Ma vie avec Liberace – critique

Avant Elvis, Elton John et Madonna, il y a eu Liberace : pianiste virtuose, artiste exubérant, bête de scène et des plateaux télévisés. Liberace affectionnait la démesure et cultivait l’excès, sur scène et hors scène. Un jour de l’été 1977, le bel et jeune Scott Thorson pénétra dans sa loge et, malgré la différence d’âge et de milieu social, les deux hommes entamèrent une liaison secrète qui allait durer cinq ans. « Ma Vie avec Liberace » narre les coulisses de cette relation orageuse, de leur rencontre au Las Vegas Hilton à leur douloureuse rupture publique. (Allocine.fr)

Le précédent Soderbergh m’avait laissé pas mal indifférent: ni foncièrement mauvais, ni réussi, un film moyen typique. Plutôt sympathique néanmoins.
Mais depuis le temps, on sait le gars capable du meilleur quand il veut bien se sortir les doigts (désolé mais j’adore cette expression et j’attendais avec impatience de pouvoir la placer.). C’est le cas pour Ma vie avec Liberace (Behind the candelabra en vo), récit des dernières années de la vie du pianiste camp et de son idylle avec le dénommé Scott.

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Très vite, on réalise que Soderbergh n’effectue que les bons choix : Liberace était absolument over the top (« excentrique », « folle », « kitsch » sont des adjectifs qu’une seule et unique image de lui suffit à rendre totalement caduques), sa demeure ressemblait à une miniature du plus over the top des casinos de Las Vegas, il aimait le sexe et les jeunes mecs. En un mot, tout pourrait justifier de multiples effets de manche, un traitement clinquant, tout semble crier La cage aux folles de toutes ses forces mais Soderbergh fait le choix de la sobriété.  La dope, le sexe, les liftings (incroyable Rob Lowe, dont le visage trop parfait est merveilleusement utilisé pour le transformer en total freak), il montre tout, absolument tout, mais sans jamais en rajouter. Pas la peine : le personnage, sa démesure, ses excès, suffisent à remplir l’écran, constituent des effets puissants à eux seuls.

Pas, ou très peu de musique non plus : on risquerait la surcharge là encore. En lieu et place du biopic flamboyant avec effets virevoltants, du biopic « vegasien » en somme auquel on serait en droit de s’attendre, la chronique tantôt drôle, tantôt cruelle, d’une histoire d’amour qui finit mal. Son film démarre avec la rencontre des 2 amants, s’achève avec leur rupture. Ligne droite. Pas de flashbacks explicatifs et signifiants (le seul flashback est une scène racontée en direct par Douglas à Damon, une illustration de ses propos donc).

Ne pas croire pour autant que s’il ne joue pas la carte de la surenchère, Soderbergh pêche du coup par jansénisme. Il garde simplement la bonne distance, au plus près de ce couple finalement très classique, privilégiant sur la forme les longues scènes de dialogues entre les 2 (souvent dans la chambre, au lit ou dans la jacuzzi).
Il ne se permet quelques « fantaisies » que lors de la dernière séquence, absolument sublime, lors de laquelle il lâche les chevaux côté émotion, chose rare chez lui. Sa puissance en est d’autant plus forte, c’est logique.

Tu as sans doute pu lire partout si tu t’intéresses au film que les 2 acteurs sont au top: c’est très vrai. Et là encore, tout se fait naturellement, de manière évidente: pas de performance ostentatoire, juste 2 mecs, Michael Douglas et Matt Damon, qui connaissent leur boulot et qui visiblement avaient à cœur de bien le faire à ce moment-là.

Très beau film donc.

Elysium – critique

En 2150, la terre est devenue un immense bidonville à ciel ouvert (parce que multiplication des conflits armés, pollution, surpopulation, films de Leos Carax). Les nantis se sont exilés sur un genre de station orbitale, Elysium: tout y est propre, vert, cossu, WASP. Évidemment, les terriens (dans leur très grande majorité: pas vraiment WASP) n’ont qu’un seul et même rêve/objectif: pouvoir rejoindre un jour Elysium et y construire une vie meilleure. C’est le cas notamment de l’un deux, dont j’ai oublié le prénom, mais qui est évidemment interprété par Matt Damon.

A gauche, la fusion du Che et de Patrick Hernandez (sa canne est hors-champ)
A gauche, la fusion du Che et de Patrick Hernandez (sa canne est hors-champ)

Voilà pour le pitch: classique, efficace, sans chichis. Ce type de SF « sociale » dont Paul Verhoeven ou John Carpenter se sont faits de brillants représentants à quelques reprises, je marche toujours. J’aime ces univers faussement irréels : description d’un futur absolument cauchemardesque et inimaginable dont on se rend très vite compte qu’il est déjà une réalité à bien des niveaux et pour bien des personnes. Je résume donc à nouveau: la Terre = le Mexique ou n’importe quel pays du Tiers-Monde / Elysium = les Etats-Unis ou n’importe quel pays prospère et protectionniste.

District 9, le premier film de Neil Blomkamp fonctionnait déjà selon le même principe et fonctionnait d’ailleurs très bien : il déroulait un propos politique certes un peu superficiel et manichéen mais dans le bon sens du terme, dans le genre indispensable piqûre de rappel, illustration de réalités édifiantes.

Elysium suit le même chemin: les Terriens sont de vrais crève-la-dalle se débattant au jour le jour pour survivre tant bien que mal, les « élyséens » sont de vrais nantis bien têtes à claques comme il faut. Et le réalisateur a bien évidemment choisi son camp.
Je citais Paul Verhoeven et John Carpenter plus haut et c’est sans doute faire beaucoup trop d’honneur à Neil Blomkamp mais il tente très clairement de marcher dans leurs pas : la subversion, la violence un peu kitsch du premier, l’approche politique un peu manichéenne et désuète du second. Sans compter la tournure un peu New-York 1997 que prend l’intrigue à la fin de son premier quart (difficile d’en dire plus sans spoiler).

Le problème c’est que bien évidemment, Blomkamp n’est ni Verhoeven, ni Carpenter, loin s’en faut. Il n’a ni le sens de la provocation dérangeante du premier, ni le sens visuel du second. Son film manque donc singulièrement… de cinéma. Le manichéisme presque bienvenu que j’évoquais plus haut montre vite ses limites et si le côté vraiment bourrin des scènes d’actions et des saillies de violence gore amuse/réjouit une fois sur 2, il lasse également et logiquement une fois sur 2, d’autant que la lisibilité n’est pas toujours au rendez-vous.

Le final est une caricature de final de blockbuster genre t’es-bien-gentil-avec-ton-film-de-gaucho-mais-faut-finir-maintenant-et-si-possible-de-manière-à-ce-qu’on-te-laisse-faire-un-autre-film-après-celui-là-si-je-me-fais-bien-comprendre.

Mais j’ai bien aimé quand même. Un côté film de geek à 300 millions de dollars que je trouve toujours assez jubilatoire et sympathique (un peu comme Pacific Rim en somme). Malgré les nombreux défauts et les concessions de la dernière partie, j’en garde donc un sentiment positif.