Logan Lucky – critique

Deux frères pas très futés décident de monter le casse du siècle : empocher les recettes de la plus grosse course automobile de l’année. Pour réussir, ils ont besoin du meilleur braqueur de coffre-fort du pays : Joe Bang. Le problème, c’est qu’il est en prison… (Allocine)

Alors oui, L’Atelier, oui, Detroit, et ça fait du bien de voir de vrais bons films parce que je vais être honnête, je me fais un petit peu chier au ciné cette année. Enfin, j’exagère, disons que je trouve cette année très en-deçà de la précédente.
Mais OUI Logan Lucky parce que ça fait BEAUCOUP de bien de voir un vrai bon film qui en plus d’être intelligent et moins léger qu’il n’en a l’air, te colle le sourire de la première à la dernière seconde.

La bande-annonce est transparente, les premiers échos le confirment et on le constate soi-même très vite: Logan Lucky est bien un Ocean’s Eleven chez les rednecks. Le film a quasiment le même pitch, adopte la même structure et on pourrait s’amuser à lister les clins d’oeil voire les redites (la scène de l’explosion « clé », celle censée faire sauter la banque au sens propre par exemple). Mais Soderbergh est évidemment trop intelligent pour s’en tenir à ça : il y fait non seulement référence directement, s’exonérant par là même et avec malice de toute accusation de paresse ou de manque d’inspiration mais son film est une sorte de remake-reboot un peu différent, un peu à côté.

Et ce « à côté » c’est évidemment le « chez les rednecks » qui permet d’y accéder en offrant non seulement un cadre et une tonalité différents (plus cocasse) mais surtout en substituant au glamour de l’original une tendresse de tous les instants.

Pas de démagogie ni de condescendance : là encore Soderbergh est trop intelligent, trop fin pour ça et s’il ne cède pas à la tentation de la « glamourisation » des couches populaires (la proverbiale coolitude de l’Americana dont on a soupé), il ne se fout pas de leur gueule non plus. Oui, certains sont un peu limités (les 2 frangins de Daniel Craig) mais on en sourit plus qu’on s’en moque et ils ont toute leur place dans le plan élaboré par Jimmy Logan, le personnage interprété par Channing Tatum.
Voir également la façon dont le réalisateur traite le concours de mini miss auquel la gamine participe: ça serait tellement évident de pointer du doigt ce truc horrible et qui prête tellement le flanc à la moquerie mais non, pas ici. La gamine participe à un concours de mini miss, point, inutile d’en faire des caisses et de juger de plus haut.

D’ailleurs, petite digression, c’est fou ce que le résumé du film posté ci-dessus peut-être révélateur d’un mépris de classe : pourquoi les 2 frangins seraient « pas très futés »? Parce qu’ils sont issus de l’Amérique des trailers parks, celle qui est envoyée se faire flinguer en Afghanistan ou en Irak? Parce que Tatum interprète un ouvrier, au chômage qui plus est, et Adam Driver un modeste serveur? Parce qu’ils ont toute la panoplie et le background pour incarner l’Amérique qui a voté pour Trump? On comprend très vite qu’il n’en est rien, bien au contraire, et c’est encore à mettre au crédit de Steven Soderbergh, à la fois dans son écriture et dans sa mise en scène.

Quoiqu’il en soit, c’est là que Logan Lucky gagne ses lettres de noblesse et se démarque définitivement d’Ocean’s Eleven: dans le regard porté par Soderbergh sur ses personnages et en particulier sur le rapport touchant entretenu par celui de Jimmy avec sa fille. Là encore, Soderbergh se montre très fin, très sensible. Un autre que lui aurait bien mis l’accent sur LA motivation de Jimmy (sa fille donc) mais pas lui. Il se « contente » de suggérer la relation qu’ils entretiennent, leur complicité, l’importance qu’elle a pour lui etc. J’utilise des guillemets car évidemment, toute la difficulté réside dans cette distance parfaite, dans ce ni-trop-peu-ni-pas-assez si difficile à définir et à trouver.

Soderbergh porte le même regard sur les 2 frères dont on devine encore toute la complicité mais également les non-dits, les épreuves traversées etc. Il y a véritablement quelque chose de Fordien (John, pas Henry ni Tom) dans cette attention jamais putassière, cette empathie pour des personnages issus de ce qu’on désigne parfois en tant que heartland America, soit l’Amérique profonde des prolétaires, bons chrétiens ok mais bons galériens du quotidien surtout, qu’on retrouve également dans les chansons de Springsteen ou de John Denver, chanteur favori de Jimmy Logan.

Tout cela apporte une épaisseur inattendue à ce qu’on imaginait être, et qui le reste d’ailleurs, un vrai feelgood movie dans lequel on se marre beaucoup.
Logan Lucky permet enfin de vérifier que Soderbergh n’a rien perdu de sa coolitude: en témoigne notamment une bo à tomber, entre les petites vignettes composées par le fidèle David Holmes et le choix des titres, en parfaite adéquation avec le cadre, les personnages et l’atmosphère dans son ensemble (John Denver, Loretta Lynn, The Monks, Creedence Clearwater Revival etc.)

Super film, vraiment, et label Séance Parfaite Grande remise obtenu haut la main.

Publicités

So Foot n°150

Pour son numéro 150, So Foot a décidé de sortir un thématique dont il a le secret (après le spécial « n°10 » pour les 10 ans du magazine par exemple), en posant la même question à 150 joueurs, artistes, écrivains, personnalités diverses (la liste, non exhaustive, est sur la couve ci-dessus): « pourquoi aimez-vous le football? » Quelques surprises parmi les témoignages: qui aurait cru que Tonie Marshall ou Anna Karina (Anna Karina!) se retrouveraient un jour, et de manière tout à fait légitime, dans So Foot ?

Les réponses vont de la punchline à la réflexion plus ou moins élaborée/étendue en passant par la mini-interview ou la tribune libre (pour Katerine ou François Bégaudeau par exemple).
On réalise assez vite qu’on pourrait les classer en 3-4  grandes catégories:

Il y a les un-peu-bateau-mais-en-même-temps-c-est-vrai qui expliquent que le foot c’est un condensé d’émotions multiples, un raccourci de la vie en 90 minutes, blablabla. On connait bien cet argument: « aucune oeuvre de fiction n’est capable de recréer le scenario ou l’ascenseur émotionnel du match de foot le plus dingue! » dixit n’importe quel réalisateur/écrivain un peu concon type Lelouch ou Besson. A la fois, c’est pas faux.

Il y a ceux, touchants, qui expliquent qu’ils aiment le foot parce que ça leur a sauvé la vie ou offert une existence, ni plus ni moins.

Il y a les consensuels comme Platoche (« le foot c’est un jeu simple où les hommes sont égaux » blablabla).

Et il y a les réponses qui paraissent simplistes mais tapent dans le mille: « Pour continuer à aimer le football, il suffit de le regarder » (Clarence Seedorf) ou « Ce que j’aime dans le foot, c’est le foot justement » (Raul).
J’aime particulièrement ces 2 là, pas seulement parce que l’une d’elles est prononcée par un de mes joueurs préférés de tout l’étang mais parce qu’elles sont chaque jour plus juste: ce qui nous lave des affaires, de la corruption, des sponsors omniprésents, du marketing roi, des sommes délirantes, des enjeux-qui-tuent-le-jeu, c’est précisément le jeu. C’est d’ailleurs peu ou prou ce que dit l’édito.

En un mot, ce numéro se lit tout seul.
Et surtout, lire ce numéro, c’est en arriver, inévitablement, à se poser la même question: mais bordel, pourquoi j’aime autant le foot finalement ?

Une question à laquelle nombre de personnalités interrogées se disent incapables de répondre tant ça remonte à loin et la passion est désormais ancrée en eux.
Ca remonte tellement loin dit Guy Roux (et je sais plus qui, Menotti peut-être? Tu vérifieras) que si on aime le foot, c’est parce que le ballon, une sphère, renvoie au soleil, à la lune, à la Terre, au 1er habitat de l’être humain, le ventre de la mère et que notre 1er geste, dans ce ventre justement, fut de donner des coups de pied.

C’est peut-être un peu con, ou très, je sais pas, mais j’aime bien. Cette « explication » renvoie de manière plus générale à l’enfance, un thème souvent évoqué et que j’aurais tendance moi aussi à convoquer tant je suis intimement persuadé que c’est là que ça se joue. Quand j’ai découvert le foot et que je me suis mis à sérieusement m’y intéresser et à y jouer, tout d’un coup il n’y avait plus que ça et rien d’autre. Continuer à aimer le foot, près de 40 ans après, c’est évidemment un moyen de se reconnecter à cet état d’esprit là, fait d’abandon total et d’émotions pures et brutes qu’on a probablement du mal à trouver par ailleurs. Tu vas me répondre qu’il y a l’amour, évidemment… Mais c’est précisément de ça dont on est en train de parler non?

Alors pourquoi on aime le foot, oui, c’est une bonne question et c’est pas évident d’y répondre… C’es d’autant moins évident selon moi que lorsqu’on aime passionnément le foot, on finit tôt ou tard par devenir supporter. Dès lors, on aime passionnément son équipe et on peut être amené à perdre de vue ce qui est à l’origine de tout le bordel. Déjà que c’est pas toujours évident de savoir pourquoi on est devenu supporter de telle équipe plutôt que de telle autre…

Et toi alors, pourquoi t’aimes le foot ?

Confident Royal – critique

L’extraordinaire histoire vraie d’une amitié inattendue, à la fin du règne marquant de la Reine Victoria. Quand Abdul Karim, un jeune employé, voyage d’Inde pour participer au jubilé de la reine Victoria, il est surpris de se voir accorder les faveurs de la Reine en personne.
Alors que la reine s’interroge sur les contraintes inhérentes à son long règne, les deux personnages vont former une improbable alliance, faisant preuve d’une grande loyauté mutuelle que la famille de la Reine ainsi que son entourage proche vont tout faire pour détruire.
A mesure que l’amitié s’approfondit, la Reine retrouve sa joie et son humanité et réalise à travers un regard neuf que le monde est en profonde mutation. (Allociné)

Quelques mots sur un film que j’ai beaucoup aimé car j’ai l’impression de ne parler que de films que je n’ai pas aimés (c’est pas qu’une impression en réalité).

J’ai beaucoup aimé mais honnêtement, c’est pas extraordinaire. Voire (très) moyen. Confident Royal est essentiellement un beau livre d’images, un film de vieux, un scone très goûteux certes, mais un scone. Seulement voilà: j’adore les scones, j’adore l’Angleterre, l’Histoire de l’Angleterre, avec une prédilection pour la période victorienne donc j’ai un faible pour ce type de meringue cinématographique (pas la même période mais cette année j’ai aussi beaucoup aimé My Cousin Rachel par exemple). C’est mon côté vieille anglaise comme me le dit régulièrement un collègue.

Je grossis le trait: c’est pas un chef d’oeuvre mais c’est pas honteux non plus. Disons que si on y va pour une leçon d’Histoire et/ou de cinéma… bah vaut mieux pas y aller en fait (on nous prévient d’ailleurs d’entrée que des libertés sont prises quant à la réalité historique).

Mais c’est pas honteux, sans doute parce que c’est réalisé par Stephen Frears, qu’on ne présente plus et dont le savoir-faire n’est plus à démontrer: c’est peut-être pas un génie mais c’est le genre de mec qui n’a jamais réalisé un mauvais film (enfin, il me semble). On peut toujours compter sur lui pour donner du rythme, croquer des personnages avec justesse, insérer une certaine ironie voire un certain esprit critique et c’est exactement ce qu’il fait dans Confident Royal: il privilégie nettement la relation entre les 2 personnages/acteurs principaux (d’ailleurs le film s’intitule simplement et logiquement Victoria & Abdul en version originale) mais ne se prive pas d’égratigner l’Angleterre coloniale ni les pédants pique-assiette qui composent la cour de la reine Victoria (excellente Judi Dench évidemment, nettement plus charmante que son modèle).

Après, ce qui est intéressant je trouve, c’est précisément que Frears réserve ses piques aux membres de la cour, pas à la reine elle-même, pour laquelle il montre de la bienveillance, voire de la tendresse (le poids de l’âge, de la fonction, la capacité à s’ouvrir à l’autre et à une culture, un monde, qui lui sont inconnus etc.). Déjà dans le très bon et sous-estimé The Queen, qui s’attardait en grande partie sur la relation entre la reine Elizabeth et Tony Blair, il racontait comment ce dernier, farouchement anti-monarchie et bravache lorsqu’il arrive au pouvoir, s’est peu à peu considérablement adouci jusqu’à montrer beaucoup de respect voire une certaine fascination pour sa reine.

J’ai l’impression (mais ça n’est peut-être qu’une impression) que Frears a un peu suivi le même cheminement: il a commencé en adaptant des écrits d’Hanif Kureishi ou Joe Orton (My Beutiful Laundrette, Prick Up Your Ears), des œuvres et des auteurs plutôt marginaux et subversifs, un peu dans la lignée des angry young men des années 50 et en phase avec le rock indé des années 80, puis il a peu à peu évolué jusqu’à réaliser un film tel que Confident Royal (sans qu’on puisse pour autant lui reprocher d’avoir retourné sa veste, c’est là qu’on voit que le type est fin quand même). Un film dans lequel on retrouve d’ailleurs une autre figure un peu énervée de l’Angleterre des années 80-90, le comique Eddie Izzard, interprète du fils de Victoria qui lui succédera et deviendra Edouard VII.

A croire que dans chaque anglais sommeille une vieille anglaise qui ne demande qu’à se révéler.

Mon rêve 10

Aujourd’hui, du rififi dans la work place.

J’ai déjà évoqué (enfin, il me semble) ma passion pour tout le lexique et la « novlangue » liée aux entreprises 2.0, tout ce vocabulaire marketing-franglais-nawak de merde. J’en ai appris une bonne récemment: dans une société toulousaine, les chargés de relation commerciale (déjà une périphrase inutile pour désigner des commerciaux) sont nommés, tiens toi bien, « customer lover ». Ca m’a complètement déprimé et probablement inspiré ce qui suit.

Je suis donc au bureau quoique pas au même endroit dans lequel je me rends chaque jour mais c’est bien mon lieu de travail. Il s’agit ici d’une grande salle avec une grande table entourée de chaises, genre salle du conseil d’administration d’une grande entreprise. Bon.

J’ai préparé une liste de points pour la refonte du site internet d’un client, je m’apprête à la leur adresser (c’est mon boulot dans la vraie vie réelle). Là dessus, mon patron débarque et me lance sans trop de ménagement « assieds toi, on va la regarder ensemble ». Bon.

Je m’installe donc à côté de lui, pose mon document sur la grande table et là y a un grand type qui débarque sans crier gare, la bonne cinquantaine, des lunettes, un costard un peu ringard. J’ai immédiatement pensé à Robert Bourgi, le mec qui a offert des costumes à François Fillon.

Le patron me le présente sans trop de détails comme « M. X (me souviens plus de son nom), c’est un consultant synergie qu’on a pris pour checker nos backlogs et optimiser les points d’achoppement ». J’ai envie de lever les yeux au ciel mais je réponds simplement « ok » tout en me disant « c’est curieux ce mec un peu vieux, c’est pas un connard en Stan Smith mais bon, ok ».

Il porte peut-être pas des Stan Smith mais c’est quand même un connard: il s’installe de manière à m’éjecter de la table avec l’air affairé et pénétré de ceux qui ont l’intime conviction d’avoir plus d’importance que toi. Je me lève (et je le bouscule pas) et je me tiens debout derrière eux pendant qu’ils jettent un œil à mon document. Je vois que le type met des petites marques de validation ou des points d’interrogation pendant que mon patron acquiesce sans rien dire.

Puis une phrase semble lui poser problème. Il s’attarde dessus avec son stylo, fronce les sourcils. Il finit par noter une remarque qu’il souligne vigoureusement à deux reprises: « il faudré esspliqué ça 1 peu mieux ». Là je me dis « putain mais sans déconner c’est qui ce mec qu’on a dû payer une blinde pour écrire de la merde?!?! ». Sauf que je l’ai pas pensé, je l’ai dit à haute voix: mon patron et lui lèvent les yeux vers moi et me fusillent du regard. En fait, toute la salle se fige (elle est pleine et assez bruyante, des collègues, des personnes non identifiées) et me fusille du regard. Je me retrouve évidemment bien con et un peu désemparé lorsqu’une collègue, bien identifiée elle, me lance en rigolant « mais qu’est ce que t’es con. Oh la la t’es con… T’es vraiment trop con. Con con con ».

Je me marre et je me réveille. D’ailleurs je continue à me marrer une fois réveillé.

Le sens de la fête – critique

Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd’hui c’est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d’habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie… Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d’émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu’à l’aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête. (Allociné)

J’en attendais rien de particulier. En tout cas j’y suis pas allé le couteau entre les dents: j’aime beaucoup Jean-Pierre Bacri et Vincent Macaigne et si je me doutais bien que je les verrai pas dans un film du calibre de Cherchez Hortense ou Tonnerre, j’avais suffisamment confiance en eux pour avoir choisi de tourner dans un film correc.

Et de fait, ça va, c’est pas insupportable. C’est très prévisible, très balisé, très propre (trop, beaucoup trop) mais pas insupportable. Chacun récite sa partition avec savoir-faire sinon conviction, chacun est bien dans son rôle: Bacri le râleur au grand coeur, Macaigne le dépressif balbutiant et sentimental, Gilles Lellouche la grande gueule rigolote etc etc. Chacun dit bien proprement et intelligiblement ses répliques sans que l’agitation ambiante se fasse sentir: ça m’a toujours fait marrer ça, les films où ça s’agite dans tout les sens, avec 40 personnages qui courent tout le temps de partout, des engueulades, des marrades mais ça va, on comprend bien tous les dialogues, chacun attend que l’autre ait fini pour balancer sa réplique. Bref: pendant 1h30 (ça dure quand même 2h cette plaisanterie…), Le sens de la fête est une honnête comédie populaire. J’ai dû sourire 2 fois et lever les yeux au ciel 56 fois mais c’est pas toi, c’est moi on va dire.

Seulement, dans son dernier quart, y a un truc qui m’a vraiment agacé là pour le coup et fait basculer le film du mauvais côté de la barrière.

Le sens de la fête raconte donc la préparation et le déroulement d’un mariage du point de vue de la brigade de traiteurs embauchée pour l’occasion, et dirigée par Jean-Pierre Bacri. Evidemment, y a plein d’imprévus, de bras cassés dans l’équipe (l’un d’eux d’ailleurs… c’est gros putain mais c’est gros… le mec qui arrive à la dernière minute là, sans déconner, comment on peut écrire des trucs aussi énormes? Enfin bref), donc il faut s’adapter (le maître mot de Bacri pendant tout le film).

Le personnage du moustachu là: pas possible.

Mais lorsqu’une énième boulette est commise au moment qui devait constituer le point d’orgue du mariage, il pète les plombs le Bacri. Le patron. Et il engueule ses employés. Le patron. Pire: il les fait culpabiliser. Non parce que merde, lui il est là pour tout le monde, il colmate les brèches, il est accommodant, il rend service mais kiki pense à lui, le sale patron hein? Qui? Je caricature pas, c’est ce qui est dit, sans ambiguïté: le gentil patron à bouts de nerfs vs les employés ingrats. Et je parle même pas du parallèle pas bien difficile à dresser entre Bacri, chef d’orchestre de la soirée et Nakache/Toledano, chefs d’orchestre de l’équipe de tournage.

Mieux: cette scène un peu dingue en suit une autre au cours de laquelle, croyant qu’un type rôdant autour de la salle de mariage est un inspecteur de l’URSSAF, Bacri nous sort le couplet sur les petites entreprises obligées d’employer les gens au noir, vous comprenez, nous on y arrive pas sinon, on y arrive pas nom de Dieu (là encore, je caricature pas, c’est dit quasiment comme ça mot pour mot).

Ca c’est pas possible. On passe de gentille comédie sans conséquence à véritable tract pour la Macronie. J’ai rien contre Nakache et Toledano, dont je n’avais d’ailleurs vu aucun film jusque là, je les avais même plutôt à la bonne: ils ont l’air sympa, humbles et après les 20 millions d’entrées d’Intouchables, ils filment l’histoire d’amour d’une travailleuse sociale et d’un sans-papiers (Samba), c’est pas anodin quand même. Mais ce plaidoyer pour le petit patron volontaire qui se débat alors qu’il est pilonné par les charges salariales et emmerdé par des collaborateurs pas cools, c’est… Bah c’est la France de 2017.

Money – critique

Fatigués de leurs fins de mois difficiles, trois jeunes sans avenir voient l’opportunité de gagner beaucoup d’argent en volant une mallette à un notable du Havre. Sans le savoir, ils viennent de braquer un secrétaire d’État corrompu et de voler l’argent d’une entreprise criminelle. Débute alors, une spirale qui les dépasse complètement. (Allociné)

Tiens si je parlais d’un film que j’ai aimé ? Oh ça va, pour une fois…

J’en parle parce qu’il m’a plu mais aussi parce qu’il est facile de passer à côté : parce que moins bien distribué que Blade Runner 2049 par exemple, parce que son titre hyper générique (mauvais titre, vraiment, même s’il prend son sens quand on voit le film), et parce que son affiche pas très lisible (là aussi, elle s’éclaire après visionnage mais pour les spectateurs qui choisissent quel film aller voir devant la façade du cinéma… Un truc qui m’a toujours interpellé d’ailleurs mais bon, apparemment y a plein de gens qui se disent « tiens si on allait au cinéma? » et qui décident de ce qu’ils vont aller voir une fois sur place).

C’est dommage parce que c’est vraiment bien. Je suis pas super convaincu par tout mais les réserves que je peux avoir participent en fait de la réussite du film: un trop plein scénaristique par exemple, qui frise la surchauffe mais se révèle surtout généreux, ajoutant à la frénésie et à l’absurde de cette nuit de folie; une direction d’acteurs un peu lâche qui donne en fait un côté série B. Et… c’est tout en fait. Money déroule par ailleurs sa mécanique de film (très) noir avec une science, une énergie, et forcément, une inéluctabilité qui forcent le respect et emportent l’adhésion.

On peut penser à plein de monde : les Coen pour l’enchaînement parfois improbable et absurde d’avanies, pour le côté effet boule de neige infernale et inarrêtable, De Palma pour un certain sens du baroque (le tableau final dans la maison de Louis-Do de Lencquesaing) mais, et ça n’est pas le moindre de ses charmes et de ses qualités, il renvoie surtout aux drames sociaux dont le cinéma français d’avant-guerre s’était fait une spécialité: l’action se déroule au Havre, riante cité s’il en est, et les 3 personnages principaux dont on peut dire sans trop s’avancer qu’ils sont en galère, voient simplement une opportunité de s’inventer des jours meilleurs.

On peut penser à plein de films et de réalisateurs mais à aucun en particulier, c’est aussi ça qui est chouette: Money est un genre de one shot, une grosse décharge d’adrénaline qui fonctionne de manière autonome et ne ressemble à rien de ce que le cinéma français produit en ce moment (y compris les productions à la marge type Rester vertical ou Petit paysan).

Y a vraiment un chouette côté série B au sens le plus noble du terme, dans le sens où le film investit un genre (le polar ou le film noir)  qui lui autorise des choses, visuellement et dans le propos, un peu transgressives, qu’on n’imaginerait en tout cas jamais dans un film plus « huppé ». Je pense par exemple à la scène du bébé dans le train ou à la conclusion… j’allais la qualifier mais je voudrais pas spoiler.

Je m’arrête là: j’ai rédigé ce billet à la va-vite avant tout pour t’inciter à aller le voir ce weekend car il ne va pas jouer encore bien longtemps je suppose (il n’est resté qu’une semaine dans « mon » Gaumont). C’est bon, t’iras voir Blade Runner plus tard, il va rester à l’affiche pendant 2 mois.

Une mention quand même pour le casting wtf et impeccable (Anouk Grinberg ?!?!?!) et donc pour un Benoît Magimel à l’apparence physique complètement folle: le corps de son Paul Lederman dans Cloclo, la tête de Johnny Halliday. Je sais toujours pas s’il est génial ou s’il fait n’importe quoi mais je pourrais revoir le film rien que pour lui.

Un beau soleil intérieur – critique

Isabelle, divorcée, un enfant, cherche un amour. Enfin un vrai amour.
(Allociné)

Je sais pas pourquoi je suis allé voir ce truc alors qu’en tombant sur l’affiche dans la rue, le titre, la tronche de Binoche et la longue liste d’acteurs autour d’elle je me suis dit « popopopo c’est quoi cette horreur? »

Et en fait c’est pas si terrible que ça. C’est à la fois insupportable et juste, parfois drôle, volontairement et involontairement, parfois touchant, parfois gênant.

A un moment, la Binoche est dans son lit, elle a manifestement pleuré. Elle se redresse un peu, suffisamment pour dévoiler son oreiller taché de larmes et de bave-du-coin-des-lèvres.

A un autre moment, elle et quelques confrères du monde de l’art contemporain (elle est artiste) se rendent dans la Creuse pour un festival. Ils se baladent dans la nature et commencent à pérorer à tour de rôle sur la vraie campagne, ses paysages de rien pourtant magnifiques etc etc (parmi les pédants,  Bruno Podalydès et Bertrand Burgalat notamment). La Binoche explose alors, excédée et les renvoie à leur vanité / fatuité.

Tout ça pour dire qu’Un beau soleil intérieur prête souvent le flanc à la caricature mais qu’il semble en avoir conscience et c’est ce qui le rend intéressant: on a l’impression d’une tension et d’une recherche permanentes du ton juste, de la distance juste, difficile mais tenace, de la même manière qu’Isabelle, le personnage interprété par Juliette Binoche, cherche l’amour, le vrai.

« On a ri mais on a ri ! »

C’est assez courageux quelque part de réaliser un film aussi français, c’est à dire qui place la parole et les atermoiements amoureux au centre des enjeux (je synthétise), tout en en ayant conscience et en essayant donc de proposer quelque chose d’un peu nouveau ou, au moins, d’un peu différent. Pas toujours facile de trouver des variations autour du champ-contre champ, Claire Denis y parvient en scrutant les visages de très près, notamment celui de son actrice principale dont le film pourrait être un portrait en réalité (ce que tendrait à confirmer l’amorce de l’étonnant générique de fin).

Un beau soleil intérieur se termine nettement mieux qu’il n’a débuté, avec un enchaînement de scènes remarquables: d’abord drôle grâce au toujours génial Bruno Podalydès puis touchante avec l’énième confrontation d’Isabelle avec l’un de ses amants et enfin quasiment mythique grâce au gros Gégé, le seul, l’unique, ici dans le rôle pas du tout innocent du révélateur.

A voir donc je pense.
Après évidemment, il faut être capable
1. de se cogner un film qui s’intitule « un beau soleil intérieur ». C’est pas donné à tout le monde.
2. aussi belle soit-elle, et elle est vraiment très belle, de supporter des scènes où la Binoche pleurniche sur fond de jazz chiant. Ca aussi c’est costaud.
Parenthèse: le jazz chiant est signé, comme quasiment toujours chez Claire Denis, Stuart Staples des Tindersticks ici en mode non-mais-sans-déconner : j’ai toujours tenu les Tindersticks pour un des groupes les plus surestimés qui soient mais alors là le mec se surpasse dans l’indigence.

Et c’était pas vraiment une parenthèse car j’ai fini.