#24 The Delgados – Hate

The Delgados - Hate
Il y a un an (oui ça fait un an, un peu plus même que j’ai démarré mon top 100. T’es pressé toi ? Bon alors ça va, ça sert à rien de râler.) cet album n’aurait peut-être pas eu droit à tant d’honneur. Disons qu’il ne figurait pas parmi les 80 indiscutables. Mais là je suis dans une période où j’en ai un peu marre du folk et de l’americana (j’ai l’impression d’avoir tout entendu, je n’y trouve rien qui m’excite depuis un bon moment etc) et où je me recentre à mort sur mon Moi profond qui est comme chacun sait celui d’un petit chiot mélancolique et joyeux à la fois, fondamentalement poppy.

Ceci dit, cet album est objectivement une petite pépite. Il est sorti à une époque où Dave Fridmann était THE producteur, auréolé d’insurpassables réussites avec Mercury Rev et les Flaming Lips (que tu retrouveras bien évidemment un peu plus loin dans mon top. Dans 3 ans donc.).
Il me touche en outre beaucoup car c’est l’archétype de l’album sur lequel des mecs (et une nana) un peu lambda se surpassent totalement parce que touchés par la grâce, parce que secondés par LA bonne personne (Dave Fridmann donc), parce que l’instant T, parce qu’au bon endroit, au bon moment, tout simplement.

Pas manchots ceci dit les Delgados, ni avant (The Great Eastern), ni après (Universal Audio). Un bon petit groupe qui vieillit très bien.
Mais ici… Des chansons superlatives (ouverture genre bo de la Création, single parfait, accrocheur et fielleux avec All You Need Is Hate, mélodie irréelle d’apparente banalité et pourtant inépuisable avec Coming In From the Cold, une chanson totalement linéaire mais qui n’a besoin d’aucune variation puisqu’elle évolue du début à la fin dans la stratosphère) magnifiées, que dis-je transcendées, par la production over the top de Dave Fridmann. Qui nous ressort ici ses plus beaux atouts : cordes from heaven, batteries et cymbales péplumesques from les entrailles de la terre, flûtes graciles, choeurs danny elfmanesques. Un producteur qui sait quand sortir l’artillerie lourde mais qui sait également quand laisser respirer ses protégés. Du travail d’orfèvre. Le dernier titre, modèle de pop ascensionnelle aux « hallelujahs » plus qu’appropriés semble avoir été composé pour illustrer le mot « apothéose ».

Ce disque bénéficie d’une petite aura, il a été salué à sa sortie mais je pense qu’il est encore assez largement méconnu et c’est dommage.

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Abus de faiblesse – critique

Même si elle s’en défend, l’histoire c’est celle de Catherine Breillat elle-même, victime d’un AVC, puis, lors de sa convalescence, de Christophe Rocancourt, arnaqueur de pseudos stars à Hollywood.
Huppert interprète Maud Schoenberg/Breillat, une réalisatrice. Kool Shen joue Vilko Piran/Rocancourt, un arnaqueur donc, ayant purgé sa peine et choisi par Schoenberg pour son prochain film sur la foi d’une apparition dans une émission de télévision.

Abus de faiblesse - Breillat
Pour la petite histoire, Breillat avait choisi Rocancourt pour jouer dans un projet intitulé Bad Love en compagnie de Naomi Campbell.
J’aime beaucoup Catherine Breillat. Je trouve que c’est une artiste brillante et courageuse, vectrice d’un féminisme audacieux et moderne. Je veille bien à ne pas me prétendre « féministe » pour autant : comme le dit très justement Riad Sattouf dans So Film, un mec qui se prétend féministe, ça fait un peu Michel Sardou.

Le fait divers m’a tout de suite intrigué et un peu fasciné. Je me souviens avoir été extrêmement surpris que Rocancourt, escroc minable et vulgaire, érigé un temps en parangon d’un nouveau chic masculin décomplexé (on rêve), intéresse, séduise et finalement arnaque une femme telle que Catherine BreillatFaites entrer l’accusé meets Romance X.

Huppert dans le premier rôle, c’est assez convenu (même si elle est très bien). Mais en choisissant Kool Shen pour incarner Rocancourt, Breillat a encore marqué des points. Choisir Kool Shen, c’est évidemment et avant tout ne pas choisir Joey Starr, et ça c’est parfait. Joey Starr, qui joue désormais dans des films tels que celui d’Emmanuel Mouret. Très bien, faisons comme si c’était normal. Joey Starr, bientôt chez Danièle Thompson et Arnaud Desplechin ? Ca m’étonnerait qu’à moitié.
Kool Shen lui m’a toujours été très sympathique. Débuter une éventuelle carrière au cinéma par un rôle chez Breillat, c’est quand même la grosse classe. Et s’il s’avérait qu’il s’agissait de son unique film, ça serait encore plus beau.

Le film d’ailleurs : bien, très bien même. Quand on connait un peu le fait divers, on peut s’amuser avec un brin de voyeurisme à constater la façon dont Breillat a choisi de retranscrire à l’écran son expérience. Exit la relation sentimentale/charnelle par exemple. Dans le rôle de Sonia Rolland, ex-Miss France et compagne de Rocancourt à l’époque des faits, une sorte de lookalike un peu cheap, choix que j’ai interprété comme étant une petite vengeance personnelle un peu mesquine mais de bon aloi de sa part. Dans le rôle du producteur de la cinéaste du film, Jean-François Lepetit, le propre producteur de Breillat. Elle a beau dire que ce film n’est pas davantage autobiographique que les autres… Tu m’as compris.
Ne pas croire qu’Abus de faiblesse est à charge pour autant, que la réalisatrice y règle ses comptes :  le regard qu’elle porte sur elle-même via le personnage de Maud Schoenberg est d’une grande honnêteté. Élitiste, bourgeoise et parfois franchement désagréable, elle n’élude pas non plus sa fascination pour ce « personnage » aux antipodes de ce qu’elle est et de ce qu’elle représente.

Ainsi le film révèle quand même ses grandes qualités si on ne sait rien du fait divers à son origine. La sécheresse du propos, le mystère finalement entier de cette relation pour le moins surprenante. La description, surtout, de l’AVC, de la convalescence et des difficultés au quotidien vécues par Huppert :  on retrouve là pleinement le regard sans fard et sans concessions de Breillat. La précision du cadre, le minimalisme de sa composition, notamment dans le 1er quart d’heure, impressionnent.

Beaucoup aimé donc.

Comédie, mode d’emploi – critique

Comme convenu, quelques mots sur cette lecture récente. Grande remise, le blog qui tient ses promesses de campagne.

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Je ne reviendrai pas sur l’importance qu’à pris Judd Apatow (au sens large : lui, ses productions, celles et ceux qui gravitent autour) pour moi ces 10 dernières années, je crois que c’est suffisamment clair si tu lis un minimum ce blog. Lui et Wes Anderson : en gros, c’est ça le cinéma pour moi aujourd’hui. Absolument.

Lecture très intéressante.
En guise de préambule, Burdeau se fend d’un texte analytique limpide et bien senti. Pas plus, pas moins.
Comédie, mode d’emploi retranscrit en fait son entrevue avec le maître de la neo-comédie américaine. Il porte très bien son titre : l’auteur a bien pris soin de rester concentré sur son sujet ou en tout cas de ne garder que ce qui s’y rattachait directement. Ainsi, la vie personnelle n’est évoquée qu’à travers l’enfance ou les années de formation : Apatow insiste bien sur le fait que l’humour était une passion pas un passe-temps (il est notoirement réputé pour n’avoir manqué aucun épisode de Saturday Night Live et en connaitre certains par cœur).

Pour le reste, pas ou peu de révélations mais une réflexion à la fois pragmatique et instructive sur sa condition de funny man professionnel : producteur et réalisateur de comédies, gag man, découvreur de talents etc. C’est chouette.
A noter néanmoins qu’il précise bien, et c’est tout à son honneur, que s’il y a évidemment apporté sa touche, la série Freaks and Geeks, souvent considérée comme l’acte fondateur de la geste apatowienne (on y voit pour la première fois à l’écran James Franco, Seth Rogen Jason Segel, Martin Starr et bien d’autres, dans une chronique mélancolique des années lycée), est une pure création du très sous-estimé Paul Feig (réalisateur du sublime Mes meilleures amies).

Ca se lit donc tout seul  et si ça n’est pas révolutionnaire, c’est indispensable à qui s’intéresse de près aux comédies américaines de ces 10-15 dernières années.

Ca en revanche :

Road-movie--USA
je l’ai attaqué mais je l’ai rendu à la bibliothèque : impossible à lire en 2 semaines (pour moi en tout cas). C’est passionnant mais incroyablement dense. Je l’achèterai donc et le dégusterai tranquillement sur une longue période.
Seulement voilà, le truc c’est que si je l’achète, je SAIS que je le laisserai dormir des mois voire des années dans un coin (véridique,  j’ai plein de bouquins comme ça) : c’est maladif, je n’arrive pas à lire un bouquin que j’ai à disposition quand je le souhaite. Reste la solution de l’emprunter à plusieurs reprises et à différentes périodes tu me diras, ça peut marcher ça…

Bon, je lance une évaluation et je fais un graphique pour m’aider à prendre une décision là-dessus, je te tiens au courant. Bisous.

#23 Richard Davies – Telegraph

richard davies - telegraph
Pour situer un peu les choses, Richard Davies est une moitié de Cardinal, sa moitié lennonesque disons. Je parlerai de l’autre moitié du groupe, Eric Matthews, en temps voulu.
Ici pourtant, Davies est en mode laid-back, quelque part entre Lou Reed et Neil Young (tu commences à situer le niveau là ?). Ce qui frappe le plus c’est l’aisance, l’évidence avec laquelle ce disque s’impose dès la première écoute. La triplette d’ouverture… La triplette d’ouverture. Écoute et tu comprendras.

Du coup cet album est l’un de ceux auxquels je pense et me réfère spontanément lorsqu’on me demande de citer un album pop américain modèle. 10 chansons, 38 minutes, pas un gramme de superflu. Un disque de musique à dominante acoustique sans être folk pour autant, à la fois classieuse, douce, ouvragée mais un peu rugueuse aussi, disons campagnarde ou rustique sans être country non plus. Les pieds bien ancrés au sol dans des bottes mais la tête dans les étoiles.

J’aime bien cette pochette qui ressemble à rien aussi. Enfin, qui m’évoque une cabane rescapée de la période de la ruée vers l’or par exemple (Telegraph), ce qui finit de placer cet album, dans ma tête en tout cas, parmi la liste des classiques du rock américain (même si Davies est australien).

Je me sens confus, je m’arrête là.
Cet album est un classique instantané, c’est tout ce qu’il faut retenir de ce billet.