La session de rattrapage 5

Je ne vais pas revenir sur tous les films visionnés depuis le mois de juin : ceux de 2015, j’en parlerai dans mon bilan annuel. Juste quelques mots sur quelques films vus ou revus durant l’été.

Aujourd’hui, une spéciale Jean-Pierre Marielle : j’ai relu le numéro 1 de Schnock qui lui est consacré, du coup, forcément, j’ai eu envie de revoir les films.

Un moment d’égarement

J’ai voulu le revoir car je me suis tapé le remake de Jean-François Richet avec Vincent Cassel et François Cluzet sorti cet été. Eh ouais. Purée… Faut le voir pour le croire.
« Le revoir » car je l’avais déjà vu il y a très longtemps : c’est le prototype du FDQJEP (Film De Quand J’Etais Petit), découvert en famille, probablement sur FR3. Des personnages proches de nous, des moustaches, Jean-Pierre Marielle, Victor Lanoux, des acteurs avec lesquels j’ai grandi, dans des films que le cinéma français ne sait manifestement plus faire ie des comédies dramatiques qui offraient toujours un reflet plus ou moins prononcé de la société de leur époque: ici, la France giscardienne, post 68arde mais toujours conservatrice (les gamines se baladent le plus naturellement du monde les seins à l’air, sortent et découchent tous les soirs sans que ça soit jamais remis en question ni même discuté mais dans le même temps, on sent bien à quelques répliques ici où là que c’est pas encore gagné pour les femmes. Ca l’est toujours pas évidemment mais c’est un autre débat).

Des moustaches, un blouson de cuir marron, un paquet de Gitanes, une toile cirée. Parfait.
Des moustaches, un blouson de cuir marron, un paquet de Gitanes, une toile cirée. On est bien.

Quoiqu’il en soit, le contraste est saisissant entre les 2 versions (celle de Richet et celle de Claude Berri donc). D’un côté, une ode décomplexée aux neo-beauf en 4×4, à la démarche bien faux derche comme il faut : on va dire que coucher avec la fille (mineure) de son meilleur pote, c’est mal mais on va quand même filmer son petit cul sous toutes les coutures, en alternant avec des prises de vues aériennes bien coûteuses sur les paysages corses. De l’autre, un film à la conclusion limite-limite, fruit de son époque ouvertement conservatrice pour le coup, mais qui déroule son propos avec beaucoup de fluidité et de douceur, et qui surtout exhale ce parfum de liberté inimitable et propre au cinéma anarcho-franchouillard des années 70.

La Traque

Je n’avais jamais vu ce film qui a acquis une petite réputation ces dernières années (encore une fois, Schnock n’y est probablement pas pour rien). Je pique le pitch à Wiki, j’ai la flemme : « Helen Wells (Mimsy Farmer), une jeune Anglaise venue en Normandie pour louer une maison isolée en forêt, rencontre un groupe de chasseurs qui s’apprêtent à une battue au sanglier. Ces sept hommes issus de la bonne société locale sont liés par des relations d’intérêts croisées. Lors de la chasse, les grossiers frères Danville, Albert et Paul (Jean-Pierre Marielle et Philippe Léotard), croisent à nouveau par hasard la jeune femme, et subitement la violent, en présence du timide Chamond (Michel Robin). Helen parvient à blesser gravement Paul avant de prendre la fuite dans les bois, poursuivie par Albert qui lui propose un mutuel silence, puis lui tire dessus. Les autres acceptent non sans réticence d’étouffer cette sale affaire, tandis que la jeune femme cherche à s’enfuir à tout prix. Entretemps Paul succombe à sa blessure, et la poursuite se transforme en une traque, qui s’achève dans un marais. » (Wikipedia)

Entre Constantin et Marielle, Michel Robin, aka Alexandre Bens dans La Chèvre
Entre Constantin et Marielle, Michel Robin, aka Alexandre Bens dans La Chèvre

On est donc dans un registre nettement moins tendre, voire carrément déviant. Sans aller jusqu’à dire que c’est surestimé, j’ai quand même du mal à y voir le film culte que certains y voient : la réalisation a du mal à se hisser à la hauteur du scenario, évidemment béton et génial lui, en plus du casting aux petits oignons. On songe à Dupont Lajoie bien sûr, autre chronique glaçante de la lâcheté et de l’ignominie ordinaires, sortie la même année. On peut également songer au Peckinpah des Chiens de Paille. On peut. Mais la mise en scène est beaucoup trop illustrative pour pousser plus avant la comparaison. Super parti pris néanmoins que de faire se dérouler le film quasiment intégralement à l’extérieur, dans des paysages tellement mornes et humides qu’ils t’obligeront à enfiler 3 Damart pour supporter tout ça. Et la scène du marais évidemment, terrible… Bon, je chipote, c’est super et je suis super content de l’avoir enfin vu.

Les Galettes de Pont-Aven

Encore un pur FDQJEP, découvert en famille alors que je devais à peine avoir 10 ans, et encore. Dans un tout autre registre, je me souviens aussi avoir découvert enfant Portier de nuit de Liliana Cavani
Bon, les Galettes. Film importantissime pour moi, film-matrice, à plein de niveaux, parce que découvert enfant évidemment. Petit, j’imitais d’ailleurs Jean-Pierre Marielle, à base de citations du film. Eveil à l’érotisme (Andréa Ferreol…), à un registre de langage totalement sans limites, à la mélancolie aussi, via le magnifique personnage d’Henri Serin, incarnation parfaite de cette France post-68arde encore corsetée et étouffée, éprise de liberté. La France des voyageurs représentants de commerce qui n’étaient pas encore prêts à faire basculer le pays à gauche, ancêtres des cadres houellebecquiens et des salariés en open space d’aujourd’hui.

"Elle sait même pas ce que c'est qu'une bite"
« Elle sait même pas ce que c’est qu’une bite« 

Avec le temps et les multiples visionnages, à des périodes et des âges différents, les Galettes… est devenu une madeleine incomparable, réservoir à nostalgie et à fantasmes d’une France remplie de DS, d’Ami 8 et de types en costumes Renoma (qu’on désigne d’ailleurs en tant que « types ») qui ne peuvent pas concevoir de manger un bout sans boire un petit coup de rouge. La France encore extrêmement rurale de mon enfance, que les gens de Schnock, encore eux, font si bien et si intelligemment revivre. Des images qui m’ont marqué à jamais : Marielle qui allume une clope et déplie l’Equipe en arrivant au restau, qui sort le pâté du frigo pour se faire un encas lorsqu’il rentre chez lui au milieu de la nuit. Entre autres.
Mais Les Galettes… sont également et fort heureusement restées ce qu’elles ont été dès le départ : un film formidable. Si on retient bien souvent et à juste titre tant les passages sont mémorables, sa grivoiserie, sa paillardise même (la scène du lit avec Andréa Ferreol, son éternel et définitif « tu sens la pisse toi, pas l’eau bénite » et LA citation mariellesque absolue, « ah nom de Dieu de bordel de merde! »), les Galettes… n’en est pas moins un film profondément mélancolique, voire dépressif. C’est un aspect du film (la « descente aux enfers » d’Henri Serin lorsqu’il quitte sa femme et s’installe définitivement à Pont-Aven) que j’avais un peu oublié. Les premières scènes avec Jeanne Goupil, leur chanson pendant la fête du village… C’est très touchant. Et ça explique également ce qui fait de ce film un classique, une œuvre à la fois drôle et émouvante, profondément humaine, contrairement au suivant, qui n’est que drôle.

…Comme la Lune

Celui-ci a semble-t-il été moins bien accueilli que les Galettes de Pont-Aven, à la fois par le public et par la critique. C’est très compréhensible : Jean-Pierre Marielle y joue cette fois un con pur et dur, inexcusable et irrattrapable, qui mérite ce qui lui arrive. Le point de vue du spectateur, et du réalisateur probablement, que Joël Séria exprime d’entrée pour mieux l’évacuer définitivement et laisser place à son personnage, c’est le client du café qui le verbalise en réponse au « elle vaut bien son coup d’chevrotine! » de Marielle: « C’est répugnant! Parler ainsi d’sa femme… C’est honteux ».

...comme la lune
« J’vais t’fourrer… Oh j’vais t’fourrer, j’vais t’fourrer!« 

Après, que dire? Le film, le personnage de Roger Pouplard, son interprétation par Marielle, l’incroyable biatch incarnée par Sophie Daumier (pertinemment qualifiée dans Schnock de « France Gall hardcore ») sont fabuleux. Ces dialogues nom de Dieu… Je pourrais revoir en boucle la séquence d’ouverture (« ah j’ai bien polochonné! »), celle du bar (« Chuis d’venu une bite… J’la cartonne à longueur de journée ») et bien sûr celle de la robe de chambre violette (« T’as eu raison d’la prendre violette… ah ça mitraille sec ! »).
Ah les années 70 nom de Dieu de bordel de merde !

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A Deadly Adoption / Grossesse sous surveillance – critique

C’est un téléfilm donc je ne l’inclurai pas dans mon bilan cinéma annuel. Mais ça mérite quelques mots car c’est un « objet » vraiment unique.

Le pitch: Un couple s’attache les services d’une jeune femme, afin qu’elle soit la mère porteuse de leur enfant. Ils l’accueillent chez eux, mais l’innocence de la future maman est trompeuse… (Allociné.fr)

Il s’agit en réalité d’une parodie de ces téléfilms comme on peut encore en voir tous les après-midis sur TF1 ou M6 notamment, à base de familles parfaites et parfaitement heureuses, victimes un jour d’un drame terrible (maladie incurable de la maman ou du petit dernier) ou jouets d’une baby sitter maléfique en quête de vengeance.

Mais c’est une parodie d’un genre très particulier puisqu’on serait bien en peine d’y déceler quelque décalage que ce soit. On se situe donc davantage dans le registre du pastiche, mais là aussi, d’un pastiche qui tiendrait carrément du copié-collé.

Tout répond en effet aux canons du genre : A Deadly Adoption aligne les poncifs du genre avec une science consommée et une application remarquable. Rien, absolument rien ne manque : ouverture plan aérien avec la petite musique qui va bien, maison de rêve, couple idéal (lui, auteur à succès, elle, tient un stand de produits bio dans leur petite ville proprette), drame « fondateur » (enceinte de leur 2ème enfant, elle le perd suite à un accident sur le ponton du lac au bord duquel ils vivent; le 1er, une adorable gamine évidemment blonde comme les blés, souffre de diabète, ET JE TE PRIE DE CROIRE QUE CA AURA SON IMPORTANCE A UN MOMENT), arrivée de la mère porteuse forcement suspecte (elle est brune, jeune et bonne, si ça c’est pas suspect), meilleur ami de la mère forcément gay, twist de la mort, répliques entendues mille fois (« How could you do this to our family? », « I’m your new mommy now ») etc etc jusqu’à l’inévitable happy end et l’indispensable carton final « inspiré d’une histoire vraie ». Vu et revu mille fois, hyper prévisible. Zéro gag, zéro second degré.

Alors quoi ? Pourquoi s’intéresser à ce qui ressemble, de près comme de loin, à une grosse daube ? Et surtout, pourquoi ça serait une parodie ?
Parce que les rôles principaux sont tenus par Kristen Wiig et Will Ferrell bien sûr (et que c’est produit par Adam McKay, le binôme de Ferrell).

a deadly adoption
Alors évidemment, tout ce qu’on voit à l’écran est à recevoir très différemment… Et là où ils sont décidément très forts, c’est qu’ils jouent le jeu à fond, sans jamais montrer de signe qu’ils s’adonnent à un exercice parodique encore une fois : si quelqu’un regarde A Deadly Adoption sans rien savoir d’eux, il ou elle croira à un véritable téléfilm Lifetime (la chaîne qui les diffuse principalement aux Etats-Unis, et qui l’a diffusé il y a quelques mois; un genre de Téva pour faire court). Ferrell est parfait en père de famille vertueux et successful, Wiig impeccable en housewife comblée puis bafouée mais, mère courage, prête à tout pour sauver sa famille. Tout juste peut-on noter que Ferrell arbore une fausse barbe un peu grossière mais ça aussi ça fait souvent partie du cahier des charges du genre. Wiig déploie quant à elle une garde robe absolument irréprochable de soccer mom 2.0.

Le radicalisme de la démarche amuse donc mais impressionne aussi pas mal : si aucun signe, manifeste ou pas, ne dévoile le caractère factice et parodique de l’entreprise, où est-ce qu’on se situe ? On peut légitimement penser aux happenings d’Andy Kaufman, à une video d’art contemporain même, pourquoi pas ?

A Deadly Adoption offre aussi un aperçu de ce qu’aurait pu être la carrière de ces 2 génies comiques s’ils avaient décidé, comme bon nombre de leurs congénères avant eux, de donner à leur carrière un virage dramatique (connu en France comme « syndrôme Tchao Pantin« ).
A défaut, et en optant à l’opposé pour le franchissement d’un nouveau palier via un geste purement gratuit et théorique, il est une nouvelle preuve que ces 2 là peuvent tout se permettre et qu’ils sont décidément très, très au-dessus de la mêlée.

Jamais entre amis – critique

Ah la la, comme le temps a passé depuis mon dernier billet sur Grande remise. Et il s’en est passé, justement, des choses! On a appris à faire la différence entre un “migrant” et un “réfugié” (ah bon?), Michel Gondry a sorti le meilleur film de l’année sans que personne s’en rende compte, Michel tout court, le seul, l’unique, le grand, mon idole footballistique absolue, est devenu entraînor de l’OM.

Et moi dans tout ça ? Ben écoute, ça va, ça va. J’ai trouvé un boulot à la Banque Postale, je me suis marié, j’ai fait 2 gosses et je me suis mis à l’œnologie.

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Jake et Lainey ont perdu ensemble leur virginité sur un coup de tête à l’université. Quand ils se recroisent 12 ans plus tard à New York, ils réalisent tous les deux qu’ils sont devenus des champions de l’infidélité. Prêts à tout pour trouver des solutions à leur problème, ils s’engagent dans une relation platonique sans tabous afin de s’entraider dans leur quête du véritable amour. (Allocine.fr)

Jamais entre amis (Sleeping with other people en version new-yorkaise) est un peu atypique dans la masse de comédies américaines produites depuis la révolution Apatow.
Un peu Apatow donc, c’est désormais devenu la norme outre-atlantique, un peu séries à la pointe (on y retrouve entre autres Alison Brie de Community et Mad Men, Jason Mantzoukas , le légendaire Cuñado de The League, Adam Scott qu’on a vu un peu partout mais notamment dans Parks & Recreation, Amanda Peet en plein retour de flamme depuis son rôle dans l’excellente Togetherness) et beaucoup comédie new-yorkaise précisément (par comédie new-yorkaise, j’entends « à la Woody Allen« ). C’est produit par la doublette magique Adam Mc Kay / Will Ferrell, ça donne le premier rôle à l’excellent-et-trop-sous-estimé Jason Sudekeis (ex-pilier du Saturday Night Live lui) et ça ressemble donc très très fort à un film que j’aime d’amour avant même de l’avoir vu.

Malheureusement, et comme souvent, l’hybridation ne réussit pas totalement et le résultat ne parvient pas à se hisser à la hauteur de ses diverses influences/références. Ca bavarde beaucoup mais ça n’est pas toujours passionnant. Ca trashe énormément mais pas toujours à bon escient. Et le versant « comédie new-yorkaise », avec ses innombrables références de bon goût (de Georgia O’Keeffe à Wes Anderson en passant par Aaron Sorkin) pêche lui aussi par excès de volontarisme.

Je suis sans doute un peu dur car le film est plutôt bien fichu, plutôt plaisant. Même si la marche est un peu trop haute pour elle, Alison Brie se hisse au niveau de l’excellent-et-trop-sous-estimé Jason Sudeikis et leur alchimie, manifeste, fait plaisir à voir, selon l’expression consacrée. Et Alison Brie fait évidemment plaisir à voir tout court. Surtout lorsqu’on multiplie les plans où son anatomie se dévoile de manière totalement gratuite et injustifiée: kudos pour la scène d’essayage dans le magasin de lingerie, fallait l’oser celle-là.

Je suis un peu dur mais ce film vient après tout ce que j’ai cité dans le premier paragraphe, un peu à la remorque, un peu tard sans doute. Il aurait été beaucoup mieux reçu et meilleur en vérité, il y a 5 ans, mais trop dépendant de ses influences, il n’aurait probablement et très certainement pas existé il y a 5 ans… Et puis je les ai toutes vues, ou presque, ces comédies, je suis exigeant…

Mais c’est mignon. Jamais entre amis dit de jolies choses sur l’amitié justement, sur l’importance d’icelle dans une relation amoureuse, ça ne rechigne pas à parler sexualité de manière frontale. Et si le film peut permettre à l’excellent-et-trop-sous-estimé Jason Sudeikis de trouver de nouveaux rôles principaux, ça serait déjà pas mal. Merci pour lui.