Mon rêve 5

Cette nuit, j’ai fait passer un genre d’entretien d’embauche aux candidats à l’élection présidentielle. Tcharrément.

Ca se passait dans un immense bâtiment très officiel. Genre cossu et qui impose le respect (colonnes, fenêtres XXL, 54m de hauteur sous plafond) mais austère. Soviétique.

On était plusieurs à le faire passer cet entretien, dont 2 de mes sœurs (j’en ai 3), autour d’une immense table très impressionnante et protocolaire là aussi. Les autres personnes n’étaient pas identifiées/ables. Y avait clairement un côté comité de salut public voire tribunal révolutionnaire : ça rigolait pas beaucoup.

Je sais que tous les candidats sont passés devant nous mais le fragment du rêve dont je me souviens le plus clairement était centré sur Fillon.

Don Draper

Il était assis de l’autre côté de la table, avec quelques uns de ses sbires (non identifiés itou).
Dès qu’il arrive, je suis comme une balle, je lui rentre violemment dans le lard. Un remake de l’intervention de Christine Angot. Et là, pire encore que face à elle, Fillon se démonte pas : non seulement il répond mais il contre-attaque et se montre rapidement très condescendant voire méprisant comme il sait l’être. Il fait le malin, il porte beau (j’aime bien cette expression) et arbore son insupportable petit sourire en coin de pseudo nobliau sûr de son bon droit quand il s’agit de te la mettre bien profond. A tel point que je réalise soudain qu’il a changé de place : il est plus de l’autre côté de la table avec les personnes de son équipe, il préside l’assemblée, seul. Il a tombé la veste, défait un peu sa cravate, limite les pieds sur la table le mec, tranquille.

Là c’est trop pour moi, je me lève avec la ferme intention de le remettre à sa place (dans les 2 sens). Il se lève aussi le bougre, si bien qu’on se retrouve face à face, limite front contre front, c’est ridicule. Et là on a ce bref échange qui entre directement dans mon top 5 des interventions-qui-ont-bien-rabattu-son-caquet-à-mon-interlocuteur-(dans ma tête) :

– M. Fillon, veuillez retourner à votre place je vous prie, ce n’est pas vous qui dirigez les débats ici.
– Je… euh… oui, je… je vous prie de bien vouloir m’excuser.

Il est donc retourné s’asseoir à sa place et on l’a plus entendu. Je crois qu’il a pas eu le poste au final.

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#93 Sébastien Tellier – Sexuality

J’ai parlé à plusieurs reprises de mon affection pour celui qui est un des phares de Grande remise (ici et ici par exemple).

Sébastien Tellier aime changer de style pour chacun de ses albums : brasilou sur L’Aventura, electro mystico-bourrine sur My God Is Blue etc.
Sexuality, c’est l’album de l’electro classieuse et putassière à la fois, illustrée par cette sublime pochette, incarnée par la figure du Daft Punk Guy-Manuel de Homem Christo producteur de l’album, et synthétisée dans le génial Sexual Sportswear (ce titre, déjà).

Album sensuel voire priapique par moments, Sexuality est avec le recul son chef d’œuvre : Roche, Kilometer, Divine, que des tubes. Et L’amour et la violence bien sûr, un classique absolu et le morceau qui restera de lui, avec La ritournelle.

#43 Top secret!

Nick Rivers, une star américaine du rock and roll, participe à Berlin-Est à un festival culturel international. Ce rassemblement est en fait l’instrument d’un complot fomenté par un groupe de néo-nazis nostalgiques. Nick participe, à sa façon, à la résistance qui s’organise. (Allociné)

Comme avec les Monty Pythons, c’est via les Nuls que j’en suis arrivé aux films des ZAZ (d’après les initiales des co-créateurs des films, David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker), tels qu’on a pris coutume de les nommer tant les dits films sont tous issus du même moule humoristique mêlant parodie, références diverses, absurde, jeux de mots visuels.

J’aurais pu choisir les Hot Shots (surtout le 2), Y a-t-il un pilote dans l’avion ?, ou encore Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? (pour le génial Leslie Nielsen) mais j’ai préféré retenir Top Secret! qui est sans doute moins connu que ceux que j’ai cités et qui m’avait fait très forte impression. Un gag notamment, m’avait vraiment marqué. Un téléphone sonne dans un bureau. Le téléphone est au premier plan,  et avec la profondeur de champ, il semble donc énorme. Un officier allemand s’en approche puis décroche : on réalise que le téléphone EST énorme, que ça n’était pas une question de perspective.

J’avais trouvé ça véritablement génial (au sens propre : la manifestation du génie intellectuel) et avec le recul c’est un bon exemple du registre humoristique des ZAZ (attention à l’orthographe là : « le registre humoristique de Zaz », c’est pas la même chose et je veux pas savoir à quoi ça ressemble en fait).

Dans le même registre, je conseille aussi :

Y a-t-il un pilote dans l’avion ?

Y a-t-il un flic pour sauver la reine ?

Y a-t-il un flic pour sauver le président ? (le 3, Y a-t-il un flic pour sauver Hollywood ? est moins bon)

Hot Shots II , parodie de Top Gun, avec Charlie Sheen et Valeria « Ciao Signora » Golino

#92 Teenage Fanclub – Songs From Northern Britain

C’est Grand Prix, leur précèdent album, qui est généralement cité comme LE chef d’oeuvre de Teenage Fanclub mais, même si à ce niveau d’excellence et d’appréciation ça veut pas dire grand-chose, je lui préfère celui-ci. Start Again, c’est comme The Concept : à la fois une ouverture parfaite et une de mes chansons préférés tous artistes et périodes confondues. Quant à I don’t want control of you je la tiens, très objectivement (je le pense), pour une des plus parfaites pop-songs jamais écrites.

Tout ça pour dire : Grand Prix, oui, bien sûr mais Grand Prix c’est un peu l’album de la « révolution » (on baisse le volume, on monte les harmonies vocales). L’album de la perfection, c’est celui-ci selon moi.

La bonne observatrice

Au Mac Do relativement bondé, je dois m’installer à côté de 2 jeunes filles mignonettes et sages, prototypes des toulousaines étudiantes à l’école de commerce toute proche.

La première est extrêmement bavarde et donne un peu l’impression de saouler sa copine. Elle examine plusieurs opportunités d’emploi qui s’offrent à elle et elle est très indécise :

– Je sais pas quoi faire du coup tu vois hi hi.
– Ben je sais pas, tu fais ce que tu veux.

Ce genre-là.

Soit dit en passant, il y a donc en France en 2017 des gens qui ont encore le choix dans le poste qu’ils vont occuper et la société qu’ils vont intégrer.

Bon, toujours est-il que l’autre est manifestement déjà en poste dans une entreprise de cosmétologie. L’une des opportunités qui s’offrent à sa copine (dont je commence à douter qu’elle soit vraiment sa copine) requiert d’être « à l’aise avec les chiffres », ce qui l’inquiète voire la refroidit un peu. Elle lui explique donc :

– Non mais ça tu sais, c’est rien à mon avis ça veut juste dire savoir lire les stats. C’est un logiciel qu’on utilise chez SVR et qui te permet de savoir que tel produit a fait tel pourcentage de progression. C’est tout simple et c’est hyper pratique. Mettons tu veux savoir les chiffres de vente de tes produits euh… je sais pas… euh…

Là elle cherche un exemple en agitant un peu les mains et regarde dans ma direction.

– Euh, tes… tes produits anti chute de cheveux par exemple. Ben t’as tous les résultats en 2 clics.

La merdeuse.

Et là tu te dis : « Ha ha il a dû enchaîner avec une brillante répartie qui l’a insidieusement remise à sa place tout en révélant en sourdine ce sens de l’auto-dérision qui fait de lui ce middle-aged man irrésistible ». Et tu as raison, c’est exactement ce qui s’est produit. 10 minutes après, dans ma tête.
Sur le coup je me suis contenté de terminer mon menu Mc City (celui à 4€95) et d’enchaîner avec un Mc Flurry M&M’s. Ce dernier n’était pas prévu mais après cet incident, j’ai eu besoin de me reconstruire.

#42 SuperGrave

Evan et Seth sont deux amis pas très futés qui ne peuvent pas se passer l’un de l’autre. Pourtant, il va bien falloir qu’ils apprennent, parce que cette année, ils sont inscrits dans deux universités différentes ! Evan est craquant, plutôt intelligent et constamment terrifié par la vie – et les filles en particulier. De son côté, Seth parle trop, ne tient pas en place et s’intéresse vraiment beaucoup à tous les aspects de la reproduction humaine… Pour ces deux-là, il est temps d’affronter l’existence, les filles et leur destin, mais pour cela, ils doivent d’abord survivre à cette nuit fatidique, leur première nuit, celle qui vous excite, vous terrifie et dont vous vous souviendrez toute votre vie ! (Allociné)

Il y a souvent 2 films dans les meilleures comédies contemporaines, qui à la fois dialoguent et pourraient faire l’objet de 2 films séparés. C’est un schéma somme toute assez classique (celui de l’arc narratif principal et de l’arc narratif secondaire) mais il est souvent utilisé par Judd Apatow et ses acolytes.

Dans 40 ans toujours puceau, il y a tout ce qui tourne autour du magasin et de ses employés (interprétés par Seth Rogen, Paul Rudd etc) dont Steve Carrell, le héros du film, fait partie. Et il y a sa propre histoire à lui, à partir du moment où il rencontre Catherine Keener. Dans Mes meilleures amies, il y  a d’un côté la préparation du mariage, et de l’autre l’histoire naissante entre Kristen Wiig et Chris O’Dowd. Dans le génial Sans Sarah, rien ne va ! (qui a longtemps fait partie de mon top et que j’ai éjecté in extremis faute de « place »), il y a d’un côté tout ce qui a trait aux vacances et à la vie de l’hôtel hawaiien dans lequel se rend Jason Segel, le héros, (Paul Rudd, encore lui, en prof de surf complètement débile, Jonah Hill en serveur intrusif, le couple de jeunes mariés etc), et de l’autre la trajectoire de Jason Segel à proprement parler (le deuil de son couple avec Kirsten Bell, la naissance de son histoire avec Mila Kunis).

Dans SuperGrave, Superbad en vo (pas mal le titre français, c’est suffisamment rare pour une comédie américaine pour être signalé), on a pas vraiment le même schéma : le film est vraiment centré sur la relation des 2 héros, Mac Lovin/Christopher Mintz-Plasse interprètant le classique sidekick. Et pourtant on a, de fait, pendant une bonne moitié du film, 2 arcs narratifs quasiment indépendants l’un de l’autre, quasiment 2 films séparés en vérité: Seth/Jonah Hill et Evan/Michael Cera d’un côté, Mac Lovin de l’autre. Ils se retrouvent bien à un moment pendant leur folle nuit mais seront à nouveau séparés, jusqu’à la fin. Et ça mine de rien c’est un parti pris fort et un choix de scénario assez risqué. Ca demande une intelligence d’écriture et une science du montage remarquables pour arriver à les gérer et à donner une cohérence à l’ensemble.

Bon, ça n’est qu’une des nombreuses qualités de ce film absolument génial, celle qui m’a sauté aux yeux lors de mon dernier visionnage. SuperGrave, c’est LA comédie définitive sur l’adolescence et l’adieu à l’enfance, traduit à l’écran par cette géniale idée de mise en scène (la caméra embarquée avec Jonah Hill sur l’escalator qui descend et fait petit à petit disparaître l’image de Michael Cera). Ca honnêtement, c’est du même niveau que le bruit du train à la fin de Pet Sounds, c’est aussi juste et poignant…

Seth Rogen et son binôme Evan Goldberg, co-auteurs du scénario, ont évidemment beaucoup mis de leur propre relation et de leurs propres souvenirs dans ce film (les 2 héros se prénomment Seth et Evan faut-il le rappeler), c’est leur création la plus personnelle et la plus aboutie. Mais il faut aussi saluer le travail du subtil Greg Mottola , réalisateur par ailleurs du très mélancolique Adventureland, autre teenage film remarquable, et du chouette Paul avec Simon Pegg et Nick Frost, qui a su traduire leurs partis-pris (les 2 films séparés dont je parlais plus haut) et trouver de brillantes idées de mise en scène (l’escalator).

Même si le film est absolument culte et désormais reconnu comme une réussite majeure de la neo-comédie, je suis sûr que vous êtes encore nombreux à vous arrêter à cette vilaine tag line « On veut du cul ! » sur l’affiche.
C’est dommage car même si elle n’est pas complètement erronée (les héros veulent bien du cul au cours de l’une de leurs dernières soirées de lycéens), elle est réductrice: encore une fois, SuperGrave est l’un des plus beaux films qui soient sur l’amitié et le passage à l’âge adulte. Un film intelligent qui contourne les clichés du teen movie, notamment ceux de la sacro-sainte scène de la première fois, à la quelle il se confronte non pas une mais deux fois, de manière totalement différente dans les deux cas, mais avec la même honnêteté et sensibilité.

Avec, comme dans Les beaux gosses, des adolescents qui ressemblent à de vrais adolescents : capables de parler de cul de manière totalement désinhibée en public (la géniale scène du supermarché au début), absolument terrifiés, au sens propre, lorsqu’ils sont confrontés à l’objet de leur obsession ainsi qu’au monde des adultes (la fête dans laquelle Seth et Evan se retrouvent).
Accessoirement, s’il ne fallait en garder qu’une (comédie), ça serait peut-être celle-là…

Tous les matins

Il y a ce couple de jeunes gens un peu enrobés, un peu lourds, qui discutent toujours beaucoup en se souriant mutuellement. Ils avaient tous deux les cheveux assez longs et les ont désormais tous les deux raccourci. Ils ont l’air très complice. Je les aime bien.

Il y a cette femme d’âge moyen, toujours apprêtée, maquillée, qui marche d’un pas lent et robotique, les bras ballants le long du corps, le regard totalement vide. Un jour que j’étais un peu en retard, vers 9h15, je l’ai vue en train de discuter avec un homme à la terrasse d’un café, volubile, l’œil vif. Complètement transformée. Sur la table devant elle, un verre de vin blanc.

Il y a cette autre femme d’âge moyen qui se balade quasiment toujours les bras nus. En hiver, quand je suis frigorifié sous mon bonnet et mes 4 couches de vêtements, elle porte un petit cardigan en laine.

Il y a ce petit monsieur qui a toujours l’air un peu soucieux, les sourcils froncés et le front plissé, il marche toujours d’un bon pas. Lorsque je le croisais au début (il y a quelques années), il ne fumait pas. Maintenant il a une cigarette entre les doigts dès avant 9h. Une ou deux fois par semaine, il porte un sac de sport (tennis), ça me rassure. Un jour que je marchais avec une collègue, ils se sont gentiment dit « bonjour » quand on s’est croisé. Je lui ai demandé si elle le connaissait, elle m’a répondu que non, elle le croisait simplement tous les jours ou presque. Je me suis senti un peu honteux.

Il y a parfois des gens qui font du tai chi

Il y a cette jeune femme au regard un peu triste qui vient de déposer son enfant à la crèche d’à côté. Je me demande si c’est son regard habituel ou si elle a des soucis.

Il y a cette jeune fille qui est systématiquement au téléphone. Avec sa mère ? Sa sœur ? Son copain ? J’aimerais bien savoir. Elle a son téléphone dans la main gauche mais posé sur son oreille droite, c’est pas très pratique. D’autant qu’à son bras droit pendouille un lourd it-bag. A chaque fois je suis à 2 doigts de lui dire que c’est vraiment n’importe quoi mais évidemment je me retiens sans mal.

Il y a cette autre jeune fille toujours très bien habillée, à l’allure distinguée voire un peu hautaine. Un jour qu’elle parlait au téléphone, j’ai entendu son hénaurme accent toulousaing.

Il y a ce jeune papa qui emmène son fils dans sa poussette, je le vois grandir petit à petit. Le papa a toujours un casque sur les oreilles et il semble faire peu de cas de son enfant.

Il y a ce couple très Jeunes Républicains ou En marche !, toujours habillés de façon visiblement un peu dispendieuse et jamais de la même manière. Ils marchent toujours très vite, soucieux de ne pas rater le début de ce que j’imagine être un cours de droit ou d’économie. Ou pire, le début d’une journée de travail dans une banque. Je les aime pas.