The Handmaid’s Tale – critique

Dans une société dystopique et totalitaire au très bas taux de natalité, les femmes sont divisées en trois catégories : les Epouses, qui dominent la maison, les Marthas, qui l’entretiennent, et les Servantes, dont le rôle est la reproduction (Allociné)

Si on fait le bilan, en 2017, et en grossissant le trait certes, il faudra avoir vu la saison 7 de Game of Thrones, la saison 3 de Twin Peaks et The Handmaid’s Tale.

Tu l’as lu un peu partout, The Handmaid’s Tale, c’est l’adaptation du roman dystopique de la canadienne Margaret Atwood. Il décrit la société patriarcale et fasciste établie aux Etats-Unis suite à une catastrophe écologique entraînant l’infertilité de la majorité de la population.

J’ai étudié le roman à la fac (d’anglais) et il m’avait fait très forte impression. A tel point que je m’en souviens encore très bien aujourd’hui soit 20 ans après, alors que j’avais complètement rayé de ma mémoire les cours de linguistique le lendemain des examens. Par exemple.

Le roman est glaçant, effrayant car, comme toute bonne dystopie qui se respecte, très réaliste. Et là où cette adaptation l’emporte, même si elle n’y est pas pour grand-chose au bout du compte, c’est que son « pitch », en 2017, est passé de « réaliste » à « envisageable ». Les flashbacks montrent en effet une Amérique de plus en plus conservatrice, misogyne, homophobe jusqu’au point de bascule fatidique entraînant la naissance de Gilead, la dictature théocratique qui remplace les USA. Toute ressemblance etc. etc.

La description de Gilead et du quotidien des « servantes écarlates » (le titre du roman en vf), ces femmes enrôlées de force pour servir de reproductrices aux couples des classes dirigeantes, vise également dans le mille. Les différentes classes de la société, leurs codes, rituels et costumes, les miliciens omniprésents, la religion qui dicte tout, les supermarchés de type nord-coréen, la « cérémonie » (je spoile pas) etc etc: tout cela est saisissant. Bien sûr, pas besoin de se fouler, la fidélité au bouquin suffit tant celui-ci est puissant mais c’est bien de ne pas en avoir trop fait et d’avoir au contraire gardé une certaine humilité par rapport au matériau de base. On peut lire un peu partout encore une fois que The Handmaid’s Tale est une série anxiogène et c’est juste.

Après… Bah après, je ne participerai pas au concert de louanges car j’ai des réserves, et non des moindres.

Déjà le recours aux flashbacks. Ok, c’était peut-être inévitable et ils sont très bien intégrés mais je sais pas… Un peu ras le cul du procédé. Lost l’a admirablement fait, Orange Is the New Black également, quoique confinant un peu au systématisme, déjà, puis The Leftovers mais cette dernière étant quasiment un spin-off de Lost, on ne peut pas le lui reprocher… Mais bon, ça va là non ? On peut peut-être tenter un autre mode de narration ? Ou au moins éviter celui-là ? Les flashbacks : inévitables peut-être, mais surtout un peu paresseux d’après moi.

L’utilisation de la musique me paraît également un peu convenue. Elle reprend mais après coup et de manière moins efficace là encore, le procédé du « décalage signifiant » utilisé par d’autres séries, Mad Men ou The Leftovers pour ne citer qu’elles : on prend un titre, connu ou pas, mais plutôt connu, allez tiens, de préférence un gros tubasse mais repris et dans un arrangement très surprenant là aussi, un titre en tout cas auquel on n’aurait jamais pensé dans un tel contexte et dont on finit par se dire qu’il s’agissait du meilleur choix possible. Paresseux encore tant ce procédé a été vu et revu. Alors quand le choix de la musique n’est pas pertinent mais au contraire très maladroit (difficile de donner un exemple sans spoiler), c’est carrément craignos.

Je pinaille peut-être un peu, je sais mais j’en arrive à un vrai gros bémol : The Handmaid’s Tale, la série, ne peut pas s’empêcher de céder aux sirènes de l’esthétisme. Et ça ça craint encore. Un max.
Je veux dire, ce que raconte cette histoire, ce qu’elle dit de ce qui pourrait advenir de nos sociétés occidentales est absolument, je me répète, effrayant et glaçant. Une dictature théocratique, des rafles d’enfants, de femmes uniquement caractérisées par leur fertilité, des camps d’asservissement, des exécutions sommaires et exemplaires, des lapidations etc etc. Un futur cauchemardesque. Et pourtant, The Handmaid’s Tale enjolive constamment son esthétique froide et kubrickienne (pour faire court), a un point tel qu’on en arrive à ce que Buzzfeed nous ponde un article tel que celui-ci, comme si on parlait du dernier Spike Jonze ou Sofia Coppola. Sans déconner… Faire de The Handmaid’s Tale une belle série, non seulement ça édulcore fortement son propos mais ça prend le risque de cautionner (involontairement bien sûr) ce que la série entend dénoncer. Non, ça, c’est pas possible, c’est plus que de la maladresse.

Je résume : The Handmaid’s Tale est sans doute plus nécessaire aujourd’hui que jamais, ce qui explique sans doute, quoiqu’en partie, son succès. C’est à voir. Mais à choisir, c’est plutôt à lire.

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