Tame Impala – Le Bikini, Toulouse

Le groupe qui a eu les honneurs de la 1ère place du top 2012 de Grande remise (ils en étaient très fiers m’a-t-on dit) allait-il se hisser sur scène à la hauteur de ses performances en studio ? Julien Barbagallo, le batteur du groupe et cassoulet pur jus allait il faire honneur à son statut d’enfant prodigue ? Kevin Parker allait-il arpenter la scène pieds nus ou en tongs ?

Autant de questions auxquelles je vais tout de suite apporter une réponse. Comme Jeff Copé: sans langue de bois.

1ère partie assurée par les locaux de Dunst !  Pratiquement rien vu d’eux car la chaleur est déjà intenable dans un Bikini pourtant à moitié vide : c’est pas que l’affluence soit faible, c’est que l’autre moitié préfère prendre le peu d’air frais qui circule à l’extérieur, autour de la piscine. Je suis pas contrariant, je suis le mouvement donc Dunst !, désolé les mecs mais ça sera pas pour ce soir.

J’essaie durant l’entracte de me faire violence pour trouver un coin potable me permettant de bien profiter de ce concert que j’attends impatiemment depuis longtemps. La chaleur est VRAIMENT intenable : une fois la salle (très) remplie, je vais littéralement me liquéfier durant 1h30 (Kevin Parker dira d’ailleurs qu’il n’avait pas eu aussi chaud depuis son départ d’Australie).

Le groupe semble avoir pitié de nous et prend la scène assez rapidement. Ouverture (très) progressive sur Why won’t you make up your mind ?: une boucherie. Bah, c’est pas la peine de tourner autour du pot hein: le groupe fait illico honneur à sa réputation grandissante en live et forcément, dans une salle-studio comme le Bikini, c’est une tuerie immédiate. Les nappes de synthés et les textures si particulières de la Rickenbacker de Parker et de son-comparse-qu-on-s-en-fout-comment-il-s-appelle sont restituées à merveille et le son du groupe bénéficie clairement de la dynamique d’un vrai batteur. Seul petit bémol : ça manquait un poil de basse parfois (sur Feels like we only go backwards notamment, mais sur Elephant par exemple, c’était énorme).

Si le concert est d’emblée excellent, il décolle véritablement pour moi à partir de Solitude Is Bliss, que le public accueille avec tout l’enthousiasme qu’il mérite. « There’s a party in my head and no one is invited ». Décuplée par la puissance de projections video hautement lysergiques, la musique de Tame Impala est plus immersive et psychédélique que jamais. Très attendu lui aussi en ce qui me concerne, Half Full Glass of Wine est joué au milieu du set et non en rappel comme je l’imaginais : dantesque. La preuve right here, right now.

Il ne faut pas écarter l'hypothèse que ces jeunes aient pris de la drogue au moins une fois dans leur vie
Il ne faut pas écarter l’hypothèse que ces jeunes aient pris de la drogue au moins une fois dans leur vie

La setlist déroule sans fausse note les meilleurs titres du groupe qui fait preuve d’une maîtrise assez hallucinante (seul manquera à l’appel Desire Be Desire Go, petit regret perso), plus 2 jams absolument délicieuses : l’une plutôt funky, l’autre très planante. Tame Impala construit ses morceaux et varie les tempos à merveille : gros frisson de plaisir sur Mind Mischief où le riff est constamment et imperceptiblement accéléré ou ralenti. Ils quittent la scène sur un Apocalypse Dreams absolument sublime, aussi épique et grandiose que son titre le suggère.

Alors pour répondre aux questions (Grande remise, le blog qui ne prend pas ses lecteurs pour des jambons)

– oui, mille fois oui.

– Trop mignon, Kevin Parker nous explique que cette date est très spéciale pour eux pour cette raison bien précise ; que Barbagallo les tanne avec Toulouse depuis des mois et qu’ils sont super contents d’être là. Au-delà du discours démago de circonstance, le groupe a l’air effectivement très content ce soir. Pour marquer définitivement le coup, le fils prodigue revient sur scène revêtu du maillot du Téfécé période Gignac pour le rappel. Il avait d’ailleurs enregistré un hymne à la gloire du club du temps où il sévissait sous le pseudo Le Cube (ce clip détient énormément d’informations…). Et dire que ce petit branleur, je le croisais encore dans le public de tous les concerts auxquels j’assistais il n’y a pas très longtemps… Aujourd’hui il compte Burgalat, Mehdi Zannad, Tahiti 80 et une tournée mondiale avec Tame Impala à son palmarès. Bravo à lui, il le mérite, c’est un fantastique batteur.

– Je sais pas, je voyais pas de là où j’étais.

A+ les chouchous

Melody’s Echo Chamber – Connexion café, Toulouse

Melody’s Echo Chamber aka Melody Prochet a sorti l’an dernier un bon album de dream-psych-pop produit par Kevin Parker de Tame Impala (son boyfriend; enfin, à l’époque en tout cas, j’ignore ce qu’il en est actuellement. Je maîtrise mal le dossier, désolé).

On pouvait croire que pour ce concert, le public ne serait pas le même que pour celui de King Tuff au même endroit la veille. Eh bien non, il n’était pas le même, pas du tout. Pour King Tuff c’était t-shirts à slogans, facial hair en bataille et casquettes de truckers, pour Melody c’est plutôt moustache de hipster, veste cintrée pour monsieur et pimpante robe à fleurs pour mademoiselle (beaucoup plus de filles dans l’assistance évidemment).

Sur scène ils sont 5 et si le public, assez nombreux, est évidemment là pour Melody (entre la blogueuse de mode et une Lou Douillon qui se laverait un peu plus souvent), une partie vibre également pour le bassiste, Benjamin Gilbert, le régional de l’étape. Il est habituellement guitariste des toulousains d’Aquaserge, auteurs récemment d’un album avec April March et groupe de scène de Bertrand Burgalat il y a quelques années. Le batteur d’Aquaserge, l’excellent Julien Barbagallo aka Le Cube, accompagne d’ailleurs Tame Impala sur sa tournée mondiale. Tu suis toujours ?

Cette photo a été prise il y a bientôt 3 mois or hier soir elle portait exactement les mêmes fringues. C'est tout ce que j'ai à dire.
Cette photo a été prise il y a bientôt 3 mois or avant-hier soir elle portait exactement les mêmes fringues. C’est tout ce que j’ai à dire.

Concert de 45 minutes à peine mais qui paraissait en durer beaucoup plus. Bien en place, excellents musiciens, bonnes chansons mais beaucoup trop uniforme. Ca manquait singulièrement de relief. L’impression d’avoir sous les yeux et entre les oreilles une version plus pop de Beach House (que je tiens pour une grosse supercherie), donc forcément, ça m’a pas transcendé.

Pour être franc, j’ai déjà oublié ce concert… Et j’ai bien peur que c’était déjà le cas à peine sorti de la salle. Je continuerai néanmoins d’écouter l’album à l’occasion. C’est mignon ça.

Top albums 2012

1. Tame Impala – Lonerism

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La pop d’hier, d’aujourd’hui et de demain en 50 minutes tubesques, rêveuses, lysergiques. Un grand trip psyché qui s’achève au son des vagues du Pacifique, parfait. Le disque produit par Kevin Parker pour sa nana, Melody’s Echo Chamber est très bien également.

2. Beachwood Sparks – The Tarnished Gold

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Retour inespéré de l’un de mes groupes fétiches. J’ai déjà tout dit ici.

3. Neville Skelly – Poet & the Dreamer

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Richard Hawley s’est à moitié manqué cette année mais c’est pas grave : Neville Skelly a pris le relais d’un crooning anglais sombre et classieux mais versant folk/sixties. Il est accompagné par The Coral, y a pas de hasard. Sans doute ma pochette préférée de l’année.

4. Sébastien Tellier – My God Is Blue

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Un album qui m’a d’abord déçu (je n’aimais pas du tout la seconde moitié). Mais mais mais… Il propose des choses très fortes formellement: ces rythmiques hénaurmes, ce côté pop moscovite grandiloquent. C’est pas un disque tiède du tout quoi. Et puis c’est un grand disque d’amour… Je pense que Tellier essaie avant tout de manière un peu naïve peut-être, par la simple puissance d’une mélodie, d’un changement d’accord ou de tonalité, de toucher à des sentiments très purs. Disons qu’il y a là une croyance très touchante en la puissance universelle de la musique. Ca par exemple, c’est très très fort je trouve. Bon et puis y a eu ce concert incroyable qui biaise totalement mon avis sur ce disque.

5. Ty Segall – Twins

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L’homme de l’année (sauf en France évidemment où il bénéficie de zéro exposition): 3 albums, une compil de singles et à chaque fois que du bon, ou presque. Ici en tout cas c’est un sans faute: du garage-psych-rock qui lévite autant qu’il tabasse. C’est super pêchu, c’est mélodique, c’est malin, c’est joyeux, c’est malsain, c’est Nuggets à mort donc évidemment ça me parle beaucoup!

6. Father John Misty – Fear Fun

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Le grand disque Californien de l’année (il brasse plus large celui des Beachwood Sparks), succédant à celui de Jonathan Wilson l’an dernier . Le mec était batteur pour les Fleet Foxes… Tu m’étonnes qu’il s’y sentait un peu à l’étroit… Super, super album. Très varié, avec des chansons douces, mélancoliques et d’autres carrément enlevées, très basiques.

7. Jim Noir – Jimmy’s Show

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Un de mes pitits chouchous, un des invités potentiels de mes soirées idéales: Jim Noir c’est l’Angleterre pleine de fantaisie, excentrique, élégante et insulaire dont la lignée débuterait avec Lewis Carroll et se poursuivrait avec les Kinks, le Magical Mystery Tour, les Small Faces, Le Prisonnier ou plus récemment Gruff Rhys. Un mec qui écrit des chansons sur le thé, sa maman ou sa vieille Ford Escort. Un mec bien.

8. Spiritualized – Sweet Heart, Sweet Light

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Longtemps le number one mais je m’en suis un peu lassé… Je pense en réalité que l’album n’est pas complètement à la hauteur de son ouverture, LA chanson de l’année (je n’aime pas du tout ce clip ceci dit). Ces 3 dernières minutes ascensionnelles nom de Dieu… M’enfin, je pinaille, ça reste du très très haut niveau tout du long. La pochette WTF de l’année.

9. Neil Young & Crazy Horse – Psychedelic Pill

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Comment fait-il pour rester aussi pertinent et enflammé après tous ces albums, tous ces chefs d’œuvre, toutes ces années, toutes ces vies? Ce mec est un dieu…

10. Damien – Flirt

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Ici

11. Matthew E. White – Big Inner

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Modeste en apparence, assez dingue quand on creuse, le prototype du disque qui se bonifie avec les écoutes et les années. Entre Randy Newman, Allen Toussaint et Dr John, une soul sophistiquée et orchestrale absolument sublime.

12. Air – Le Voyage dans la Lune

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Depuis Love 2, Air semble complètement revigoré, osant à nouveau jouer des morceaux enlevés et rythmés, ne se contentant plus de faire (très bien mais un peu en pilotage automatique) du Air. Très impatient d’entendre la suite de leurs aventures.

13. Rufus Wainwright – Out of the Game

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Après un premier album parfait, Rufus a toujours un peu déçu malgré un talent hors-norme. Il y a encore ici des titres un peu faiblards mais le reste est délicieux: il a eu la bonne idée de lâcher un peu la bride à son producteur, Mark Ronson, qui lui a concocté un son 100% moelleux, 100% esprit Calif’. Ca lui va à merveille alors qu’on l’imaginait pas forcément sur ce créneau.

14. Bonnie Prince Billy & Trembling Bells – The Marble Downs

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Depuis bientôt 20 ans, Will Oldham sort un disque par an (à peu près). Et chacun d’eux, ou presque, mériterait de figurer dans les tops de fin d’année. Celui-ci ne déroge pas à la règle. Et remet les choses à leur place: une bonne chanson country, c’est souvent un mec et une nana qui se chamaillent amoureusement dedans. La nana vient du Vieux Continent et fait partie des jeunots écossais de Trembling Bells (dont les albums sont d’ailleurs plus que recommandables), le mec c’est donc Will Oldham, Nouveau Continent. Et ça fonctionne à merveille.

15. The Fresh and Onlys – Long Slow Dance

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Groupe garage originaire de San Francisco. Plus pop que Ty Segall ou Thee Oh Sees. Pas leur meilleur, un peu trop produit à mon goût: ils perdent un peu leur mystère, leur côté « spectral » et mortifère (qui leur valaient des comparaisons avec The Coral). Mais ce sont de très bonnes chansons et le disque est très agréable.

16. Thee Oh Sees – Putrifiers II

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Again, from San Francisco, du garage rock mélodique, malin, vicieux. Du garage rock donc. Pochette immonde.

17. Euros Childs – Summer Special

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Non content de porter l’un des plus beaux noms qui soient, Euros Childs écrit depuis désormais plus de 20 ans (il était co-leader de Gorky’s Zygotic Mynci) quelques unes des meilleures chansons pop contemporaines. Cet album est dans la lignée de celui de Jonny l’an dernier (son projet avec Norman Blake de Teenage Fanclub): naïf, enjoué, primitif, mélancolique.

18. The Explorers Club – Grand Hotel

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Encenser Real Estate, Tristesse Contemporaine ou Lescop et balayer d’un revers de la main ce groupe parce qu’il serait passéiste, c’est quand même du gros foutage de gueule : il y aurait donc une hiérarchie dans le revivalisme? Allons allons… Explorers Club écrit de superbes chansons et les interprète impeccablement: c’est tout ce qui devrait compter. Magnifique pochette ceci dit.

19. Rumer – Boys Don’t Cry

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Alors là attention, c’est très précis. On est évidemment pas dans le rock, on est même quasiment plus dans la pop : on est dans la variété. La variété au sens Bacharach et Jimmy Webb du terme mais la variété quand même. Et ici plus qu’ailleurs, faut pas se rater : un milligramme de sucre, une lichette de crème fouettée en trop et c’est l’indigestion. Rumer reste toujours du bon côté de la barrière parce qu’elle a un goût à toute épreuve (reprises de Paul Williams, Todd Rundgren, Townes Van Zandt, ça calme), qu’elle sait s’entourer et qu’elle a une voix à faire passer Karen Carpenter pour Hélène Ségara. Évidemment, pour un fan de Minor Threat, Passion Pit ou Autechre, c’est juste de la soupe : il faut avoir les bons outils pour apprécier ce type de mixtures, c’est pas donné à tout le monde. En revanche, le premier qui dit que le sucre et la crème fouettée sont peut-être pas passé dans sa musique mais directement sur ses fesses a totalement raison.

20. Alabama Shakes – Boys & Girls

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Un des albums plébiscités dans tous les tops qui comptent et c’est mérité. Alabama Shakes c’est un peu le groupe que Kings of Leon aurait pu devenir s’ils avaient pas préféré être U2 à la place de Coldplay et s’ils avaient eu une chanteuse. De la country-soul sudiste comme on l’aime, qui donne envie de tailler la route dans son pick up, une casquette de trucker sur la tête, une serveuse un peu fatiguée ramassée après son service sur le siège passager, une glacière pleine de bières fraîches à l’arrière.