Brooklyn Nine-Nine – critique

La vie au sein du commissariat de police de Brooklyn n’est pas de tout repos : une pléiade d’inspecteurs un poil loufoques doivent jongler entre leur mission de protéger et servir les habitants de la ville, leur vie personnelle et surtout celle du bureau. (Allociné.fr)

130913_TV_BK99.jpg.CROP.article568-large
Sous son apparence de sitcom anecdotique, Brooklyn Nine-Nine est une série plus subtile qu’il n’y paraît.

Premier bon point :  elle se révèle d’emblée très attachante. Les personnages sont tous bien typés et caractérisés, comme il se doit, et le casting formidablement agencé, comme il le faut. Factice (ie purement « professionnelle ») ou réelle, qu’importe : l’alchimie des acteurs fait véritablement plaisir à voir et leur plaisir à eux, palpable, est communicatif.
En tête et dans le premier rôle évidemment, le génial Andy Samberg (assis sur la photo). Fini le Saturday Night Live pour lui après de longues années de services et autant de sketches mémorables, entre parenthèses son groupe de rap parodique The Lonely Island, auteur de merveilles à reprendre à tue-tête telles que I Just Had Sex, Like a Boss, Threw It on the Ground, Boombox ou bien sûr l’indépassable Dick in a Box. Je pourrais en citer une bonne dizaine de plus. Big fan.

Samberg donc, apporte sans forcer son énergie, son charme rigolard et la touche neo-comédie US à une sitcom relativement sage. Mais c’est justement ce qui est très appréciable dans Brooklyn Nine-Nine : son humour bon enfant, fondamentalement gentil. On se vanne entre potes, on fait des blagues, on a de la répartie, et ce sont ces réparties elles-mêmes, drôles pour les personnages entre eux, qui se révèlent également drôles pour le spectateur. Zéro cynisme ou distance ironique donc, juste le plaisir de se marrer et de faire marrer. Les personnages sont des smartasses mais le regard des auteurs sur eux ne l’est pas du tout. Petit plus granderemisque : Samberg a le bon goût d’arborer dans de nombreux épisodes la superbe tenue blouson en cuir-chemise-cravate chère à notre Bébel national dans ses glorieuses années 70/80. Un gros plus même.

A la mi-saison, la série s’attaque à ce qui, on le devine dès le premier épisode, sera sa colonne vertébrale : l’inévitable et indispensable love-story entre les 2 personnages principaux. Je ne spoile pas, c’est un passage obligé, c’est annoncé dès le premier épisode, ce type de série ne peut tout simplement pas s’en passer. Du classique donc là encore mais qui fonctionne à merveille.

Brooklyn Nine-Nine n’est pas une grande sitcom, ça n’est de toutes façons que la 1ère saison donc on va attendre un peu avant de s’enflammer. C’est en tout cas une sitcom très vite addictive et foncièrement aimable. Elle pratique un humour potache, « familial » disons, sans pour autant laisser sur le côté les amateurs d’humour plus transgressif et trash. C’est suffisamment rare pour être signalé. Donc je signale. De rien, ça me fait plaisir.

Publicités

#29 Jason Falkner – Presents Author Unknown

MI0000107166
Beaucoup de « D » au bout du compte dans mon top mais pas de Dylan :toocoolforschool: Je citerai encore une fois Nick Hornby dans son recueil 31 songs cette fois :

« Je possède bien évidemment Blonde on Blonde et Highway 61 Revisited. Ainsi que Bringing It All Back Home et Blood on the Tracks. Tout amateur de musique a ces 4 albums dans sa discothèque. Et je m’intéresse également assez à Dylan pour avoir acheté les volumes 1 à 3 des Bootlegs series et cet album live dont on sait aujourd’hui qu’il n’a pas été enregistré au Royal Albert Hall »

Il continue comme ça pendant un gros paragraphe en citant une dizaine d’albums de Dylan qui font également partie de sa discothèque.

« Certaines personnes – ma mère par exemple, qui n’a pas plus de vingt CD en tout et pour tout – en concluraient que je suis un fan de Dylan. Or, des fans de Dylan, j’en connais, et ils ne reconnaitraient pas l’un de leurs en moi. […] Je ne connais aucun texte de ses chansons en entier – juste un ou deux vers par-ci, par-là. Je ne considère pas que Dylan soit plus important ni plus talentueux qu’Elvis Presley, Marvin Gaye, Bob Marley ou plusieurs autres artistes majeurs […] Simplement, j’aime bien quelques mélodies, ce qui, ai-je été amené à croire, ne suffit absolument pas. » (31 songs, pp 53,54,55)

Ca ne lui suffit pas non plus pour intégrer mon top et crois moi qu’il doit bien avoir les boules à l’heure qu’il est mais tant pis pour lui, c’est la vie, eh oh c’est bon, il va s’en remettre quand même.

Donc le disque suivant dans mon top est ce sublime exemple de power pop anglophile qui n’aura malheureusement pas vraiment de suite digne de ce nom. Jason Falkner est un musicien supérieurement doué dont on s’est très rapidement arraché les services (Air, Beck, McCartney, Glenn Campbell pour ne citer que les plus illustres), au détriment sans doute de sa propre carrière d’auteur-compositeur. C’est dommage car ce 1er album tutoie la perfection : il fait partie de ceux auxquels je pense immédiatement lorsque je cherche un album qui équilibre à parts égales pop, rock et folk.

Joe – critique

joe-day2-523small_wide-f5495e4fec1737604cb53159e19f21490ef551fc-s6-c30
Dans une petite ville du Texas, l’ex-taulard Joe Ransom essaie d’oublier son passé en ayant la vie de monsieur tout-le-monde : le jour, il travaille pour une société d’abattage de bois. La nuit, il boit. Mais le jour où Gary, un gamin de 15 ans arrive en ville, cherchant désespérément un travail pour faire vivre sa famille, Joe voit là l’occasion d’expier ses péchés et de devenir, pour une fois dans sa vie, important pour quelqu’un. Cherchant la rédemption, il va prendre Gary sous son aile… (Allocine.fr)

J’ai trouvé ça très mauvais pour ne pas dire plus.

David Gordon Green s’est fait connaître au début des années 2000 avec une trilogie dont le film le plus remarquable (L’Autre Rive) l’a installé comme numéro 1 indiscutable au classement des wannabe/futurs Terrence Malick. Très beau film âpre et naturaliste. Puis virage à 180° : il s’est acoquiné avec les barons de la neo-comédie US pour une paire de films absolument géniaux (Pineapple Express avec Seth Rogen et James Franco, The Sitter avec Jonah Hill) un ratage total (Votre majesté, très très lourd, malgré Danny McBride et Zooey Deschanel en esclave sexuelle) et de nombreux épisodes de la grandiose série Eastbound and Down (avec Danny McBride encore, sans doute la meilleure comédie vue à la TV depuis The Office UK, pas moins).

Il a opéré une sorte de retour aux sources l’an dernier avec Prince Avalanche (pas folichon mais pas mal. Mais pas folichon), il revient totalement à ses premières amours avec Joe.

Joe avait, sur le papier, absolument tout pour me plaire : la flemme de faire l’article mais en gros, tout ce qui composait également Mud.
Mais ici, rien ne fonctionne selon moi : l’intrigue est trop distendue, manque de romanesque et surtout, surtout, le film semble accumuler absolument tous les clichés de l’americana de manière grotesque. A ce stade, la question de la vraisemblance ou du réalisme n’a plus vraiment de pertinence. Tout ici respire la glauquitude, la crasse, les bas fonds de l’humanité. Aucune respiration. Pourquoi pas, n’est-ce pas ? C’est un choix. Le problème c’est que David Gordon Green filme tout ça sans aucun recul, avec une certaine complaisance même. La scène où Joe (un Nicolas Cage tout en implants capillaires ET visagaux) se rend furibard au bordel, mon Dieu… Comment peut-on écrire et filmer une telle scène au premier degré ? Inadmissib’.

La relation filiale que Joe tisse avec Gary (un Tye Sheridan moins poupon et plus hormonal que dans Mud) ne suscite aucune émotion. Et cette conclusion sur le mode « the circle of life »…

J’espère que David Gordon Green va rapidement refaire une incursion du côté de la comédie, ça lui va finalement beaucoup mieux.

Katerine – Magnum

l-affiche-du-film-magnum
Même si lui fera toujours partie de mes héros, la musique de Philippe Katerine n’a plus aujourd’hui la même importance qu’elle a pu avoir il y a quelques années. La faute à son virage comiquo-portnawak consécutif à Robos Après Tout : on a pu croire sur le moment qu’il s’agissait d’un magnifique pétage de plombs subversif et déviant, il s’agissait en fait d’une nouvelle direction donnée à sa carrière. C’est pas grave, je l’aime quand même mais puisque j’ai commencé en parlant de sa musique, c’est justement ce qui lui fait désormais défaut à mon sens : où est passé le compositeur, l’arrangeur, l’instrumentiste fin et délicat de tous ses albums jusqu’à Robots Après Tout ? C’est sans doute volontaire de sa part de ne plus « toucher » à ça mais c’est dommage.

Ici, il a confié les rênes de la production au talentueux SebastiAn. Et c’est une réussite : disco hyper-sexuée, langoureuse, cochonne même, très puissante, putassière dans le bon sens du terme (si tant est qu’il y en ait un). A la fois rétro et futuriste (mais pas rétro-futuriste), elle est selon moi le plus grand atout de Magnum (en référence à la crème glacée, pas à la série).

Parce que les chansons… Efficaces, oui, sans aucun doute. Mais Katerine tourne en rond. Il ressasse les mêmes thèmes, de la même manière, ça va pas du tout. Et puis bon… OK, il a le droit d’être amoureux de sa femme, de trouver ses enfants super, d’être heureux avec eux, il a même le droit de le faire savoir… Mais Julie Depardieu, merde… Bon, ça c’est mon problème mais il est de taille.

Quoiqu’il en soit, même si j’écoute l’album avec un certain plaisir, c’est pas brillant et c’est même assez triste. Disons que j’espère toujours un sursaut pour la suite de sa carrière mais j’y crois de moins en moins.

La République Bobo – critique

9782234075474-X
Un bouquin acheté et lu dans le mois suivant : c’est suffisamment rare en ce qui me concerne pour être souligné.

Si je l’ai acheté, c’est évidemment parce que je me considère dans la cible. Et si tu es en train de lire ce billet c’est probablement que tu l’es toi aussi. Plus ou moins mais ne nous voilons pas la face.

La République Bobo se démarque des ouvrages de style ou d’analyse sociologique par son engagement : il s’agit ici de réhabiliter les bobos ou tout du moins de mettre un terme au « bobo-bashing » (je reprends les termes des auteurs, Laure Watrin et Thomas Legrand) en expliquant comment ce socio-type relativement vague et indéfini n’est pas la lie de la république mais plutôt une catégorie dont l’engagement, même tout relatif, participe de la cohésion nationale et d’une idée moderne du « vivre ensemble » (soit la définition même de la république).

Tu te fais un petit peu chier? C’est normal : La République Bobo est un petit peu chiant. Si l’entreprise est louable, les témoignages intéressants, les théories/analyses pertinentes, il a le cul entre 2 chaises : pas assez savant, pointu ni lettré pour faire figure de véritable jalon sociologique, pas assez léger pour divertir. Les tentatives d’humour créent au mieux de l’indifférence, au pire, de l’embarras. Davantage de recul, de piquant, d’auto-dérision (les auteurs se comptent eux-mêmes sans complexes dans la catégorie qu’ils essaient de cerner) eut été salutaire. Mais c’est peut-être mon problème à moi et je demandais à ce livre quelque chose qui ne faisait tout simplement par partie des objectifs de ces auteurs.

En l’état, La République Bobo est donc un ouvrage pas inintéressant mais pas passionnant non plus. Je vais d’ailleurs le vendre. Merci de t’adresser à mon secrétariat pour davantage d’informations.