu’à un fil et que seule une opération peut le sauver, Silver prend une décision radicale : il refuse l’intervention. Le peu de temps qui lui reste à vivre, il veut le consacrer à renouer avec Casey, à devenir un homme meilleur. Pendant que, sous le regard de sa famille au comble de l’exaspération, Silver bataille ferme avec cette question existentielle, chacun se démène pour recoller les morceaux de cette famille désunie, au risque de l’abîmer davantage encore… (Amazon.fr)

J’aime beaucoup les romans de Jonathan Tropper. Pour situer, il est un peu le Nick Hornby américain : quarantenaire, background toujours un peu rock/indé, références à la pop culture, personnages principaux masculins archétypaux du mâle occidental blanc classe moyenne fondamentalement lâche et attachant. 2 différences majeures : sa judéité et, corrélée, l’importance de la famille. Même si tous ses romans (celui-ci est le 4ème) comportent une intrigue amoureuse, celle-ci est toujours envisagée à travers le prisme de relations familiales compliquées voire castratrices.

Son style est simple, sans fioritures, rilax. Tropper est naturellement cool, sarcastique et smartass juste ce qu’il faut, sans verser dans le cynisme pour autant et sans jamais essayer de désespérément coller à son époque.

Malgré un ton toujours humoristique et une distance ironique, Une dernière chose avant de partir est son roman le plus sombre et le plus risqué. Il y jongle avec des évènements tragiques et potentiellement dangereux, de nombreux rebondissements dramatiques qui lui confèrent un aspect particulièrement rocambolesque parfois un peu lourdingue : adapté au cinéma, ça pourrait donner une horreur absolue d’enchaînements de larmes, de rires, de portes qui claquent, d’embrassades, de scènes hystériques absolument insupportables. Je vois Julia Roberts, je vois Meryl Streep et je paierai certainement pas ma place pour voir ça sur un écran.

Ce qui sauve le bouquin du naufrage, c’est évidemment le talent de Tropper pour l’introspection, pour la description de la psychologie de ses héros gentiment brisés par les regrets, les mauvais choix, les rendez-vous manqués. Ca vaut quelques pages/chapitres assez sublimes, d’une grande mélancolie, d’une grande sensibilité et acuité. Parfois bouleversants pour être honnête.

Il emporte finalement la mise en négociant à merveille LA question, LE dilemme que doit résoudre l’un des personnages dès les premières pages du bouquin. J’ai eu très peur mais non : chez Tropper, l’optimisme de la conclusion, l’indispensable « amélioration » des personnages en fin de course ne se fera jamais via un happy end putassier. Intéressant de voir comment il traite cette question d’ailleurs d’un point de vue sociologique. Difficile d’en dire plus sans spoiler.

Beaucoup aimé donc mais je ne le conseillerais pas pour aborder Tropper si tu ne l’as jamais lu : mieux vaut se lancer dans Le livre de Joe, son premier roman, celui qui l’a rendu célèbre. Un régal.

#7 The Beatles – Rubber Soul

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Il y a sur ce disque celle qui a été ma première chanson préférée des Beatles (Nowhere Man), celle qui l’est devenue par la suite (You Won’t See Me) et enfin celle qui l’est toujours à l’heure actuelle (In My Life).

« Quelle fut la cause, et quel l’effet ? La musique, ou le malheur ? Est-ce que je me suis mis à écouter de la musique parce que j’étais malheureux ? Ou étais-je malheureux parce que j’écoutais de la musique ? […] Les gens s’inquiètent de voir les gosses jouer avec des pistolets, les ados regarder des films violents ; on a peur qu’une espèce de culture du sang ne les domine. Personne ne s’inquiète  d’entendre les gosses écouter des milliers – vraiment des milliers – de chansons qui parlent de cœurs brisés, de trahison, de douleur, de malheur et de perte. Les gens les plus malheureux que je connaisse, sentimentalement, sont ceux qui aiment la pop music par-dessus tout ; je ne sais pas si la pop music est la cause de leur malheur, mais je sais qu’ils ont passé plus de temps à écouter des chansons tristes qu’à vivre une vie triste. A vous de conclure. » (Nick Hornby, Haute-Fidelité)

Fever Pitch

Mon histoire avec le Real a débuté le 04 novembre 1987.

Je ne dis pas « mon histoire d’amour » car tu sais aussi bien que Nick Hornby et moi qu’il y a tout autant, sinon davantage de douleur et de souffrance là-dedans que de l’amour à proprement parler. En tout cas je m’en sors plutôt bien, je pourrai être supporter de l’Atletico ou du Stade Rennais (encore que, supporter de l’Atletico c’est pas si mal depuis 3-4 ans). Je pourrais même, qui sait, supporter Barcelone… Non mais t’imagines? J’en ai des frissons d’effroi…

Sauf que non, c’est le Real Madrid, et c’est donc très précisément le 04 novembre 1987 que tout s’est joué.

Jusque-là, je DETESTAIS ce club. Par pur esprit de contradiction : ma famille supportait le Real Madrid, il fallait donc que je me trouve d’autres favoris. Aussi simple que ça. Je me souviens pourtant avoir vibré dans mon lit en écoutant en douce à la radio les exploits de Camacho, Santillana ou encore Juanito, auteurs d’exploits incroyables en défunte coupe de l’UEFA notamment (l’ancêtre de la Ligue Europa), inversant plusieurs éliminatoires très mal engagées : victoire 6-1 contre Anderlecht après avoir perdu 4-1 à l’aller par exemple. Dingue ! C’est ainsi au cours de ces années là qu’est né le mythe madrilène de la remontada ainsi que celui d’el espiritu de Juanito, d’après l’état d’esprit bagarreur du premier numero 7 légendaire du Real (avant Butragueño et Raul). Mais je me forçais à contenir mon enthousiasme, je ne voulais pas le montrer. Petit con.
J’adorais sans restriction les allemands en revanche (au début des années 80, c’est les allemands qui étaient au top, et quand on est petit, on supporte les vainqueurs), et je te le dis sans détour : Séville, 1982, France-RFA, j’ai sauté de joie quand les blancs (déjà…) sont revenus au score. Un vrai petit con, vraiment.

Pour en revenir à Nick Hornby, et contrairement à ce qu’il explique si finement dans Fever Pitch, le Real ne s’est donc pas imposé à moi sans raison, comme un fait établi (auquel cas je les aurai supporté dès que j’avais l’âge de m’intéresser à ces choses là, par pur atavisme familial) : il s’est imposé à moi par la puissance de son expression footballistique.

Ce jour-là donc, le 04 novembre 1987, les merengues affrontent le FC Porto en 1/8ème de finale retour de la Coupe des Champions. Le match aller s’est soldé par un 2-1 ric-rac, les guesh sont champions d’Europe en titre, autant dire que le Real n’est pas vraiment en ballotage favorable. Mais ça je m’en fous : je m’installe pour regarder un « gros » match, pas pour vibrer pour l’une ou l’autre des 2 équipes.
Sauf que là c’est le choc. C’est Pet Sounds, Walden, Vertigo. Sous mes yeux, le football. Le Football mon vieux.

Les 11 coupables
Je l’ai encore ce maillot!

Porto marque dès la 22ème minute. A la mi-temps, les guesh sont donc qualifiés. Tout se joue en 2ème période, à l’entrée de Paco Llorente, joueur à l’allure un peu pataude, totalement inconstant, éternel espoir, déception permanente mais capable de fulgurances terrassantes sur son aile gauche. Ce soir-là, il fait l’amour à l’arrière-droit portugais pendant 45 minutes et nous gratifie d’un festival de crochets, de passements de jambes (putain, celui qu’il accomplit sur le but qui amène le 1-1 m’a hanté pendant des années), de débordements en tout genre.
Pour la faire courte, en 2ème mi-temps donc, c’est la leçon : 11 footballeurs atteignent une sorte d’extase collective qui décuple, centuple leur pourtant immense talent individuel. Le doublé du Real est inscrit par celui qui deviendra pour toujours mon héros footballistique absolu, Jose Miguel Gonzalez Martin del Campo, dit « Michel » (oui, LE Michel entraîneur de l’OM et tu vas me faire le plaisir de prononcer son nom « Mitchell ». Tout comme on dit Real Madrid et pas Real de Madrid). Cette 2ème mi-temps, c’est un choc esthétique pur et simple : les arabesques dessinées par les trajectoires de ces petites figures blanches sur fond vert s’impriment à jamais sur ma rétine. J’en suis ému aux larmes. Et je bascule, irrémédiablement.
Cette année là, le Real accomplit un superbe parcours mais se fait sortir salement par un très sale PSV Eindhoven en demi-finale (le même PSV qui avait sorti Bordeaux en quarts, avec notamment l’agression préméditée du poète Ronald Koeman sur Gentil Gana). Cette génération dorée, celle de la quinta del Buitre, ne sera jamais championne d’Europe. Mon plus gros chagrin de supporter, ex-aequo avec la finale de Roland-Garros perdue par McEnroe face à Lendl en 1984.

29 ans que ça dure cette histoire…
C’est complètement con, totalement absurde. Je sais tout ça, tu penses bien… Mais ce soir, je serai encore comme un couillon devant mon écran, à me lever toutes les 3 minutes comme si j’étais sur le banc de touche, et à gueuler comme un connard pour que 11 types en blancs viennent à bout de 11 types en bleu (tu sais bien toi, qu’il FAUT gueuler pour que ça passe). Pour assister, peut-être, comme en 2000, à un geste de ce genre (l’un de mes plus beaux moments de supporter ce match-là). Pour espérer qu’encore une fois, le très gâté et aristocrate public du Bernabeu entre en fusion comme il sait le faire lors des grands rendez-vous, lors de ces remontadas impossibles qui ont émaillé les épopées européennes des blancs. Pour que le Real Madrid élimine Manchester City en 1/2 finale retour de la Ligue des Champions.