Hier soir je suis allé au McDo et j’y ai reçu une quantité non négligeable d’informations notables.
Déjà, le Big Mac : c’est quoi ce bordel?!?! Il était tout rachetoque! Ils les ont rapetissé?! Ou alors ça faisait vraiment très longtemps que j’en avais pas commandé parce que je n’avais pas souvenir d’un aussi petit burger. Ca m’a contrarié.
Dans ce restaurant, des écrans diffusant des clips sont disposés un peu partout. Ca m’a permis d’effectuer une rapide mise à jour sur ce qui se produit actuellement dans l’industrie musicale (étonnamment, la réponse est : de la merde).
J’y ai ainsi vu un clip de Madonna, Turn Up the Radio (note l’originalité du titre, appel désespéré à peine voilé qu’on pourrait traduire par: « écoutez ma chanson, je vous en supplie »). Il m’a curieusement fait penser au clip de Louxor, j’adore mais surtout, en voyant Madonna, j’ai pensé aux Yeux sans visage: elle est tellement botoxée, maquillée, sur-éclairée, que son visage se réduit désormais à un espace blanc entouré de cheveux blonds et dont n’émergent que 2 yeux et une bouche. J’en ai déduit qu’il y avait en elle davantage de l’inquiétante étrangeté du film de Franju que dans tout Holy Motors et j’ai trouvé ça d’une ironie assez réconfortante.
Suivait un clip des Beach Boys, That’s why God made the radio, tiré de leur dernier album sorti en 2012 et que je n’ai pas voulu écouter. C’était assez triste (et la chanson, et le clip) comme je le craignais. En faisant une petite recherche j’ai découvert que l’un des morceaux figurant sur ce disque était co-écrit par Bon Jovi. Tristesse, encore.
Enfin, un clip de Justin Bieber, featuring le dénommé Big Sean (déjà…). Sans intérêt évidemment jusqu’à l’apparition de Michael Madsen. Michael Madsen nom de Dieu… Mr Blonde dans Reservoir Dogs, Budd aka Sidewinder dans Kill Bill… Dans un clip de Justin Bieber putain… Ca m’a déprimé.
Heureusement juste après j’ai vu Populaire et c’était absolument super : j’en parlerai dans mon top films.
Il y a quelques temps, faute de mieux et on va pas se mentir, autant par envie de lire un truc pas trop impliquant que par curiosité malsaine, j’ai attaqué ce pilier de la littérature contemporaine que constitue apparemment Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Un best-seller en tout cas.
J’aime bien de temps en temps me plonger dans un ouvrage dont je sais pertinemment que je vais le détester mais dans lequel je vais me vautrer avec une délectation un peu masochiste. C’est pareil pour la musique ou le cinéma bien sûr: s’écouter/se mater de temps à autres du Lady Gaga, un Besson, Justin Bieber, Radiohead ou un Carax, ça fait avancer, quelque part.
C’est ainsi que je me suis déjà fait, avec toujours un petit frisson d’interdit, un Marc Lévy, un Anna Gavalda, un Harlan Coben etc. Tu vois l’idée.
Là, ça s’annonçait quand même costaud. Le titre déjà. Et puis… Non, c’est tout.
En 4ème de couverture, Gavalda confesse avoir trouvé le livre « Absolument délicieux ! »: j’ai eu un renvoi acide à ce moment-là, suivi d’une déglutition pénible à cause du point d’exclamation. Autant dire que j’allais en chier, et sur 400 pages en plus.
Eh bien je n’ai pas été déçu. Dans le genre littérature britonne Laura-Ashley-pique-nique-charmant-et-un-peu-guindé-dans-le-Kent-mais-avec-toujours-cet-humour-british-tu-sais, ça se pose là. C’est pas compliqué : au bout de 3 lettres (c’est un roman épistolaire), j’avais l’impression de manger un scone.
Entendons-nous bien, et je souhaite un maximum de clarté là-dessus : j’adore les scones. C’est pas le problème. Un bon scone, y a rien de mieux: un scone bien beurré avec de la confiture de fraises ou d’oranges mmmmmh, c’est bon ça. Mais un scone c’est une pâtisserie, c’est pas de la littérature. Tu me suis ?
Si tu tombes sur ce livre dans une librairie, une bibliothèque ou chez des amis, fuis. Et change d’amis.
Et puis c’est agaçant parce que c’est le genre de bouquin dont on comprend illico qu’il va un jour ou l’autre être adapté au cinéma. Et on voit tout aussi rapidement trrrrrèèèèès bien ce que ça va donner.
Ferme les yeux : l’écrivain un peu effrontée, subtilement affranchie des codes sociaux de son époque (l’immédiat après 2ème Guerre Mondiale), oui, c’est Keira Knightley. En plus, le contexte fait de privations et rationnements drastiques lui fournira une super excuse pour perdre 27 kilos supplémentaires, elle va kiffer. L’éleveur de porcs bègue, si timide et si touchant, c’est Colin Firth, of course. Le fils à papa cultivé et sûr de lui qui courtise l’héroïne: Jonathan Rhys Meyers, you betcha. Et là, cette femme mûre, si digne malgré le poids des difficultés de la guerre, qui taille les rosiers dans son jardin, un chapeau de paille à large bord sur la tête… mais oui, c’est Judi Dench (ou Helen Mirren… ou Meryl Streep, une américaine, certes, mais elle peut tout jouer). Le gentil ivrogne du village, truculent et un cœur gros comme ça : un rôle pour Brendan Gleeson ça (ou Meryl Streep: elle peut tout jouer).
Je veux bien accorder une chose à ce livre : il nous plonge assez bien dans ce que furent les années de guerre en Grande-Bretagne, toutes ces années « Keep calm and carry on » qui nous fascinent toujours un peu nous continentaux. Mieux, il décrit avec parfois une certaine puissance d’évocation, ce que fut l’occupation de Guernesey et des îles anglo-normandes, seul territoire britannique occupé par les troupes du IIIème Reich.
Pour le reste, c’est un supplice : mièvrerie, apologie du bon sens terrien (ah ces braves paysans qui ont si bien saisi avec leurs moyens limités ce qu’est VRAIMENT la poésie de Wordsworth ou Shakespeare), émotion embuée mais retenue devant la noblesse de cœur des petites gens… Hypocrisie des auteurs surtout : il s’agit d’un roman épistolaire donc, et choral mais ô miracle, tous les protagonistes, de l’ivrogne au dandy en passant par l’éleveur de porcs, la rebouteuse du village ou l’écrivain londonienne s’expriment dans le même langage châtié. Sérieusement?!?! Et puis cousu de fil blanc bien sûr : toi qui viens d’entamer le bouquin et qui te demande qui Juliet, la charmante écrivain si piquante et si spirituelle, va choisir entre l’esthète richissime, arrogant et condescendant et le modeste éleveur de porcs sensible, généreux et amateur de littérature de l’île de Guernesey, je vais te donner la réponse. Elle choisit de se faire démonter donner son cœur à l’éleveur de porcs, voilà ce qu’elle fait. Wow.
Voilà, je viens de te faire économiser de précieuses heures de lectures. De rien.