Birdman – critique

À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego…
S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir… (Allocine.com)

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Eh bah putain…

Je pourrais m’arrêter là en fait puisque ça s’applique à pratiquement tout ce qui m’est passé par la tête à l’issue du film : « eh bah putain, tout ça pour ça »; « eh bah putain, 4 Oscars pour ce truc?! »; « eh bah putain, quel personnage antipathique ce Iñarritu« ; « eh bah putain, elle a vraiment des yeux flippants en fait Emma Stone« . Etc.

Plus sérieusement (enfin…), je m’attendais pas à un film aussi cynique et désagréable.
Iñarritu veut-il en venir au fond ? Je pose légitimement et le plus sincèrement du monde la question puisque au vu de son dernier film, rien ni personne ne trouve grâce à ses yeux, et je ne sais réellement pas ce qu’il a voulu dire à part : les films de super-héros ? Tout justes bons à engraisser les nababs hollywoodiens et abrutir les masses. Les acteurs hollywoodiens ? Des pantins incultes dopés à l’admiration des foules (débiles les foules, bien entendu) et en quête de reconnaissance artistique. Les comédiens de théâtre alors peut-être ? Des divas hystériques et puériles en manque d’amour elles aussi. Les critiques? Des artistes frustrés, que dis-je, des êtres humains de la pire lâcheté qui préfèrent se réfugier derrière leur calepin plutôt que d’avoir le courage de monter sur une scène ou évoluer devant une caméra.

Je rappelle pour mémoire que le réalisateur mexicain est l’auteur d’œuvres aussi impérissables que le pontifiant 21 grammes ou la saga mondialo-fromagère Ba(by)bel. Ici, il se surpasse vraiment : cynique, aigri, condescendant, donneur de leçons (sa petite morale à 2 balles sur notre dépendance aux réseaux sociaux, mon Dieu…), Iñarritu nous fait la totale et j’ai peine à me souvenir de la dernière fois où j’ai assisté à un tel déversement de bile et d’ondes négatives. Pendant 2h, on se demande qui il va bien « sauver » de sa caméra vengeresse, ou au moins qui il va consentir, dans sa grande miséricorde, à pourvoir d’un semblant d’humanité.

On y croit, où on veut y croire, avec le personnage d’Edward Norton qui apporte un peu de légèreté, de verve, et oui, d’humanité. Mais ça ne dure pas et le réalisateur expédie son personnage avec un je m’en foutisme (au mieux) et un mépris (au pire) assez hallucinants.

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« J’ai bien vu que t’avais essayé de me niquer pendant le 4 à la suite, me refait plus jamais ça »

Merci quand même Edward, tu m’as fait regarder l’écran avec davantage d’intensité à chacune de tes apparitions.

En parlant de ça : première mention « petit chou Grande remise » de 2015 pour Naomi Watts ❤ Fallait que ça soit dit.

« C’est tout ? » C’est tout : je ne me fais évidemment plus d’illusions sur l’Académie des Oscars (ou des Césars) depuis bien longtemps et de toutes façons, la « concurrence » était tout aussi insignifiante. Mais couronner un film et un réalisateur qui portent un regard aussi méprisant sur le métier d’acteurs et l’industrie du spectacle, c’est vraiment n’importe quoi. Ca a du le faire jubiler en plus à ce con: « ha ha ils sont trop nazes, ils voient pas que je me fous de leur gueule ». La boucle est bouclée, tout va pour le mieux.

It’s Always Sunny in Philadelphia – saison 8

It’s always sunny in Philadelphia -saison 8 ou Consommation culturelle au XXIème siècle : un symptôme ou L’enfer des séries.

Impossible de me défaire de cette pensée: me suis tapé 8 saisons d’une série qu’au final je déteste. J’essaie de me rassurer en me disant qu’il y a eu de bons moments, que certaines saisons comportaient moins de 10 épisodes. Mais le constat reste le même. L’enfer des séries putain…

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Trois amis propriétaires d’un bar doivent s’efforcent de surmonter les problèmes en évitant que le travail ne prenne le pas sur leur amitié (Allocine.fr)

Alors déjà ils sont 4 puisqu’il y a une nana, et assez rapidement 5 avec l’addition de Danny de Vito (en cours de saison 2 il me semble). Et je suis dubitatif quand à l’utilisation du terme « amitié » pour qualifier leur relation mais c’est justement l’un des thèmes abordés par la série.

D’emblée, il est évident qu’elle joue sur un terrain subversif/politiquement incorrect/misanthrope: le « gang » comme il se nomme lui-même, est odieux avec tout le monde, y compris voire surtout ses propres membres, fait feu de tout bois (handicapés, nazisme), ne recule devant rien. C’est ce qui a valu à la série le surnom de neo-Seinfeld. C’est précisément ce qui m’a fait m’intéresser à elle. Mais putain, on en est loin.

2 problèmes majeurs:
– dans « humour noir », il y a « humour »; ils l’ont oublié trop souvent.
Seinfeld est passionnant parce que derrière la petitesse, la misanthropie des personnages principaux il y a des névroses et un mal être constants qui touchent à l’universel.
Ici, tout est totalement gratuit : les personnages sont justes des trous du cul, qui se comportent comme des trous du cul. Point barre.

Une lueur d’espoir au cours des 2 premières saisons (tu noteras que là, je me suis déjà tapé 2 saisons en trouvant ça à chier…) : le personnage de Charlie, le seul à la fois un peu humain et véritablement borderline.  A la limite de la clochardisation, quasiment alcoolique, sniffeur de colle, psychotique, il est dans le même temps très attachant car plein de fantaisie et d’enthousiasme. C’est le bouffon du show, au sens premier du terme, le personnage le plus extraverti, le plus drôle mais aussi le plus poreux aux névroses et profonds dysfonctionnements entourant le gang. Son interprète, Charlie Day, fait un boulot génial: il se livre vraiment, il force le respect.

Saison 3, puis 4 et toujours le même constat: de bonnes choses (bah oui, quand même…), des choses insupportables, indéfendables même j’ai envie de dire. Souvent dans le même épisode. Mais je continue car il y a indéniablement quelque chose. Ou alors je VEUX qu’il y ait quelque chose, je peux pas croire que tout ça soit vain nom de Dieu.
Je trouve ainsi que la série instille assez bien un certain malaise: pas par les situations, les intrigues ou les dialogues comme le souhaiteraient les auteurs mais par les décors, une atmosphère générale. Le pub qu’ils tiennent est glauquissime; sa clientèle est glauquissime; que dire du mode de vie de Charlie et de son appart?!?! Ca ça fonctionne vraiment très bien : on est à la frange du quart monde, quelque chose qu’on voit très rarement dans une série US, encore moins dans une comédie.

En revanche, la où le bat blesse vraiment, c’est que les auteurs, qui sont également les 3 acteurs principaux (les 3 trentenaires sur le photo), ont l’air aussi prétentieux et arrogants que leurs avatars fictionnels: ils produisent, écrivent parfois réalisent les épisodes (et les interprètent donc). Or ils n’ont clairement pas les épaules ni le talent pour tout assumer. Hasard ou réalité scientifique? Seul Charlie Day, le plus doué, et de très loin, commence à apparaître dans des films (Comment tuer son boss, récemment Pacific Rim); les 2 autres: que dalle. Je les ai jamais vus nulle part, ni devant, ni derrière la caméra. Pas une surprise : ils sont mauvais comme des cochons.

Bon, toujours est-il qu’à partir de la saison 5, la série a vraiment fait un bond en avant selon moi en confiant justement davantage ses rênes à des personnes extérieures (me semble-t-il tout du moins), et surtout en laissant un peu de côte son cynisme forcené pour se concentrer sur la bêtise et les édifiants projets de ses héros. Ca gagne à la fois en fantaisie et en drôlerie, je suis presqu’entièrement convaincu.
Malgré une baisse de régime en saison 7, je me dis que c’est une série que je vais désormais suivre « en live » (j’ai visionné tout ça au printemps 2012, je pouvais donc démarrer la saison 8 en temps réel à partir de septembre de la même année).

Chose que je n’ai finalement pas faite, je viens juste de me l’enquiller.
Et là, l’horreur AB-SO-LUE. J’ignore si c’est la série qui a changé, ou si c’est moi qui n’était plus « dedans », ayant rompu un processus d’immersion parfois trompeur mais j’ai trouvé cette saison d’une nullité abyssale. Une saison qui opère un retour aux sources en quelque sorte, au cynisme le plus crasse, à la misanthropie la plus gratuite et puérile. Voilà, c’est ça au final It’s always sunny in Philadelphia : ça se voudrait misanthrope comme du Larry David mais c’est juste aussi con et puéril qu’un adolescent en pleine crise de puberté.

8 saisons de cette merde, purée… Là c’est bon, la saison 9 qui vient de démarrer, ça sera sans moi.