Santiago Bernabeu

Il m’a fallu un petit peu plus de 30 ans mais le weekend dernier, je suis enfin allé voir un match de mi Madrid au Santiago Bernabeu. Le Real et moi, j’en ai parlé dans cet article.

Ce qui m’a frappé en sortant du métro, c’est que le stade est tellement intégré au paysage urbain qu’on ne le remarque pas vraiment. Ma première impression a été celle d’un immense immeuble entouré d’autres immenses immeubles, pas celle d’un stade. Ou alors il faut débarquer d’un autre endroit pour en saisir pleinement la nature de stade. Ou encore j’étais trop excité/ému pour avoir la vue claire, c’est possible aussi.
Parce que bon, après tout ce temps, tous ces matches, toute cette souffrance consentie, si ce n’est chérie, toutes ses joies aussi, quand même (j’ai vécu 6 victoires en Ligue des Champions bordel !) se retrouver enfin là devant… Grosse émotion.

Alors il faut être honnête, tout n’est pas rose (ou plutôt blanc) :

– quand on arrive bien à l’avance comme tout bon novice qui se respecte (j’étais excité), on réalise pleinement que Santiago Bernabeu/le Real Madrid aujourd’hui, c’est un peu (beaucoup) Disneyland, avec les hordes de fans/touristes étrangers venus instagramer leur Real Madrid experience et laisser leur pognon dans tous les goodies possibles et imaginables (et on t’en vend des merdes je te prie de croire). Bravo Florentino, t’as fait du bon boulot.
Bon, c’est le lot de tous les plus grands clubs j’imagine, et le mes que un club, malgré la mesqueunclubitude dont il se vante tant, n’y échappe pas lui non plus. Mais le Real Madrid, institution universaliste s’il en est, doit, j’imagine, exploser tous les records à ce niveau-là. Ainsi, beaucoup de Russes et de Chinois notamment, sans trop de surprise, traînent autour du stade mais aussi beaucoup de Sud-Américains. Pas mal de Britanniques floqués « Bale« aussi (il joue pas puisqu’il est évidemment encore blessé). Les maillots des Espagnols quant à eux portent majoritairement les noms de Ramos, d’Isco et d’Asensio, la nouvelle idole (blessé lui aussi).

– Il faut dire en outre que c’est compliqué de choper une place. Il faut passer par un prestataire intermédiaire qui ne l’obtient (la place) qu’au dernier moment: je l’ai eue la veille au soir seulement et il n’est pas rare de la recevoir en mains propres le jour même du match.
En fait ces places là (celles que les pékins comme toi ou moi peuvent parfois acheter) sont celles d’abonnés qui ne se rendront pas au stade. D’où mon ciblage d’une affiche moins intéressante (Malaga, 19ème avant la rencontre): pour un match contre l’Atletico, le Barca ou le Bayern, il doit falloir passer par le roi d’Espagne si on est pas abonné.

– Conséquence logique et directe du point ci-dessus: ça coûte une blinde. Pour un ToulouseGuingamp, c’est limite si on te paie pas. Là non, clairement. Bim.

Ramos est blessé (Lucas Hernandez lui a pété le nez lors du derby contre l’Atletico le weekend précédent).

Modric sur le banc. Ca ça me fait vraiment chier, davantage que les absences de Ramos ou Asensio car c’est mon joueur préféré dans l’effectif de ces dernières années.

MAIS MAIS MAIS

Le Real ça n’est pas QUE Disneyland évidemment. C’est un club plus que centenaire dont la légende n’est plus à écrire depuis plus d’un demi-siècle et dont bon nombre de traditions ont été maintenues malgré tout.

Et c’est mon club, tout simplement.

Du coup, je laisse tout ça facilement de côté lorsque je pénètre enfin dans l’enceinte (je suis arrivé une bonne demie-heure avant l’ouverture des portes. J’étais excité) :

– Le stade est magnifique, à la fois gigantesque et étrangement accessible. C’est aussi dû au fait que je suis placé pas loin d’un poteau de corner, donc relativement près de la pelouse. Mais curieusement, j’ai eu du mal à concevoir qu’il pouvait accueillir plus de 80 000 personnes, ce qui est pourtant le cas. Pour situer, Santiago Bernabeu peut donc accueillir la population de Béziers, Antibes, La Rochelle ou Pau. Avec un peu de marge. C’est pas le plus grand stade du monde évidemment (le Camp Nou a une capacité supérieure pour ne citer que lui) mais c’est con, je l’avais jamais envisagé de cette manière. Sans doute parce que je n’y avais jamais mis les pieds.

– Il est entièrement blanc et bleu, soit les couleurs du club: les aberrations chromatiques des tenues away et third de ces dernières années ne l’ont pas encore contaminé, ça fait plaisir. Tout comme on ne parle plus de naming pour l’instant, même si je ne me fais pas d’illusion.

– Les joueurs sont venus s’échauffer de mon côté. Non seulement sur « mon » but mais près du poteau de corner devant lequel j’étais installé ! Ca c’était vraiment super cool car bien sûr inattendu, n’ayant pas pu choisir l’endroit où je serais assis exactement:

Sans surprise, Marcelo a été le seul joueur, avec Isco, à saluer les supporters présents lors de l’échauffement
Les 10 joueurs de champ du jour, de gauche à droite (Kiko Casilla était gardien ce jour-là, Keylor Navas revenant à peine de blessure): Benzema, Isco, Marcelo, Ronaldo, Casemiro, Varane, Carvajal, Lucas Vazquez, Kroos, Vallejo. En survet noir au milieu des joueurs, David Bettoni, fidèle bras droit de Zidane.

– Le stade est à moitié vide 5 mns avant le coup d’envoi, puis tout à coup presque plein (75 000 spectateurs pour recevoir l’avant-dernier au classement quand même!)

Tout le monde n’est pas encore installé lorsque les 2 équipes entrent sur le terrain

– Un stade qui siffle pas mal CR7 à l’annonce de la composition des équipes. Petit plaisir perso. Benzema a droit à quelques sifflets également, Zidane à des applaudissements nourris. Belle ovation enfin pour Michel, ancienne gloire de la casa blanca (et accessoirement mon idole footballistique éternelle), c’était prévisible: il fait partie de ces anciens joueurs dont la fidélité au Real n’a jamais été démentie.

– Un stade de 80 000 personnes qui ronronne gentiment la plupart du temps et rugit tout à coup pour un enchaînement de Marcelo, un crochet d’Isco ou un tacle de Carvajal. C’est la réputation de Santiago Bernabeu et ce à quoi je m’attendais (un public de gâtés pourris qui ne s’enflamme pas à le demande mais choisit ses moments), je n’ai pas été déçu: rarement « vu » autant de monde rassemblé dans un si petit espace faire si peu de bruit. Mais quand ça se réveille, c’est impressionnant. J’ose pas imaginer ce que c’est lors des grosses affiches européennes contre la Juve ou le Bayern.

– Et pour cause: les spectateurs occasionnels tels que moi sont malgré tout minoritaires. Le club compte près de 80 000 abonnés dont plein de vieux socios qui débarquent avec leur coussin et leur paquet de pipas, qui discutent de tout et de rien, débrifent la semaine (l’actualité du club mais aussi la leur) donnent l’impression de se foutre de ce qui se passe sur le terrain mais n’en loupent pas une et réagissent au quart de tour dès qu’il se passe quelque chose de notable (surtout côté arbitral évidemment).

Toni Kroos, numéro 3 de mon top 3 joueurs préférés de l’effectif 2017 (1. Modric 2. Marcelo 3. Kroos) est venu taper un corner de mon côté. Du coup j’ai dérogé à ma règle de ne pas prendre de photo pendant le mach

– Le Real a été nul et le match moyen mais y a eu du suspense et j’ai vu 5 buts. Ca s’annonçait facile après l’ouverture du score rapide de Benzema mais Malaga est revenu 2 fois au score et aurait même pu espérer mieux. La libération est survenue de « mon » côté sur un penalty raté par CR7 qu’il a lui même repris après que Roberto, le gardien de Malaga l’a repoussé dans ses pieds. J’ai donc vu CR7 rater un péno ET marquer un but, double plaisir.

– Et pour couronner le tout, Modric est entré en jeu en milieu de 2ème mi-temps: j’ai pu assister à 2-3 accélérations-orientations bien senties, tout comme à un enchaînement de Marcelo (auteur d’un très mauvais match par ailleurs), des interventions bien tranchantes de Varane et Carvajal (le premier a joué en patron en l’absence de Ramos, il m’a fait forte impression), un petit festival technique de Benzema et quelques autres sucreries.

C’était génial quoi même si c’est passé super vite… Mais je reviendrai, c’était trop bon!
J’ai essayé de rester sobre dans ce compte-rendu, tout comme j’ai tâché de pas trop montrer mon émotion/excitation au milieu des socios m’entourant et qui en ont vu d’autres mais ce fut un très, très grand moment et une intense émotion.

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Happy Birthdead – critique

Prisonnière d’une boucle temporelle, Tree, étudiante, revit sans cesse le jour de son meurtre. Une journée apparemment banale qui s’achève systématiquement par sa mort atroce. Finira-t-elle par découvrir l’identité de son tueur ? (Allociné)

Mais mais mais… c’est vachement bien ça !

J’ai pas trop le temps mais je tiens à bafouiller quelques mots pour parler de ce film à côté duquel il est facile de passer en raison d’un titre aberrant (c’est vrai que Happy Birthdead c’est vachement plus compréhensible et vendeur que le titre original, Happy Death Day…), et d’un positionnement slasher/teen movie prompt à n’attirer que les ados tout en faisant fuir les cinéphiles.

Et de fait, ils sont bien là les teens quand je rentre dans la salle: ça sent cette inimitable odeur qui n’appartient qu’à eux, mélange d’hormones, de fluides corporels et de Mac Do. Plus le pop corn qu’ils s’envoient à une vitesse et dans des quantités hallucinantes. Bilan, je suis le plus âgé de la salle, de loin.

Si Happy Birthdead se révèle davantage qu’un teen movie, il en remplit néanmoins le cahier des charges: le campus, les sorority houses, les grosses soirées, les bimbos, les biatchs, les nerds, y a tout ce qu’il faut, pas de problème. Mais ça va au-delà. Et cet au-delà, c’est bien sûr le pitch qui lui permet d’y accéder.

« Se lever. Vivre sa journée. Se faire tuer. Recommencer. » dit l’affiche. Ca te rappelle Edge of Tomorrow qui lui même te rappelait Un jour sans fin? C’est normal car c’est exactement ça, avec un soupçon de Destination finale pour l’inventivité/l’inéluctabilité des conclusions intermédiaires et successives.

De rigolo/fun, Happy Birthdead passe très vite à malin/stimulant, d’autant qu’il ne cherche jamais à louvoyer et à finasser par rapport à son modèle, bien au contraire. Tree, l’héroïne du film, passera ainsi par exactement les mêmes étapes que Phil Connors (Bill Murray dans Un jour sans fin): l’incrédulité puis la sidération, la panique, l’exaltation, l’euphorie pour enfin accéder à la sagesse. Et elle le fera de la même manière, en apprenant à s’oublier pour s’ouvrir aux autres.

De la même manière, son actrice principale (Jessica Rothe, que je découvrais), est à la fois la quintessence de l’héroïne de teen movie et son dépassement: parfaite fusion Britney Spears / Blake Lively / Eliza Dushku (ça a dû Sopaliner sévère dans les chambrées après le film), elle révèle au fur et à mesure que le film avance et se densifie, une palette nettement plus intéressante que ce à quoi les premières minutes nous ont préparé, avec notamment un sens de la dérision des plus réjouissants.

Bilan, encore: un vrai bon moment, une Séance Parfaite en vérité, pour un film nettement plus intéressant qu’il ‘y paraît et qui parlera tout autant aux geeks fans de slashers, qu’aux cinéphiles amateurs de théories sur le film d’horreur ou aux ados en quête de comédie romantique.
A voir sans restriction donc.

Santa & Cie – Avant-Première Gaumont Toulouse

Rien ne va plus à l’approche du réveillon : les 92 000 lutins chargés de fabriquer les cadeaux des enfants tombent tous malades en même temps ! C’est un coup dur pour Santa (Claus), plus connu sous le nom de Père Noël… il n’a pas le choix : il doit se rendre d’urgence sur Terre avec ses rennes pour chercher un remède. À son arrivée, il devra trouver des alliés pour l’aider à sauver la magie de Noël. (Allocine)

Au bout du compte, et même si tout ce qu’il a fait ne restera pas dans les annales, je réalise qu’Alain Chabat fait partie des membres de la périlleuse catégorie « héros de mes jeunes années » qui ont très bien vieilli. Peut-être pas aussi bien que Clint Eastwood mais mieux que Morrissey par exemple.

Même si on comprend bien qu’il s’agit d’un « film pour enfants », j’avoue, j’ai ri en voyant la bande-annonce de son nouveau film, Santa & Cie. Du coup, j’ai pas hésité quand j’ai vu qu’il venait le présenter à Toulouse en compagnie de son interprète principal, Pio Marmaï, un type/acteur que j’apprécie également beaucoup. Le type qui vous parle lui, est quand même un type qui fait partie des premiers téléspectateurs/fans d’Objectif: Nul et qui tire encore une fierté un peu conne du souvenir de sa participation en tant que candidat au dernier projet collectif des Nuls, le Zouzouk, sur Europe 1. Les Nuls et moi, j’en ai parlé ici.

J’arrive 20 bonnes minutes avant le début de la séance et la salle est déjà quasiment pleine. Mais les organisateurs ont triché: d’abord prévue dans la plus grande salle du complexe, la séance a été transférée dans une autre nettement plus modeste.

Santa & Cie, le film d’abord : tout à fait conforme à ce que suggère la bande-annonce, c’est une chouette comédie familiale, plutôt destinée aux enfants/jeunes ados, mais avec un quota de bonnes vannes suffisant pour que les parents/fans historiques des Nuls y trouvent leur compte.

J’avoue, encore, j’ai eu très peur au début : chez le Père Noël (interprété par Chabat donc), dans des décors très Grinch/Elf/Charlie et la Chocolaterie, on a droit à un festival de répliques/jeu de mots un peu bébé sur le thème de Noël, du genre « faut se sortir les doigts de la hotte », « t’es beau comme un traîneau », « vous me faites tous skier!! », « lutin! » à la place de « putain » etc. J’avais du mal d’autant que la salle surjouait l’enthousiasme (un peu la règle dans les avants-premières) : une salle qui rit fort lorsque s’affiche « D’après une histoire vraie » après le générique d’intro, elle surjoue, y a pas débat.

Et puis suite à une tuile susceptible de remettre en cause la livraison de jouets à tous les nenfants, le Père Noël se retrouve à Paris, rencontre le personnage de Thomas (Pio Marmaï) et sa petite famille, et là le film décolle. Il est bien fichu, bien rythmé, malin, mignon et surtout, ne s’adresse plus qu’aux seuls enfants.
Toujours aussi généreux, Chabat laisse beaucoup de place à ses comparses (Marmai mais aussi Golshifteh Farahani, interprète de son épouse, ou Johann Dionnet, qui joue son frère) et à des cameos ou seconds rôles plus que sympathiques: le fidèle Jean-Pierre Bacri, Patrick TimsitThomas VDB mais surtout David Marsais et Grégoire Ludig aka le Palmashow, qui, non contents de voler toutes les scènes dans lesquelles ils apparaissent, volent quasiment le film.
Chouette comédie donc, qui devrait faire un petit carton.

Santa & Cie, la rencontre ensuite : à l’issue de la projection, Alain Chabat et Pio Marmaï se sont donc prêté au petit jeu des questions-réponses avec le public. Accueillis très chaleureusement, ils ont assuré le spectacle avec un professionnalisme jamais visible et une bonne humeur manifeste, notamment Pio Marmaï, très en verve et très drôle.

Alain Chabat nous a ainsi appris que le film que nous venions de voir n’était en réalité pas la version définitive (il l’a estimée à 95%), en raison de petits ajustements nécessaires sur les effets spéciaux (rien remarqué) et le mixage (là en revanche oui, mais rien de gênant). Il a l’air vraiment cool ce mec, il m’a fait la même impression que lorsque je l’avais rencontré pour l’émission de radio des Nuls: doux et attentif. En plus d’être naturellement drôle évidemment.

Pio Marmaï lui nous a confessé, à ma grande surprise et déception je dois bien l’avouer, que Cédric Klapisch faisait partie de son top 3 des meilleurs réalisateurs avec lesquels il avait travaillé (en compagnie de Chabat, évidemment, il allait pas le laisser de côté, et de Pierre Salvadori, pour un film à sortir en mars 2018). Il s’est vraiment mis le public dans la poche (si tant est que ça fut nécessaire) avec des interventions très drôles et pleines d’à propos. Il est un peu râblé mais beau et charmant, il doit choper le salaud: y avait gros moyen avec ma voisine qui a fait tout son possible pour se faire remarquer (on était plein centre au 2ème rang), qui en a fait des caisses quand elle a posé une question et qui s’est ruée sur lui pour une photo à l’issue de la rencontre.

Sinon, il faut croire que le public de l’AP de Marie-Francine faisait exception car comme pour le film de Klapisch, on a eu droit à des questions pertinentes et/ou sympathiques pendant une généreuse demie-heure.

L’inévitable fun fact de la soirée est survenu en conclusion lorsqu’un spectateur s’est tcharrément levé pour poser sa question, puis s’est tcharrément invité sur scène, puis a tcharrément pris Chabat dans ses bras, puis tcharrément Pio Marmaï, dans ce qui était tcharrément (?) une espèce de sketch très gênant et très pas drôle destiné à le mettre en valeur (il a dit être comédien). Personne savait trop où se foutre et là encore, Marmaï, qui en menait pas large devant une stage invasion manifestement pas prévue, a fait preuve de ses qualités de showman pour désamorcer la situation.

Très bonne et sympathique soirée donc, je pense qu’on est pas nombreux à avoir pensé le contraire. Y a même moyen que j’aille revoir le film à sa sortie le 6 décembre. Tcharrément.

 

Le râteau

Au cinéma, avant le début de la séance, un couple juste derrière moi:

Thor, le dernier, c’est pas du grand cinéma mais dans une grande salle comme la grande salle à côté là, c’est terrible…
– Ah tu vois, un film que j’attends pour l’an prochain c’est Jurassic Park.
– …
– Oui le nouveau là, ils en refont un, ça a l’air super.
– J’en ai pas entendu parler du tout.
– Ah mais si on a vu l’affiche dans le hall en arrivant !
Jumanji, pas Jurassic Park.
– Ah oui voilà, Jumanji Park !
Jumanji.
– Ca aussi, les Jumanji Park, c’est du grand cinéma…
– …
– Oh en plus j’imagine qu’ils vont faire un hommage à l’acteur décédé là, Robbie Williams.
Ro-BIN Williams.
– Grand acteur, grand acteur…
– …
– Et les enfants du film, ils sont devenus célèbres non ?
– Oui, le gamin je sais pas mais la petite c’est Kirsten Dunst.
– Ah oui voilà, Christine Dust.
Kirsten… Bon, ils sont à la bourre non? Ils avaient dit 20h30.

Vu leur façon de se comporter et de se parler, ça m’avait tout l’air d’un premier rencard Tinder ou Meetic. Et je pense également pouvoir affirmer qu’y en aura pas un deuxième.

Thor: Ragnarok – critique

Privé de son puissant marteau, Thor est retenu prisonnier sur une lointaine planète aux confins de l’univers. Pour sauver Asgard, il va devoir lutter contre le temps afin d’empêcher l’impitoyable Hela d’accomplir le Ragnarök – la destruction de son monde et la fin de la civilisation asgardienne. Mais pour y parvenir, il va d’abord devoir mener un combat titanesque de gladiateurs contre celui qui était autrefois son allié au sein des Avengers : l’incroyable Hulk… (Allociné)

Quelle étrange expérience… L’impression à la fois d’avoir assisté à la mort du cinéma tout en ayant pris un énorme pied devant un truc un peu dingue.

Y aurait beaucoup de choses à dire, par où commencer ? Par le plus important: le film est réalisé par Taika Waititi, auteur-réalisateur néo-zélandais débutant à Hollywood mais collaborateur des géniaux Flight of the Conchords et réalisateur du non moins génial Vampires en toute intimité. Je l’ignorais avant de voir le film, ça aurait pu un peu m’y préparer.

Car très vite (tout de suite en réalité), on est surpris par le ton adopté. Ca vanne sec. Et ça vanne bien: dérision, second degré, Thor : Ragnarok est davantage une comédie qu’un film de super-héros en réalité. Et une bonne comédie, donc.

Comment les fans, les lecteurs du comics s’entend, le prennent-ils? On est en droit de se poser la question (en tout cas je me la suis posée) tant la tonalité n’est pas celle à laquelle on s’attend a priori. Thor (excellent Chris Hemsworth décidément doué pour la comédie) n’est plus seulement inadapté à la vie sur Terre (de toutes façons le film ne s’y déroule pas donc exit toutes les vannes du registre « fish out of water »), il est surtout à la fois maladroit et ironique, il perd son gros marteau bien dur, se fait couper les tifs etc. C’est toujours un héros, pas de doutes là dessus et on est ni dans l’iconoclasme ni dans la parodie mais j’imagine que ce genre de libertés prises avec le personnage et sa mythologie doivent chagriner les gardiens du temple.

Après…
Bon, je vais enfoncer une porte grande ouverte et dont les gonds ont été arrachés depuis longtemps mais j’ai rarement eu autant l’impression de me trouver devant une sorte de non-film, de négation de ce qu’un cinéphile est supposé attendre d’une oeuvre cinématographique, de caricature de méchant-blockbuster-hypertrophié-que-y-a-rien-de-bio-et-de-bon-dedans. C’est la norme hollywoodienne désormais, je le sais bien mais là ça m’a vraiment… choqué. Les acteurs évoluent sur des fonds verts majoritairement (enfin, je suppose), et quand ça n’est pas le cas, il s’agit de décors complètement abracadabrantesques et probablement dispendieux.  Y a de quoi financer 30 ans de cinéma français avec ce truc sans déconner…
Et malgré ça, c’est réconfortant de se dire que ce qu’on retiendra de Thor : Ragnarok, ce sont les dialogues, répliques et punchlines qui se succèdent avec brio, avec une science et un rythme réellement bluffants. Autrement dit, ce qu’on retiendra de ce film, malgré les millions de brouzoufs déboursés et balancés sur l’écran, c’est le texte et sa mise en scène.

Et qui a-t-on casté pour évoluer devant ces décors ridicules, devant ses fonds verts? Des bons (Mark Ruffalo, Tom HiddlestonJeff Goldblum) voire des grands acteurs (Idris Elba, toujours aussi beau et bon même dans un rôle de Moïse super cheap, Cate Blanchett, magnifique en super villain super badass, mi-égérie emo, mi-reine maléfique).

Je trouve ça dingue et génial à la fois qu’on se soit pas contenté de prendre des acteurs bankable et à belle gueule ou fort potentiel physique si je puis dire, mais plutôt des acteurs aussi flamboyants et/ou subtils.

Quoiqu’il en soit, tout ça m’a donné le sentiment de me trouver devant un film assez unique, en son genre déjà (le « film Marvel« , un genre à part entière désormais), mais aussi tout court. Je me suis marré, souvent et beaucoup (putain l’accent australien de Korg, quelle trouvaille !) mais je me suis surtout interrogé, dans le meilleur sens du terme, sur la nature exacte de cet objet à la fois hyper formaté (ça reste un blockbuster avec son quota obligatoire de boum-boum et de grand 8 visuel) et presque subversif (dans son refus de pencher vers le blockbuster boum-boum justement).

Je vais aller plus loin et faire preuve de mon habituel sens de la mesure: l’an dernier j’avais été scotché par la forme de Rester Vertical, un film qui ne ressemblait (et ne ressemble d’ailleurs toujours) à aucun autre, eh ben cette année ça sera Thor: Ragnarok soit un film américain, au budget indécent et à l’horrible plan marketing, son exact opposé. Bim.

Jeune femme – critique

Un chat sous le bras, des portes closes, rien dans les poches, voici Paula, de retour à Paris après une longue absence. Au fil des rencontres, la jeune femme est bien décidée à prendre un nouveau départ. Avec panache. (Allociné)

La scène de danse (avec malus réhabilitation-de-chanson-populaire-pourrie) est devenue un passage obligé de tout 1er film français et/ou de tout film français plus ou moins d’auteur (voir tout récemment encore dans Un beau soleil intérieur). Jeune femme échappe à la règle: il en compte 3 (la 1ère survient au bout de 10 petites minutes). C’est dire si le film est caricatural.

Jurisprudence Nick Hornby: elle danse LES YEUX FERMES

Et caricatural, il l’est, énormément, pendant sa première heure, alignant avec une rigueur quasi scientifique tous les clichés, toutes les scories du premier film d’obédience pialato-cassavetienne: personnage principal borderline censé être attachant (spoiler: elle est juste insupportable), interprété par une jeune actrice qui monte (Laetitia Dosch, dont on voit mal comment elle pourra échapper au César du meilleur espoir féminin), ancrage naturaliste, filmage au-plus-près-des-corps etc etc.

Bon, c’est un premier film, il est caricatural encore une fois, et même s’il est pas mignon et pas sympa, il a l’air sincère donc je veux bien être indulgent. Je suis bien luné, je suis au ciné au lieu d’être au bureau, confortablement installé et je mentirais si je disais que j’ai pas souri à 2-3 reprises.

Mais durant la dernière demie-heure, soit durant le money time, celui où il faut tout donner pour emporter la mise, il aligne tout aussi consciencieusement 3 moments de bravoure à l’envers, comprendre 3 gros frissons de la honte (que je ne dévoilerai évidemment pas) qui le font passer de « caricatural » à « embarrassant ». Le fragile équilibre (selon moi) qui a jusque là fait tenir Jeune femme, se brise irrémédiablement et je ne vois plus qu’un film prévisible, conformiste (conforme à ce qu’on attend d’un premier film français en 2017 s’entend), pénible, j’en passe. Il refuse certaines conventions certes (celles du feelgood movie girly pour faire court) mais seulement pour en adopter d’autres.

C’est donc une déception car je le sentais plutôt bien. Et j’insiste pas car le film a été très bien reçu, la critique est plus qu’élogieuse. « C’est pas toi, c’est moi » on va dire.

Mon rêve 13

Aujourd’hui, l’Apocalypse.

Je suis chez moi. Je regarde les infos à la télé et je vois un type qui s’avance sur une vaste plage, à dos de cheval, pour découvrir, sidéré, le haut de la Statue de la Liberté qui dépasse de sous le sable. Le type ressemble comme deux gouttes d’eau à Charlton Heston mais c’est pas une rediff de La Planète des Singes, c’est bien les infos et elles sont sans ambiguïté : c’est la fin du monde.

C’est la fin du monde mais c’est manifestement pas une grosse surprise: tout le monde prépare gentiment ses bagages pour se barrer sur une autre planète. Bisous les rageux, on avait tout prévu lol.

Bon, je prépare donc mes bagages et je me rends au point de rendez-vous qui se trouve être un stand d’auto-tamponneuses.

Lorsque j’arrive, plusieurs personnes sont déjà présentes et attendent sagement à côté d’une pile de sacs et valises divers: les membres du casting de The Office (UK bien sûr). Y a donc Ricky Gervais, Martin Freeman, Lucy Davis (la réceptionniste blonde) etc. Y a aussi Dylan Moran, un acteur anglais qui jouait pas dans The Office mais tenait le rôle principal d’une autre sitcom, Black Books. J’aime pas des masses cette série ni ce mec mais c’est pas grave, je me dis chouette, le voyage va être cool. Je pose mes bagages avec tous les autres, me présente, on commence à discuter etc. C’est cool. (Putain, c’est cool en fait la fin du monde!)

Là dessus débarquent Noel et Liam Gallagher. Inquiétude: ils vont se foutre sur la gueule et nous gâcher le voyage-pour-échapper-à-la-fin-du-monde ces cons.

En effet, ça sent pas bon: ils débarquent séparément et de 2 endroits différents, avançant l’un vers l’autre comme dans un western, au milieu de la piste d’auto-tamponneuses (elles sont toutes rangées dans un coin). Noel est tranquille, sûr de lui mais déterminé. Liam a sa démarche bravache habituelle (et une grosse parka zippée jusqu’en haut, comme il se doit).

Ni une ni 2, l’une des personnes présentes se rue sur Noel pour lui faire entendre raison (me souvient pas qui), je fais de même avec Liam.

Je sais pas ce que je lui dis exactement mais je parviens à le calmer et à le raisonner sur le mode mais c’est ton frère quand même, c’est évident que vous vous aimez malgré tout ce que vous vous balancez blablabla. Du coup il baisse la garde et s’avance vers son frère façon main tendue, on efface tout et on repart à zéro etc.
Ils se serrent la main et commencent à rigoler, tout va bien. Soulagement dans les rangs, et surtout chez Liam qui craque un peu: « mais tu te rends compte, on a été trop cons, t’es mon frère, je t’aime » etc.

Il craque même complètement et se met à pleurnicher. Noel le prend alors dans ses bras et là il ouvre les vannes le Liam: il sanglote, exprime ses regrets, serre fort son frère etc. Tout le monde est un peu ému quand même et se regarde en souriant comme dans les grandes scènes de happy end des films américains… Merde, on a pas résolu le conflit israelo-palestinien mais on a œuvré à la réconciliation des frères Gallagher, c’est pas rien!
C’est à ce moment là que Noel, qui a toujours son frère dans ses bras, me fait signe en se marrant, l’air de dire « non mais regarde le ce con, c’est vraiment une mauviette. »

Et je me réveille.