C’est la fin – This is the end – critique

Une fois n’est pas coutume je ne parlerai pas de 2 films que je n’ai pas aimés et pourtant vus ce weekend (Machete Kills et La vie d’Adèle), pour m’attarder sur celui qui m’a réellement enthousiasmé.

Bon allez, quelques mots puisque t’insistes: dans le 1er, Rodriguez s’est « vendu » en quelque sorte, gonflant artificiellement son budget et son intrigue mais retombant irrémédiablement à plat alors que le premier volet charmait parce qu’il collait justement avec candeur et sincérité à une esthétique série Z absolument réjouissante. Un film grindhouse, ça marche quand c’est un vrai film grindhouse : le gonfler aux hormones n’a pas de sens.
Et le 2ème, quoique « bon », m’a déçu car pour la 1ère fois, j’ai trouvé Kechiche caricatural, maîtrisant mal son sujet (les discussions sur et la description du monde de l’art: au secours) et surtout ne faisant reposer son film que sur des ressorts empathiques forcément subjectifs (pas que j’en ai rien à foutre d’Adèle au final mais pas loin…).

Allez, C’est la finThis is the end.

This-Is-The-EndInvités à une fête chez James Franco, Seth Rogen, Jonah Hill et leurs amis sont témoins de l’Apocalypse. (Allociné.fr)

Si tu me connais un peu et/ou si tu suis un peu Grande remise, tu sais que ce film là fait nécessairement partie de mes 2 films les plus attendus cette année (le second étant bien sûr Anchorman 2).

J’ai adoré et trouvé que c’était un film non seulement extrêmement drôle (c’est ce qu’on lui demande avant tout) mais également très intéressant d’un point de vue « théorique ».

Sa seule limite à mon avis: difficile d’en profiter pleinement si on n’est pas vraiment familier du travail des 6 principaux protagonistes. C’est pas du domaine de la private joke (même s’il y en a certainement énormément mais, par définition, impossible de les repérer) mais qui n’a pas vu Pineapple Express, Eastbound and Down, Votre majesté, Trop belle! etc etc (vais pas tous les citer) aura du mal, sinon à adhérer, en tout cas à profiter pleinement des nombreuses auto-références.

1ère bonne idée: laisser autant de place à Jay Baruchel (le petit maigrichon) et Craig Robinson (le gros black). Moins connus que leurs désormais illustres collègues de rigoulade, ils ne sont pas moins talentueux et ça fait très plaisir qu’il leur soit enfin octroyé des rôles aussi conséquents dans un film de ce type.

2ème bonne idée: c’est VRAIMENT l’Apocalypse. La fin du monde quoi. La toute première partie est absolument hilarante: c’est la mégateuf chez James Franco et tout le monde joue de son image avec un plaisir non dissimulé. Rhianna fait la gueule et fout une baffe à un Michael Cera le nez dans la poudreuse, Emma Watson et Craig Robinson traitent Jay Baruchel de hipster (« You do seem to hate a lot of things and the bottom of your pants are awfully tight »), James Franco s’enlise dans son amour pour l’art contemporain (et pour Seth Rogen…) etc. Tout ça est extrêmement drôle mais ça ne dure qu’un gros quart d’heure : Rogen et son compère d’écriture/réalisation Evan Goldberg sont trop malins pour ignorer qu’ils ne peuvent pas faire reposer leur film uniquement là-dessus. Donc, Apocalypse. Qui fournit dès lors des ressorts comiques extérieurs à l’auto-dérision et à l’auto-référence et devient source de tensions dramatiques, de rebondissements  intéressants. Ca crée un scénario, tout simplement.

Pour le reste: on peut souvent lire que le film est complaisant, prétentieux, qu’il se limite à un « délire de potes » auto-satisfaits et égocentriques (déjà l’emploi du mot « délire » est passible de poursuites graves sur Grande remise, il faut le savoir). C’est tout le contraire justement : comme indiqué un peu plus haut, 2 des 3 rôles principaux sont tenus par les moins connus de la bande. Suis peut-être un peu de parti pris mais je trouve que c’est généreux.
Ensuite, et surtout, parce que les acteurs, jouant donc leur propre rôle ou plutôt leur caricature, une vision distordue d’eux-mêmes (distordue par leur propre regard amusé sans doute, par celui que nous avons sur eux très certainement aussi), ne se contentent pas de jouer la carte de l’auto-dérision: à mi-parcours, lorsque la « situation » se révèle vraiment critique (c’est VRAIMENT l’Apocalypse je te dis), les vannes et dialogues se font de plus en plus trash et les masques tombent, révélant des types d’une lâcheté, d’une bassesse, d’une méchanceté, assez effrayantes. Le malaise n’est pas loin : il ne s’agit plus seulement de « jouer avec son image » comme on a coutume de dire, on frise carrément le masochisme. James Franco est l’artiste de la bande mais il est superficiel et surtout, totalement débile; Jonah Hill fait preuve d’une obséquiosité exacerbée plus que suspecte, Danny McBride est 1000 fois plus veule, vicieux et crade que son doppelganger Kenny Powers etc.

C’est la fin, c’est aussi la fin d’une époque probablement. La suite nous le dira. Mais il serait étonnant qu’après un tel acte à la fois célébratoire et, quasiment, suicidaire, la petite bande continue ensemble et dans ce même registre. Là encore, Rogen et Goldberg poussent le « film de potes » dans ses derniers retranchements, littéralement à son point de non-retour. Et ils le font, attention, signe fort, pour la première fois sans leur mentor Judd Apatow. C’est la fin (ou This is the end, qui sonne comme une réponse au This is 40 d’Apatow) a vraiment des allures de solde de tout compte et adopte la politique de la terre brûle: c’est l’Apocalypse dehors et dedans. Après ça, il va falloir reconstruire. D’ailleurs dans la toute première scène du film, Rogen se fait interpeler par un passant sur le mode « Hey Seth Rogen! Alors tu vas encore jouer le même rôle ou tu vas enfin devenir acteur? ». Difficile de faire plus explicite. Il serait en tout cas extrêmement étonnant que tout ce petit monde continue sur le même mode, comme si ce film n’avait pas existé.

C’est enfin, comme toujours dans la neo-comédie US, un film d’une extrême générosité, totalement dénué de cynisme: oui c’est très cruel, non le malaise n’est jamais très loin mais C’est la fin, quasiment un remake de Supergrave finalement, est avant tout une célébration de la camaraderie et de l’amitié. Et quand ils s’agit de célébrer, les mecs savent y faire. Donc: final en apothéose, super premier degré, super mignon.

Je suis sorti de là galvanisé, me remémorant les répliques et situations les plus drôles, avec aussitôt l’envie de les revoir; l’envie aussi d’être avec les gens que j’aime, de rire et d’être bon avec eux. La neo-comédie US a fait de la générosité une véritable profession de foi et This is the end, film-testament du genre peut-être, ne déroge pas à la règle.
Merci les gars, du fond du cœur et à très vite j’espère, où que ce soit.

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Les films du weekend

Spring Breakers

Je me suis légèrement emmerdé devant le premier tiers, pas franchement aidé par un quatuor d’adolescentes aussi bruyantes que promptes à utiliser leurs téléphones dans la rangée devant moi ni par le montage étrangement malickien. Je me suis finalement pris au jeu et maintenant je me surprends à y repenser en bien : ça ressemble donc à un film que j’ai aimé.
En fait, Spring Breakers, c’est une sorte de Projet X réussi : moins drôle certes mais aussi moins faux-cul, moins réac, plus naïf, plus sincère. On pense d’abord que Korine marche dans les pas moralistes de Larry Clark mais il est plus malin et plus subversif que ça. Plus jeune quoi. La conclusion se révèle ainsi à la fois joliment ironique et profondément morale (ce qui n’est évidemment pas du tout la même chose que chez Clark). Pas mal, voire pas mal du tout donc. Sinon, belle prestation de James Franco mais je manque d’objectivité, je l’aime beaucoup. Les filles sont impec elles aussi, mise à part Vanessa Hudgens qui n’a rien compris et nous montre tout du long comment c’est trop cool de casser son image, t’as vu.

20 ans d’écart

20 ans d'écart
Super !
Ah ça fait plaisir, après L’Arnacoeur, Radiostars et Populaire de voir une comédie hexagonale qui réussit à calquer son programme sur les réussites US du genre tout en gardant une spécificité très française. Qui tient à quoi finalement ? Des détails sans doute : le chauffeur de taxi invisible, le carton pourri dans lequel Efira va fourguer ses affaires de bureau, le look vaguement nappy (en plus casual quand même) de Pierre Niney...
Virginie Efira, en mode « belgian Katherine Heigl« , est taillée pour le rôle mais c’est bien l’épatant jeune homme qui crève l’écran. Tro mignon ❤ Charles Berling est surprenant dans un rôle dans lequel on ne l’attend pas forcément (mais à bien y réfléchir je crois qu’on ne l’attend plus nulle part lui… Si tant est qu’on l’ait jamais attendu quelque part d’ailleurs). C’est drôle (parfois très), c’est émouvant et le fond, très casse-gueule puisqu’encore tabou, ne pâtit pas de l’apparente superficialité de son traitement. On en oublie même les 2-3 défauts ou facilités, que je ne mentionnerai donc pas. Et la bo est chouette.
Vraiment super.