« Xabi se va al Bayern »

La vie d’un supporter est davantage faite de souffrance et de déceptions que de joie et de satisfactions, c’est entendu. C’est également le cas en dehors de la compétition, pendant la période des transferts par exemple.
L’autre soir par exemple, j’allume mon pc, je vais sur Marca (L’Equipe espagnol pour faire court) et là je bloque, complètement ébahi, sur le gros titre qui barre la page d’accueil du site : « Xabi se va al Bayern« .

Putain de bordel de merde, pour un transfert surprise… Barbe rousse… Pas toi bordel…

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Déjà l’an dernier, j’avais eu du mal à digérer le départ de Mesut Özil pour d’Arsenal. Mais là c’est bien pire : Xabi Alonso c’était un des emblèmes du Real, un des chouchous des supporters. Un joueur qui a mis du temps à signer alors qu’il était écrit qu’il jouerait un jour à Madrid puisqu’il en avait très tôt émis le souhait et que le club le voulait. Et qui, quand il a finalement rejoint les merengues, est devenu un patron, un joueur clé. Accessoirement un mec super classe, fin et intelligent, cultivé, amateur de polars hard boiled et de pop anglaise. Un basque. Un barbu. Un joueur Grande remise quoi. Fais chier putain…

Il avait signé une prolongation de contrat en début d’année en plus ! Il semblait vouloir retourner en Premier League (Mourinho lui faisait du gringue pour qu’il signe à Chelsea) mais il avait finalement prolongé au Real au grand soulagement de tous -club et supporters. Faut dire qu’il avait encore démontré qu’il était indispensable : le Real d’Ancelotti s’est mis à vraiment tourner et faire peur quand il est revenu de blessure et que son entente avec Modric a commencé à fonctionner. Lui, présence physique, jeu long (et petits coups de pute, faut dire ce qui est), le Croate harcèlement, crochets et jeu court, c’était un duo parfait, absolument parfait.

Son départ est assez incompréhensible. Evidemment, il a du voir d’un mauvais oeil l’arrivée du génial Toni Kroos mais enfin, c’est long une saison, y a de place pour tout le monde et c’est de Khedira dont Ancelotti ne voulait plus. Non vraiment…
Et puis ce qui fait mal c’est qu’il signe au Bayern qui est quand même LE ennemi du Real en Europe (avec la Juve). Qu’il reparte à Liverpool ou même qu’il signe finalement à Chelsea, j’aurais pu le comprendre : il s’est complètement épanoui, à la fois footballistiquement et personnellement, en Angleterre. Mais le Bayern putain…

Je crois que c’est ça le pire dans une vie de supporter :  c’est pas d’être déçu par les résultats de ton équipe de coeur, ça c’est quasiment ton quotidien. C’est de voir partir un de ses joueurs favoris pour l’un des ses clubs honnis. Parce que tu sais que tu as beau détester ce club de toutes tes forces et de toutes ton âme, ta haine sera désormais un tantinet atténuée par la présence de ton chouchou. Ca te gâche ton plaisir en somme.
Alors voilà, Xabi Alonso va au Bayern et ça me fait vraiment chier.

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Ty Segall – Manipulator – critique

Depuis le temps que je te bassine avec Ty Segall, ici et ailleurs, il m’a paru logique de lui consacrer un véritable billet. La sortie de son nouvel album, Manipulator, en fournit l’occasion idéale.

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Pour faire court puisque tu peux toujours aller sur Wikipedia pour davantage d’informations, Ty Segall est un californien de 27 ans qui pratique un style qu’on pourrait qualifier de garage-psyché. « Pourrait » car évidemment, il ne se limite pas à cela. Et c’est ça qui est génial : ce type incarne tout bonnement toutes les facettes de ce que, faute de mieux, on qualifie généralement de « rock ». Et il l’incarne mieux que quiconque à l’heure actuelle : garage, psyché donc mais aussi punk, metal, pop, folk, rien ne lui fait peur, il maîtrise tout. Bien sûr il y a des francs tireurs ici et là (Reigning Sound, Lords of Altamont, Jim Jones Revue pour n’en citer que quelques uns au hasard) mais personne qui soit, comme lui, aussi transversal, aussi exhaustif. Ni aussi talentueux.

S’il a déjà fait ses preuves sur ses très nombreux enregistrements (souvent géniaux et, au minimum, dignes d’intérêt), il résume tout cela à merveille sur son dernier album, Manipulator donc.
C’est sans doute l’album à conseiller en premier lieu à ceux qui ne le connaissent pas du tout et probablement aussi l’album de la reconnaissance définitive.
Sa notoriété grandit depuis plusieurs années mais Manipulator, plus long, plus « poli » (au sens de « produit »), plus pop en somme que tout ce qu’il a pu enregistrer auparavant, devrait lui valoir un certain succès commercial et, au minimum, une exposition médiatique inédite pour lui.

Et tout cela, c’est là que Ty Segall est génial (oui, ça fait déjà 3 fois que j’emploie cet adjectif), sans que jamais on se dise qu’il a fait des compromis ou qu’il s’est un tant soit peu calmé (il a du jus ce garçon, je te prie de le croire).
Quoique plus facilement abordable que tout ce qu’il a pu sortir jusque là (à l’exception de Sleeper, son sublime album acoustique sorti l’an dernier) Manipulator multiplie les moments de pure sauvagerie rock’n’roll absolument dantesques et jouissifs. Le quintet d’ouverture mon Dieu… Je ne compte plus les passages du disque (un solo, un refrain, un riff) sur lesquels je me surprends à sourire comme un couillon juste parce que c’est bon. De l’adrénaline, de la joie, du plaisir à l’état pur. L’incarnation la plus parfaite, la plus immaculée, la seule en vérité à l’heure actuelle, du rock’n’roll.

Le côté pop, c’est avant tout des influences glam rock parfaitement assumées, voire transparentes. Il avait déjà enregistré un EP de reprises de T-Rex joliment intitulé Ty Rex mais ici il pare nombre de ses compos des attributs les plus identifiables du genre : guitares sèches, quatuor à cordes, vocaux haut perchés, refrains hyper catchy. Il nous gratifie même d’un petit intermède à la Mickey Finn (percussionniste de T-Rex) sur Feel, l’un des moments forts de l’album (et LE moment fort de ses prestations scéniques). The Singer fait ainsi figure de modèle du genre : une ballade enviolonnée qui n’aurait pas fait tâche sur The Slider. Plus loin, il chourre un peu l’intro de Jean Genie à Bowie sur The Faker, dont le simple titre l’exonère illico de la moindre accusation de plagiat (il est malin en plus ce coquin).

Pour conclure et finir de situer le gars dans ma hiérarchie personnelle, je me souviens d’une couverture de Technikart consacrée à Beck et titrée « L’Homme le Plus Fort du Monde ». Je m’en souviens encore après toutes ces années (ça devait être en 1996) parce que je trouvais ça absolument juste et justifié. Eh bien en 2014, l’Homme le Plus Fort du Monde, c’est encore un blondinet californien hyper prolifique, c’est Ty Segall.

Oh Brothers ! – critique

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Je suis déception.
Je suis frustration.
Je suis limite colère.

Je vais pas y aller par 4 chemins : Oh Brothers ! de Marc Cerisuelo et Claire Debru est nul. Sans intérêt en tout cas et j’en suis le premier surpris. Chouette éditeur, belle collection, auteurs compétents : j’étais certain d’y trouver mon compte d’autant que je cherchais un bon bouquin sur les Coen depuis un moment.

Qu’est-ce qui ne va pas alors ?

Première surprise : de langage cinématographique il n’est pratiquement jamais question. Dans un bouquin consacré à des cinéastes aussi formalistes que les Coen (voire « maniéristes » pour leurs détracteurs), c’est surprenant et un peu dommage mais soit, c’était en quelque sorte annoncé d’emblée.
Les auteurs prennent en effet pour postulat que les Coen sont de grands cinéastes américains populaires, au sens où leur oeuvre s’inscrit en référence aux grandes figures de la culture populaire américaine. Et qu’ils en sont par conséquent eux-mêmes parmi les plus dignes représentants actuels. OK, pourquoi pas. Sauf que le plus souvent, Cerisuelo et Debru se contentent de dénicher les références, souvent obscures et tordues certes, qui président à certaines scènes, personnages ou lieux dans chaque film. Ca contextualise, ça décrypte mais ça ne fait que citer et ça se rapproche du catalogue au final.

Peu, très peu d’idées fortes rejaillissent. Au détour d’un chapitre (le bouquin est construit suivant le principe d’un chapitre par film, dans l’ordre chronologique), les auteurs prennent soin de rejeter l’étiquette de « postmodernes » souvent accolée aux cinéastes, au profit de celle de « postclassiques ». Pourquoi pas là encore, ça semble même intéressant mais d’analyse ou d’explication à ce sujet, que dalle. Dans les pages consacrées à The Barber, ils relèvent le montage du film, très godardien, voire « renaisien », avec en sus les longs travellings avant à la Marienbad et puis… ils se mettent à raconter le film, tout simplement. Vraiment frustrant…

C’est bien ça le pire : on a trop souvent à faire à des pages qui s’apparentent à de la simple paraphrase. Le chapitre consacré à Burn After Reading est à ce titre proprement édifiant. Les auteurs expliquent purement et simplement ce que font les personnages, ce que tout un chacun a pu voir (le scénario et la psychologie des protagonistes n’est pourtant pas d’une profondeur folle…) :  ils racontent le film avec force détails, encore. Damned.

J’arrête là, je ne pourrais moi aussi que paraphraser ou citer le bouquin inutilement. Encore une fois, je suis très déçu. Je l’ai d’ailleurs déjà mis en vente.

Le point positif c’est qu’il m’aura fourni l’occasion de revoir et reconsidérer certains films que je n’avais pas visionnés depuis longtemps.
Leur tout premier, Sang pour sang, m’est ainsi apparu comme incroyablement mollasson et prétentieux alors que je l’ai longtemps tenu pour un modèle de film noir. De même, Arizona Junior, qui m’avait là aussi grandement impressionné quand je l’avais vu pour la 1ère fois, m’a paru souffrir d’un rythme quasiment arthritique (c’est fâcheux quand le qualificatif de « cartoonesque » lui est souvent appliqué).

Miller’s Crossing en revanche, toujours aussi magistral et surtout beaucoup plus drôle et moins guindé que l’impression que j’en avais gardé. Ladykillers mauvais mais pas autant que dans mon souvenir. Surtout, sa bo, pendant gospel à celle folk et country de O Brother, est absolument superbe. Burn After Reading très anecdotique mais également très plaisant (parfaitement conforme à ce que j’en avais pensé à sa sortie) : une récréation, une potacherie inconséquente certes mais rondement menée et c’est déjà beaucoup. The Barber : sublime, vraiment, un des sommets Coeniens pour la forme, les thèmes abordés, l’ambiance proposée, les références convoquées (l’univers du romancier James Cain auteur notamment du Facteur sonne toujours deux fois et Mildred Pierce).

La grosse surprise est venue du Grand saut, le seul Coen bros que je n’avais jamais vu. J’ai toujours pensé, suivant la ligne du parti, que c’était un énorme ratage : eh bien pas du tout, c’est une excellente comédie, parfaitement écrite et réalisée, très drôle et surtout (c’est là la vraie surprise), très touchante. Un bémol concernant l’interprétation des 2 acteurs principaux, notamment Jennifer Jason Leigh mais sinon c’est vraiment un super film, décrié à tort. C’est un des préférés des auteurs d’ O Brothers !  qui mettent un point d’honneur à le réhabiliter : ils y parviennent, je dois bien leur accorder celà. Mais c’est bien tout.

Donc, de façon générale, en définitive et très globalement
Oh Brothers ! de Marc Cerisuelo et Claire Debru : une lecture très dispensable pour ne pas dire plus
– Les films des frères Coen : à voir et à revoir sans aucunes réserves ou presque.

#34 Gorky’s Zygotic Mynci – How I Long to Feel That Summer in My Heart

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Je pense que tout le monde s’accordera à dire que nous avons vécu cette année ce que les professionnels de la profession  ont coutume de nommer un « été de merde ».
Mais le hasard faisant bien les choses, l’entrée suivante dans mon top 100 est un disque estival, mieux même, un disque sur la nostalgie de l’été. Par un autre de mes groupes fétiches, malheureusement plus en activité depuis quelques années.

Il aura été actif durant plus de 10 ans et 8 albums mais les chefs d’œuvre alignés aussi implacablement que les moutons dans un pré gallois n’y ont rien fait : tout le monde se foutait de Gorky’s Zygotic Mynci (et tout le monde continue de s’en foutre d’ailleurs). Eux n’avaient pas l’air de t’en tenir rigueur pour autant (« tout le monde » c’est toi mon vieux) : ils semblaient jouer pour leur simple plaisir et pour leurs quelques fidèles fans (ça c’est moi), sortant tous les ans ou presque leur meilleur album depuis le dernier et jusqu’au prochain. Pour situer rapidement, une pop-folk rurale britannique et incroyablement naïve, mâtinée d’un psychédélisme ludique et tranquille.

Gorky’s Zygotic Mynci a pourtant débarqué en pratiquant une pop foutraque sur Barafundle ou Patio Song : des enregistrements assez barrés où ils n’avaient pas peur de fondre 3 chansons en une, chanter en gallois ou apparaître habillés comme des druides sur les photos de presse. Un groupe rapidement catalogué « excentrique », « rigolo » et « drogué ». Ce qui était certes réducteur mais pas faux non plus, il faut être honnête.

Leur musique s’est adoucie avec les années. Plus les années passaient et plus les Gorky semblaient seuls au monde. Plus ils semblaient seuls au monde, plus leur musique est devenue belle, fondamentalement belle : c’est tout bête mais je ne trouve pas d’autre mot pour définir cette musique simple et pure, qui ne connaît ni calcul, ni distance.

On entend chez eux à n’en pas douter ce qui se jouait dans le Village Green imaginé par Ray Davies, à ceci près que Daisy n’épouse plus le fils de l’épicier, et que Walter reste pour toujours l’ami qui fumait des cigarettes derrière le préau de l’école. Sur cet album en particulier, Gorky’s Zygotic Mynci joue la bande-son d’une campagne idéalisée, d’une perfection pastorale tout droit sortie des romans de Thomas Hardy : ici les filles vous transpercent le coeur de leur simple sourire (« Have you seen her smile? / Doesn’t it just make you wanna cry? » sur Stood on Gold) et on n’aspire qu’à des choses simples telles que contempler la lumière d’un nouveau jour et se retrouver entre amis autour d’un air antédiluvien.

Pas de méprise pourtant : aucune tentation folklorique ou traditionaliste chez eux (ils ne chantent d’ailleurs plus en gallois sur leurs 3 derniers albums), aucun clichés hippie sentant la crevardise : Gorky’s Zygotic Mynci est un groupe pop entiché de folk. Ils sont cette formation rêvée par tous les amateurs de chansons dignes de ce nom, capable de vous envoyer dans les étoiles et de vous faire sangloter en même temps, sur une seule mélodie ou harmonie. Il se dégage de leurs disques une chaleur, une joie et une mélancolie extrêmes auxquelles rien que ce que nous connaissons sur la scène musicale actuelle ne nous habitue plus (je le pense).
Ils semblaient être en quête de toujours plus de pureté, tant dans l’instrumentation utilisée que dans les sentiments évoqués. La chanson titre, vignette nostalgique d’un été parfait (« and the days were so long / and nothing could go wrong ») au moment où il faut quitter la campagne pour retrouver la ville (« oh I long to stay but I’ve got to go / where money is made, cold winds blow »), me noue la gorge à chaque écoute. C’est tout simplement une de mes chansons préférées (allez, au débotté, au moment où je tape ces lignes, elle accompagne Teenage FanclubThe Concept, The ByrdsFeel a Whole Lot Better, Super Furry AnimalsHometown Unicorn, The High LlamasCampers in Control).

Le groupe n’existe donc plus à l’heure actuelle mais on imagine une séparation douce et cordiale, sans heurts ni querelles vulgaires autour des royalties (de toutes façons probablement très maigres). Le principal compositeur/interprète, Euros Childs (c’est son vrai nom, il est magnifique et il le porte à merveille) sort chaque année un nouvel album de chansons simples, naïves et belles que le monde continue d’ignorer royalement (‘le monde », c’est TOI). Il a également sorti il y a 3 ans et en compagnie de Norman Blake de Teenage Fanclub (un autre de mes héros) un super album de power pop-folk sous le nom de Jonny.

Gentlemen Broncos – critique

Benjamin, 17 ans, n’a pas d’autre atout que son imagination débridée. Il adore écrire des histoires qui l’entraînent loin de sa petite vie morne. Quand il apprend que son idole, le légendaire auteur de science-fiction Ronald Chevalier, donnera un cours au Cletus Festival, il y voit la chance de sa vie. Il emporte son meilleur manuscrit, « Yeast Lords : The Bronco Years » et part à la rencontre de son destin.
Sur place, Benjamin fait la connaissance d’autres originaux comme lui, dont la jeune romancière Tabatha, et Lonnie, un cinéaste adolescent qui a déjà plus de 80 « films » à son actif […]. (Allocine.fr)

Ce film est passé totalement inaperçu à sa sortie en 2009. J’ignore s’il a même joué en salles en France.
En tout cas j’avais très envie de le voir à l’époque, avant de l’oublier. Il m’est revenu à l’esprit pour je ne sais quelle raison et je l’ai regardé il y a quelques jours. J’ai adoré.

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Jared Hess est le réalisateur d’un film culte aux Etats-Unis et à un degré moindre en Grande-Bretagne, Napoleon Dynamite. Un film à part dans la liste des comédies américaines des années 2000-2010 : esthétique white trash à son paroxysme, peu de gags, pas d’intrigue, un personnage principal modérément aimable voire parfaitement désagréable. Il a également réalisé le moins réussi mais très sympathique Super Nacho avec Jack Black en moine-catcheur au grand coeur.

Son truc à Jared Hess, c’est les nerds. Attention, j’ai bien dit les nerds et non les geeks. On retrouve ces derniers absolument partout désormais, ils sont quasiment devenus la norme : le terme est utilisé avec désinvolture dans tous les repas de famille, preuve qu’il est désormais dépassé.
Les nerds, c’est autre chose… Plus ringards, plus obsessionnels, moins exubérants, plus introvertis, plus portés sur les sciences, moins immédiatement attachants. Et peu représentés à l’écran finalement.

Les nerds donc et l’Amérique white trash. Attation là aussi: ne pas comprendre l’Amérique profonde telle qu’on la voit chez Jeff Nichols pour citer un exemple récent, tendance americana mélancolique et stylée du Texas ou du Kentucky. Non, le white trash c’est l’Idaho (dont Hess est originaire), l’Utah, l’Iowa, les jeans taille haute, les sweat à imprimés invraisemblables, les vestes à épaulettes, les mullets de la mort, les centre-commerciaux glauquissimes, les déserts culturels.

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Partant de là, Jared Hess développe une esthétique extrêmement forte et précise, très immersive, qui serait un pendant minimaliste et plutôt 80s de celle, foisonnante, élégante et fondamentalement 60s de Wes Anderson. Chez les 2, le même souci du détail, la même attention portée à la direction artistique qui vire à la maniaquerie et se fait véritable manifeste.

Les films de Jared Hess sont également intéressants et attachants parce qu’il connait parfaitement l’univers qu’il décrit, ça se sent. Aussi édifiants et ridicules ses personnages soient-ils, il a toujours pour eux une affection non dissimulée. Cette absence totale de cynisme ou de condescendance est évidemment cruciale.

Gentlemen Broncos a ceci de particulier dans sa (courte) filmographie qu’il comporte de nombreuses trouées de fiction au coeur de la fiction, au sein desquelles les récits de SF du jeune Benjamin et de son idole Ronald Chevalier sont représentés à l’écran. Des récits totalement délirants, à la poésie purulente et déviante, à la fois ridicules et très inventifs. Ils sont regroupés sous le nom de Yeast Lords et lorsqu’on sait que « yeast » en anglais signifie « levure » mais aussi « champignon » ou « mycose », tout est dit.

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Le casting des ados est super : Benjamin, le héros, orphelin de père et se coltinant une mère totalement larguée; Tabatha, la girlfriend enthousiaste et craquante qui aidera la héros à s’épanouir; Lonnie, créature latino, sorte de version freak du Pedro de Napoleon Dynamite.

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Le reste est à l’avenant. Je retiens surtout Jemaine Clement (membre des géniaux Flight of the Conchords) dans le rôle de Ronald Chevalier, auteur de science-fiction insupportable de prétention et de pédanterie.

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Et l’immense Sam Rockwell qui interprète Bronco, le héros des fictions de Benjamin. Ce mec est génial à chacune de ses apparitions, je comprends pas qu’on le voit pas davantage. Ici il incarne une sorte de justicier heroic-fantasy hyper viril et à l’accent redneck totalement incongru dans pareil contexte.

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Jared Hess n’a rien écrit ni réalisé depuis Gentlement Broncos. J’espère que l’échec du film (bah oui, c’est pas vraiment une comédie grand public) ne lui a fermé aucunes portes.
En tout cas il faut voir ses films, et notamment celui-ci, le plus barré, drôle, foisonnant et touchant des 3.

Le premier jour du reste de ta vie

La Ligue 1 a repris hier soir, soit moins d’un mois après la fin de la coupe du monde.

Mais comme à chaque fois après la fin d’un Mondial ou d’un Euro, c’est à la fois trop tôt et trop tard. Tu ne ressens pas suffisamment la sensation de manque pour te ruer sur le match de reprise même si 3 semaines ou un mois sans foot du tout, après tous ces matches engloutis, c’est long bordel.

Tu n’es pas si impatient que ça, tu es même un peu gêné parce que tu sais pertinemment que passer de l’exotisme euphorisant d’un Colombie-Japon, de l’intensité d’un Pays Bas-Argentine, de la folie pure d’un Allemagne-Brésil à… Reims-PSG, bon.

Pourtant le match était agréable à suivre : des buts (4 au total), des stars (Ibra, Cavani, Pastore etc), des footballeurs-à-l-ancienne-qui-s-arrachent-face-aux-védettes-surpayées (Deveaux, Signorino), du suspense en fin de match avec 2 occasion énormes pour les parisiens, un Jean-Luc Vasseur (l’entraîneur de Reims) complètement trempé au bout de 20 minutes dans son costard et qui revient en seconde mi-temps… dans son même costard. Mais… t’y étais pas vraiment, tu t’en foutais à moitié. Le football au mois d’août quoi.

Bonjour, je m'appelle Mickael Tacalfred et je me passe de commentaires.
Bonjour, je m’appelle Mickael Tacalfred et je me passe de commentaires.

Il va falloir un peu de temps pour s’ajuster : oui, le supporter monte graduellement en intérêt et en passion au diapason des grosses écuries qui elles montent peu à peu en intensité et en qualité.

Hier, c’était donc le lancement officiel de la nouvelle saison de foot et comme chaque année à cette époque, je me dis que j’en ai rien à carrer, que je vais à peine prendre connaissance des résultats si j’y pense, que c’est pas plus mal comme ça au fond. Ouais. On en reparlera dans quelques semaines…

Fargo – critique

« Lorne Malvo », tueur à gages et manipulateur hors-pair, verse le sang sur son passage. Notamment dans une petite ville du Minnesota, en émoi suite à quelques cadavres laissés ici et là. Très futée, l’adjointe Molly Solverson mène son enquête. Parviendra-t-elle à faire éclater la vérité ? (Allocine.fr)

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Chouette visuel promo

Fargo la série n’est pas une relecture du film des frères Coen. Elle n’en est pas non plus le prolongement. Ni le prologue. Ni complètement autre chose. Mais elle est aussi un peu tout celà à la fois et c’est bien là son problème : elle a constamment le cul entre 2 chaises, ne sachant pas véritablement où se situer (ou peut-être que si : peut-être que tout celà est entièrement voulu mais à ce moment là c’est raté à mon sens). Elle se résume à une sorte d’exercice de style, de variation autour des principaux motifs du film et ça la limite grandement.

Les 3 premiers épisodes sont relativement embarrassants : malgré une bonne réalisation/écriture/interprétation, ils multiplient les clins d’oeil ou références au film et on ne sait trop quoi en penser. Certaines scènes sont reproduites à l’identique, ou quasiment, je ne comprends pas. C’est vraiment too much, la série ferait mieux de se concentrer sur ce qu’elle essaie de construire (une intrigue tirée d’un fait divers assez proche). Même si le personnage de Billy Bob Thornton (aka Le Mal) n’est qu’un décalque de celui de Javier Bardem dans No Country for Old Men : froid, sauvage, absurde, existentiel, Coenien.

Ca se suit finalement, c’est du travail bien fait évidemment mais j’ai l’impression qu’en les empilant sans fond ni réelle maîtrise, dans un simple souci d’accumulation et de connivence avec le spectateur, la série révèle les tics des Coen dans ce qu’ils peuvent avoir de plus agaçant pour leurs détracteurs. Un genre de worst of, superficiel et volontariste, comme son titre : « Fargo » uniquement pour raccrocher les wagons, évoquer un univers déjà clairement identifié et familier, alors que la ville en elle-même n’a quasiment aucune importance dans l’intrigue (celle-ci se déroule à Bemidji mais forcément, ça sonne moins bien).

Mais ça se suit oui, jusqu’au bout et même si on se dit qu’il y avait quelque chose à faire de la place de la femme dans ce monde là (elles sont soit absentes soit mortes, quasi-systématiquement mais la série n’en fait rien évidemment), l’intrigue est suffisamment prenante pour qu’on aille sans trop de peine au bout des 10 épisodes.

Finalement, Fargo, la série, restera toujours dans cet espèce d’entre-deux qui l’empêche d’accéder à la 1ère division : plus longue, plus fouillée, elle existe déjà, elle s’appelle Breaking Bad. Plus courte, plus sèche, plus elliptique, elle existe aussi : c’est Fargo, le film des frères Coen.