The IT Crowd – critique

Je n’ai pas eu la main très heureuse ces derniers temps dans mes choix de séries mais voici enfin une sitcom que j’ai aimée sans retenue. Je commençais à désespérer car si j’en parle après les autres, je l’ai également visionnée en dernier. Désolé mais je vais spoiler.

Chez Reynolds Industries, les hautes tours de l’entreprise sont remplies de beaux et heureux employés qui ne tarissent pas d’histoires de succès. Sauf ceux qui travaillent dans le sous-sol : le département du support informatique. Alors que leurs collègues évoluent dans un cadre magnifique, Jen, Roy et Moss doivent se contenter d’une cave sombre et horrible, et se battre pour en faire un environnement vivable… (Allociné.fr)

the_it_crowd
Vais pas y aller par 4 chemins: oublie The Big Bang Theory, The IT Crowd est LA série geek définitive. Celle qui l’a d’ailleurs très probablement inspirée. Elle n’est évidemment pas que ça mais c’est la série que tout bon rôliste/informaticien/programmeur etc se doit d’avoir vue. Et ils l’ont vue : j’ai pu le vérifier puisque je travaille tous les jours avec un grand nombre d’entre eux. Rhaaa punaise, ça me démange de parler de mon boulot de temps en temps d’ailleurs… J’en aurais des trucs rigolos et/ou édifiants à raconter mais c’est un peu risky business pour un blogueur aussi famous international playboy que moi.

Passé un superbe générique 8-bits, le plus intéressant à la fois graphiquement et musicalement vu depuis un bon moment, pas mal de gags et ressorts comiques reposent donc sur la confrontation entre Roy et Moss, les geeks (Roy, le gentil nounours irlandais Chris O’Dowd, geek branché, tout en t-shirts à slogans sarcastiques, fan de Guided by Voices; Moss, le nerd absolu, extrêmement intelligent mais inadapté à la vie de tous les jours, vit évidemment chez sa mère, génialement incarné par un Richard Ayoade au délicieux et irréprochable phrasé suprêmement british; la série baigne d’ailleurs dans une anglicité totale, j’adore; je sais que tu te poses la question donc j’y réponds: Chris O’Dowd, c’est le flic choupinou de Mes meilleures amies et le mari-éclair de la pseudo Joanna Newsom de Girls, Richard Aoyade jouait lui dans l’excellent Voisins du 3ème type; oui cette parenthèse est horriblement longue, toutes mes excuses) ; les geeks d’un côté donc et la nouvelle recrue, Jen, de l’autre (Katherine Parkinson, très bien elle aussi, belle capacité à oublier son ego pour aller dans le ridicule et l’excès mais c’est évidemment le duo de garçons qui tient la vedette) qui n’y connait absolument rien en informatique : génial épisode ou pour une présentation au cours de laquelle elle entend bien marquer quelques points et enfin quitter ce sous-sol déprimant où on l’a confinée, elle se voit confier par les garçons une mystérieuse boîte extrêmement précieuse, rien moins qu’Internet…

L’univers geek, ok.

L’enfer de l’entreprise et de l’open space aussi. On pense inévitablement à The Office et si The IT Crowd n’a ni le réalisme glaçant, ni le mordant (ni le génie, il faut dire ce qui est) du chef d’oeuvre de Ricky Gervais, elle parvient néanmoins à évoquer et retranscrire par petites touches l’aliénation et l’absurdité fondamentales des entreprises 2.0.

Ca déjà, ça m’aurait comblé. Mais la plus grande qualité de la série réside encore ailleurs. Elle SAIT qu’elle a à faire à au public le plus scrutateur, intransigeant et difficile qui soit (celui des geeks), elle SAIT qu’elle vient après The Office. Donc elle ne cède jamais à la facilité et elle déjoue merveilleusement les attentes.

La potentielle catch phrase dont son public aurait été trop ravi de disposer (lorsqu’il répond au téléphone, face au problème d’ordinateur exposé par son interlocuteur, Roy commence invariablement par un las « Have you tried turning it off and on again? »), elle la flingue au bout de 2 épisodes. Roy finira d’ailleurs par avouer au détour d’une scène qu’il a en a vraiment marre de ce boulot où il répète toujours la même phrase. OK, on a compris, pas de catch phrase donc.

Idem pour l’inévitable intrigue sentimentale, l’ingrédient indispensable à toute bonne sitcom qui se respecte. Indispensable, mon cul oui : il ne se passera absolument rien entre Roy et Jen. RIEN. 

Flinguer un personnage essentiel ? OK, pas de problème : le patron de Reynold Industries, personnage pourtant marquant et source d’excellentes intrigues, gags et répliques, disparaît purement et simplement en début de saison 2. Son remplaçant, son fils (à droite sur la photo), le surpasse : queutard, fêtard, vulgaire, magouilleur, peut-être meurtrier et surtout totalement idiot, il a la particularité de toujours s’exprimer, y compris lorsque ce qu’il exprime est d’une totale inconséquence, avec un phrasé d’une théâtralité digne de la Royal Shakespeare Company. Irrésistible.

Le seul défaut de The IT Crowd en fait, c’est sa brièveté.  4 saisons de 6 épisodes chacune seulement, 24 épisodes donc, soit le même nombre qu’une seule saison de sitcom américaine moyenne, ça passe en un clin d’oeil et on en aurait voulu beaucoup plus. Mais c’était sans doute le prix à payer pour que la série ne devienne pas une caricature d’elle-même, prisonnière de ses gimmicks et procédés. C’est sans doute également le signe que les personnes qui étaient aux manettes avaient une idée bien précise de ce qu’elles voulaient faire, qu’elles ne voulaient céder à aucun compromis et c’est tout à leur honneur.
En tout cas c’était la grosse régalade, vraiment une super série, un super kif (j’ai même dit « kif », c’est dire) je sais que je la reverrai.

Je vais quand même commencer par regarder l’épisode « spécial » d’1h30 diffusé il y a peu et censé mettre un terme définitif à la série. J’ai hâte !

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Gravity – critique

Pour sa première expédition à bord d’une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l’astronaute chevronné Matt Kowalsky. Mais alors qu’il s’agit apparemment d’une banale sortie dans l’espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l’univers. Le silence assourdissant autour d’eux leur indique qu’ils ont perdu tout contact avec la Terre – et la moindre chance d’être sauvés. Mais c’est peut-être en s’enfonçant plus loin encore dans l’immensité terrifiante de l’espace qu’ils trouveront le moyen de rentrer sur Terre… (Allocine.fr)

Il y a 2 films dans Gravity : un space survival et un « voyage intérieur ».

Le premier est excellent. Pas non plus de quoi se taper le cul par terre mais c’est très bon. Les critiques ont raison d’évoquer des prouesses techniques et un rendu visuel, sensoriel, inédits ou presque : on n’a effectivement peut-être jamais vu ça. Une caméra légère et caressante (oui : en apesanteur) qui donne l’impression que le film a été réellement tourné dans l’espace puisqu’elle ne connait aucune entrave, aucune limite. A ce titre, la première moitié de Gravity est une franche réussite.

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D’autant qu’elle se double d’un pur film d’action extrêmement prenant : une grosse couille survient sans crier gare alors que les 2 héros, interprétés par Clooney et Bullock, effectuent une réparation à l’extérieur de leur navette, et ça craint du boudin. In space. Et l’espace, c’est beau, certes, mais c’est aussi extrêmement flippant. Ca, Cuaron l’a bien saisi et il le retranscrit à merveille. On peut simplement regretter qu’un film qui souhaite évoquer à la fois frontalement et métaphoriquement la peur du silence n’aille pas jusqu’au bout de sa démarche: trop de musique, encore trop hollywoodien tout ça alors que le silence total aurait été encore plus réaliste, immersif et flippant.

Mais en l’état, et malgré des dialogues assez médiocres, c’est très bien encore une fois.

Le problème c’est que Cuaron n’est pas homme à se contenter de réaliser un simple « film d’action », aussi virtuose soit-il. Non, lui ce qu’il veut c’est embrasser la condition humaine, le pourquoi de son existence, le ying, le yang, le cosmos, le miracle de la vie, le miracle de l’amour, les mystères de l’amour, l’amour du miracle, le miracle du mystère. Et c’est là que Gravity ne fonctionne pas. Car son « message », son ambition, se matérialisent à l’écran avec une lourdeur pachydermique (vous reprendrez bien un peu de cordons ombilicaux dans le cadre ?). Tu me diras qu’il va jusqu’au bout de sa démonstration m’enfin… C’est lourd putain… Je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler.

Ca m’agace parce que ça ternit un film qui aurait effectivement pu faire date (le nouveau 2001 ? Non mais sérieusement, ils l’ont vu 2001 les gens qui disent ça ?). Sans compter que ça dénote un certain mépris pour un cinéma plus viscéral et prosaïque mais pas moins intéressant et ça ça m’énerve. Le mec a un gros melon, c’est patent. C’était déjà le cas dans Les Fils de l’homme son précédent film : mise en scène irréprochable, sous texte pataud (d’autant plus que le sous texte n’était pas vraiment « sous » puisque tout était bien surligné comme ici) aux prétentions bigger-than-ses-capacités-intellectuelles.

Un petit mot sur la 3D puisque c’était seulement la 2ème fois que je m’y confrontais : ça fait toujours mal au crâne et c’est toujours aussi inutile. Attention, un boulon qui vient vers toi ! La 1ère fois c’est rigolo, la 5ème c’est lourd. Même quand c’est un stylo et pas un boulon. En plus on perd les couleurs et y a toujours une espèce de sensation de flou assez frustrante. Voire agaçante.

Dommage donc même si je dirais que c’est à voir.

Souvenirs d’Elliott Smith, seconde partie

Là on est à Toulouse, fin juin 2000. Figure 8 vient de sortir, c’est un nouveau sommet dans la carrière d’Elliott Smith. C’est pour l’instant son disque le plus abouti, le mieux arrangé, le plus riche en termes de production et de textures sonores. Le concert a lieu au Bikini, ce qui d’emblée rassure, ravit même quant à la qualité de sa sonorisation.

Arrivée sur les lieux: personne ou presque. Entrée dans la salle: personne ou presque. OK…
Il s’avère qu’une grande majorité d’étudiants a déjà quitté la ville pour les vacances d’été et surtout, ce soir là, la France affronte le Portugal en demi-finale de l’Euro de foot. Un grand écran a d’ailleurs été installé sur la gauche de la scène pour permettre à la très maigre audience de suivre le match. Or ce putain de match, il s’éternise. Prolongations. Et bien sûr, le concert ne démarrera pas avant qu’il s’achève… Surréaliste : t’es au Bikini, l’une des meilleures salles de concert de France, tu vas voir Elliott Smith, prodige pop comme il en sort un tous les 20 ans au mieux, et tu te retrouves à bloquer sur la coupe de cheveux dégueulasse d’Abel Xavier sur écran géant.

Bon, le concert finit par débuter mais super tard du coup. Bien sûr, y a une première partie. Un Toulousain dont j’ai complètement oublié le nom. Pov’ gars… Enfin « pov’ gars » : il peut quand même se vanter d’avoir fait la 1ère partie d’Elliott Smith. Mais sur le moment, malgré l’euphorie de la victoire de la France (euphorie toute relative hein ceci dit), le public commence un peu à fatiguer et se taper ce genre de première partie, comment dire… Bon, je jette un voile pudique sur ce moment de la soirée.

Débarquent enfin Elliott Smith et son groupe. Il est cette fois accompagné du même Sam Coomes de Quasi à la basse mais aussi d’un 2ème guitariste (un petit jeunot que je n’ai pas revu depuis) et de l’excellent Joey Waronker à la batterie (il a joué avec à peu près tout le monde depuis 15 ans lui, de Beck à Air en passant par REM). Autant dire, sans vouloir faire offense au duo qui l’accompagnait pour le concert bordelais, que c’est du sérieux. ET C’EST GÉNIAL PARCE QUE Y A VRAIMENT PERSONNE BORDEL. On doit être, je sais pas, une petite centaine. Dingue. Donc, premier rang, sans être pressé ni serré de près, loin s’en faut, j’hallucine totalement.

Ouverture sur Independence Day comme au Jimmy. Bim. La baffe, immédiate. Une sono d’enfer, un groupe d’une précision démoniaque. Et une voix putain… LA voix d’Elliott Smith, tout de suite, dès la première phrase, cette voix irréelle d’angelot, d’une modestie et d’une pureté… Là tu te dis d’emblée que ça peut être un grand moment ce soir.

Et ça l’est, c’est évident. Son of Sam arrive très vite : j’en ai encore des frissons rien que de penser à cette interprétation à la fois tout en rondeur pop et en nervosité. Le contraste est saisissant avec le concert vu moins de 2 ans auparavant : malgré la complexité des arrangements des nouvelles chansons, leur retranscription en live est d’une richesse, d’une inventivité folles. Sur le final en apothéose de Stupidity Tries les 4 parviennent par on ne sait quel miracle à faire oublier les opulents arrangements de cordes de la version studio. Incroyab.
Comme par hasard, Elliott a l’air beaucoup plus en forme qu’à Bordeaux : plus tonique, plus « vivant ». Il est super mignon ce soir là. Il sourit beaucoup, s’autorise quelques mots (j’ose pas appeler ça des plaisanteries) entre les morceaux. Durant le rappel solo acoustique, un mec totalement pété (ou un déséquilibré ?) grimpe sur scène et veut lui prendre le micro :  il réagit très calmement, avec le sourire toujours, laisse le gars se donner en spectacle quelques minutes avant qu’il ne dégage de lui-même sans faire d’histoires.
Il se lance alors dans Say Yes mais se plante, recommence, a oublié les paroles, s’excuse, reprend puis s’arrête à nouveau car il n’a pas envie de la chanter finalement. C’est peut-être son titre le plus terrassant et le plus emblématique au bout du compte, on a tous envie qu’il le joue mais c’est pas grave, ce soir, personne n’oserait lui en tenir rigueur.

Il jouera 20 morceaux ce soir là, pratiquement 2h, malgré l’horaire extrêmement tardif. On sait d’où il revient, d’où il est revenu à plusieurs reprises même et ce soir il a l’air tellement bien, ça fait plaisir à voir et c’est très émouvant, au-delà de la qualité, absolument exceptionnelle, de sa prestation.

Quelques mois plus tard, voire quelques semaines, commencent à circuler des photos où il a l’air nettement moins en forme. Merde… Il fera une nouvelle cure de désintox, enregistrera tant bien que mal un album supplémentaire mais finira par se donner la mort un peu plus de 3 ans après ce concert donc.

Je garderai toujours cette image de lui ce soir là, souriant, détendu, avec sa belle Gibson rouge.

Elliott-Smith

Souvenirs d’Elliott Smith, première partie

On a commémoré il y a 2 jours (le 21 octobre), le 10ème anniversaire de la mort d’Elliott Smith. Je me souviens comme si c’était hier du moment où j’ai appris la nouvelle et de l’émotion qui m’a immédiatement saisi.

Je ne vais pas revenir sur le personnage (Pitchfork s’en est très bien chargé) ni sur sa musique en elle-même. J’ai en revanche eu la chance de le voir 2 fois en concert, dans des lieux, circonstances et pour des prestations très différentes : c’est ce que j’ai envie d’évoquer. 15 ans après, ce sont encore des souvenirs très vivaces dans mon esprit.

Avec son t-shirt fétiche
Avec son t-shirt fétiche

La première fois, c’était à Bordeaux en 1998. Au Jimmy.
Ah le Jimmy… Une salle un peu fantasmée lorsque, encore pauvre palois, j’entendais chez Bernard Legris (ma grosse vanne de l’époque ça) que tous les groupes qui comptaient pour moi y faisaient étape. Le concert d’Elliott Smith dans les lieux, c’était donc avant tout la découverte d’une salle quasiment mythique ou en tout cas mythifiée.

Autant te dire que j’ai démythifié tout ça à peine arrivé sur place. Un sol poisseux, une estrade surélevée d’à peine une dizaine de centimètres (il fallait d’ailleurs traverser la « scène » pour aller aux toilettes), un bar et c’est tout. Ah oui, une sale odeur de tabac froid bien sûr. Un genre de CBGB sauce médoquine donc, et non la place to be pour hipsters exigeants que j’avais imaginée. Bon.

Beaucoup, beaucoup de monde dans cette toute petite salle, pardon, ce tout petit bar. Tant et si bien que certains font un malaise avant même que la soirée ne débute réellement. Grosse attente: XO vient de sortir (ou va sortir, je sais plus), Elliott Smith est sur la voie sinon du succès, du moins d’une importante notoriété. Il a notamment été nommé aux Oscars quelques mois auparavant.
C’est Quasi qui assure la première partie. Le duo synthés-batterie de Sam Coomes et Janet Weiss (également derrière les fûts pour Sleater-Kinney, grosse côte à l’époque), plutôt habile et agréable sur disque, se montre vite limité et bénéficie d’une sono atroce. Pendant ce temps, Elliott fait la gueule en mangeant un encas sur un coin du bar.

C’est le même duo qui l’accompagne quand vient son tour, Sam Coomes passant à la basse. Ouverture hésitante sur le sublime Independence Day : « hésitant », c’est l’adjectif que je retiendrai pour qualifier cette prestation. En tout cas, il est absolument conforme à l’image qu’on se fait de lui: un type fragile, hyper timide, hyper sensible et pas vraiment à son aise sur scène. Pas un sourire, pas une parole mis à part quelques « thank you » prononcés d’une petite voix. Sa voix justement : hésitante également, mais gagnant en assurance, en justesse et en netteté au fil des titres. Pour finir au top : sur les quelques titres interprétés en acoustique avant le rappel, l’émotion est palpable dans la salle. OK, d’accord, LA on y est vraiment.

Un bon souvenir donc mais davantage marqué par le sentiment de « l’avoir vu », de pouvoir dire « j’y étais » que d’avoir réellement assisté à un grand concert.

Moins de 2 ans plus tard, c’est une toute autre histoire (la suite dans les 2 prochains jours).

#17 The Byrds – Sweetheart of the Rodeo

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Top 5 material, man. Séisme. Révolution. Épiphanie. Ma porte d’entrée pour les Byrds, pour la country, pour les western shirts. Ca n’est peut-être pas le disque fondateur du country-rock (encore que, mais je m’en contrefous de ces débats de music nerds) c’est en tout cas celui qui a déclenché mon goût pour la chose. Et cette pochette… J’échange aucun Botticelli, Rothko ou Picasso contre elle.
En y réfléchissant, je pense même que c’est la musique qui m’a secoué le plus fort, le plus immédiatement, le plus irrémédiablement et le plus durablement avec l’intro de This Charming Man des Smiths une dizaine d’années plus tôt.

It’s Always Sunny in Philadelphia – saison 8

It’s always sunny in Philadelphia -saison 8 ou Consommation culturelle au XXIème siècle : un symptôme ou L’enfer des séries.

Impossible de me défaire de cette pensée: me suis tapé 8 saisons d’une série qu’au final je déteste. J’essaie de me rassurer en me disant qu’il y a eu de bons moments, que certaines saisons comportaient moins de 10 épisodes. Mais le constat reste le même. L’enfer des séries putain…

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Trois amis propriétaires d’un bar doivent s’efforcent de surmonter les problèmes en évitant que le travail ne prenne le pas sur leur amitié (Allocine.fr)

Alors déjà ils sont 4 puisqu’il y a une nana, et assez rapidement 5 avec l’addition de Danny de Vito (en cours de saison 2 il me semble). Et je suis dubitatif quand à l’utilisation du terme « amitié » pour qualifier leur relation mais c’est justement l’un des thèmes abordés par la série.

D’emblée, il est évident qu’elle joue sur un terrain subversif/politiquement incorrect/misanthrope: le « gang » comme il se nomme lui-même, est odieux avec tout le monde, y compris voire surtout ses propres membres, fait feu de tout bois (handicapés, nazisme), ne recule devant rien. C’est ce qui a valu à la série le surnom de neo-Seinfeld. C’est précisément ce qui m’a fait m’intéresser à elle. Mais putain, on en est loin.

2 problèmes majeurs:
– dans « humour noir », il y a « humour »; ils l’ont oublié trop souvent.
Seinfeld est passionnant parce que derrière la petitesse, la misanthropie des personnages principaux il y a des névroses et un mal être constants qui touchent à l’universel.
Ici, tout est totalement gratuit : les personnages sont justes des trous du cul, qui se comportent comme des trous du cul. Point barre.

Une lueur d’espoir au cours des 2 premières saisons (tu noteras que là, je me suis déjà tapé 2 saisons en trouvant ça à chier…) : le personnage de Charlie, le seul à la fois un peu humain et véritablement borderline.  A la limite de la clochardisation, quasiment alcoolique, sniffeur de colle, psychotique, il est dans le même temps très attachant car plein de fantaisie et d’enthousiasme. C’est le bouffon du show, au sens premier du terme, le personnage le plus extraverti, le plus drôle mais aussi le plus poreux aux névroses et profonds dysfonctionnements entourant le gang. Son interprète, Charlie Day, fait un boulot génial: il se livre vraiment, il force le respect.

Saison 3, puis 4 et toujours le même constat: de bonnes choses (bah oui, quand même…), des choses insupportables, indéfendables même j’ai envie de dire. Souvent dans le même épisode. Mais je continue car il y a indéniablement quelque chose. Ou alors je VEUX qu’il y ait quelque chose, je peux pas croire que tout ça soit vain nom de Dieu.
Je trouve ainsi que la série instille assez bien un certain malaise: pas par les situations, les intrigues ou les dialogues comme le souhaiteraient les auteurs mais par les décors, une atmosphère générale. Le pub qu’ils tiennent est glauquissime; sa clientèle est glauquissime; que dire du mode de vie de Charlie et de son appart?!?! Ca ça fonctionne vraiment très bien : on est à la frange du quart monde, quelque chose qu’on voit très rarement dans une série US, encore moins dans une comédie.

En revanche, la où le bat blesse vraiment, c’est que les auteurs, qui sont également les 3 acteurs principaux (les 3 trentenaires sur le photo), ont l’air aussi prétentieux et arrogants que leurs avatars fictionnels: ils produisent, écrivent parfois réalisent les épisodes (et les interprètent donc). Or ils n’ont clairement pas les épaules ni le talent pour tout assumer. Hasard ou réalité scientifique? Seul Charlie Day, le plus doué, et de très loin, commence à apparaître dans des films (Comment tuer son boss, récemment Pacific Rim); les 2 autres: que dalle. Je les ai jamais vus nulle part, ni devant, ni derrière la caméra. Pas une surprise : ils sont mauvais comme des cochons.

Bon, toujours est-il qu’à partir de la saison 5, la série a vraiment fait un bond en avant selon moi en confiant justement davantage ses rênes à des personnes extérieures (me semble-t-il tout du moins), et surtout en laissant un peu de côte son cynisme forcené pour se concentrer sur la bêtise et les édifiants projets de ses héros. Ca gagne à la fois en fantaisie et en drôlerie, je suis presqu’entièrement convaincu.
Malgré une baisse de régime en saison 7, je me dis que c’est une série que je vais désormais suivre « en live » (j’ai visionné tout ça au printemps 2012, je pouvais donc démarrer la saison 8 en temps réel à partir de septembre de la même année).

Chose que je n’ai finalement pas faite, je viens juste de me l’enquiller.
Et là, l’horreur AB-SO-LUE. J’ignore si c’est la série qui a changé, ou si c’est moi qui n’était plus « dedans », ayant rompu un processus d’immersion parfois trompeur mais j’ai trouvé cette saison d’une nullité abyssale. Une saison qui opère un retour aux sources en quelque sorte, au cynisme le plus crasse, à la misanthropie la plus gratuite et puérile. Voilà, c’est ça au final It’s always sunny in Philadelphia : ça se voudrait misanthrope comme du Larry David mais c’est juste aussi con et puéril qu’un adolescent en pleine crise de puberté.

8 saisons de cette merde, purée… Là c’est bon, la saison 9 qui vient de démarrer, ça sera sans moi.

C’est la fin – This is the end – critique

Une fois n’est pas coutume je ne parlerai pas de 2 films que je n’ai pas aimés et pourtant vus ce weekend (Machete Kills et La vie d’Adèle), pour m’attarder sur celui qui m’a réellement enthousiasmé.

Bon allez, quelques mots puisque t’insistes: dans le 1er, Rodriguez s’est « vendu » en quelque sorte, gonflant artificiellement son budget et son intrigue mais retombant irrémédiablement à plat alors que le premier volet charmait parce qu’il collait justement avec candeur et sincérité à une esthétique série Z absolument réjouissante. Un film grindhouse, ça marche quand c’est un vrai film grindhouse : le gonfler aux hormones n’a pas de sens.
Et le 2ème, quoique « bon », m’a déçu car pour la 1ère fois, j’ai trouvé Kechiche caricatural, maîtrisant mal son sujet (les discussions sur et la description du monde de l’art: au secours) et surtout ne faisant reposer son film que sur des ressorts empathiques forcément subjectifs (pas que j’en ai rien à foutre d’Adèle au final mais pas loin…).

Allez, C’est la finThis is the end.

This-Is-The-EndInvités à une fête chez James Franco, Seth Rogen, Jonah Hill et leurs amis sont témoins de l’Apocalypse. (Allociné.fr)

Si tu me connais un peu et/ou si tu suis un peu Grande remise, tu sais que ce film là fait nécessairement partie de mes 2 films les plus attendus cette année (le second étant bien sûr Anchorman 2).

J’ai adoré et trouvé que c’était un film non seulement extrêmement drôle (c’est ce qu’on lui demande avant tout) mais également très intéressant d’un point de vue « théorique ».

Sa seule limite à mon avis: difficile d’en profiter pleinement si on n’est pas vraiment familier du travail des 6 principaux protagonistes. C’est pas du domaine de la private joke (même s’il y en a certainement énormément mais, par définition, impossible de les repérer) mais qui n’a pas vu Pineapple Express, Eastbound and Down, Votre majesté, Trop belle! etc etc (vais pas tous les citer) aura du mal, sinon à adhérer, en tout cas à profiter pleinement des nombreuses auto-références.

1ère bonne idée: laisser autant de place à Jay Baruchel (le petit maigrichon) et Craig Robinson (le gros black). Moins connus que leurs désormais illustres collègues de rigoulade, ils ne sont pas moins talentueux et ça fait très plaisir qu’il leur soit enfin octroyé des rôles aussi conséquents dans un film de ce type.

2ème bonne idée: c’est VRAIMENT l’Apocalypse. La fin du monde quoi. La toute première partie est absolument hilarante: c’est la mégateuf chez James Franco et tout le monde joue de son image avec un plaisir non dissimulé. Rhianna fait la gueule et fout une baffe à un Michael Cera le nez dans la poudreuse, Emma Watson et Craig Robinson traitent Jay Baruchel de hipster (« You do seem to hate a lot of things and the bottom of your pants are awfully tight »), James Franco s’enlise dans son amour pour l’art contemporain (et pour Seth Rogen…) etc. Tout ça est extrêmement drôle mais ça ne dure qu’un gros quart d’heure : Rogen et son compère d’écriture/réalisation Evan Goldberg sont trop malins pour ignorer qu’ils ne peuvent pas faire reposer leur film uniquement là-dessus. Donc, Apocalypse. Qui fournit dès lors des ressorts comiques extérieurs à l’auto-dérision et à l’auto-référence et devient source de tensions dramatiques, de rebondissements  intéressants. Ca crée un scénario, tout simplement.

Pour le reste: on peut souvent lire que le film est complaisant, prétentieux, qu’il se limite à un « délire de potes » auto-satisfaits et égocentriques (déjà l’emploi du mot « délire » est passible de poursuites graves sur Grande remise, il faut le savoir). C’est tout le contraire justement : comme indiqué un peu plus haut, 2 des 3 rôles principaux sont tenus par les moins connus de la bande. Suis peut-être un peu de parti pris mais je trouve que c’est généreux.
Ensuite, et surtout, parce que les acteurs, jouant donc leur propre rôle ou plutôt leur caricature, une vision distordue d’eux-mêmes (distordue par leur propre regard amusé sans doute, par celui que nous avons sur eux très certainement aussi), ne se contentent pas de jouer la carte de l’auto-dérision: à mi-parcours, lorsque la « situation » se révèle vraiment critique (c’est VRAIMENT l’Apocalypse je te dis), les vannes et dialogues se font de plus en plus trash et les masques tombent, révélant des types d’une lâcheté, d’une bassesse, d’une méchanceté, assez effrayantes. Le malaise n’est pas loin : il ne s’agit plus seulement de « jouer avec son image » comme on a coutume de dire, on frise carrément le masochisme. James Franco est l’artiste de la bande mais il est superficiel et surtout, totalement débile; Jonah Hill fait preuve d’une obséquiosité exacerbée plus que suspecte, Danny McBride est 1000 fois plus veule, vicieux et crade que son doppelganger Kenny Powers etc.

C’est la fin, c’est aussi la fin d’une époque probablement. La suite nous le dira. Mais il serait étonnant qu’après un tel acte à la fois célébratoire et, quasiment, suicidaire, la petite bande continue ensemble et dans ce même registre. Là encore, Rogen et Goldberg poussent le « film de potes » dans ses derniers retranchements, littéralement à son point de non-retour. Et ils le font, attention, signe fort, pour la première fois sans leur mentor Judd Apatow. C’est la fin (ou This is the end, qui sonne comme une réponse au This is 40 d’Apatow) a vraiment des allures de solde de tout compte et adopte la politique de la terre brûle: c’est l’Apocalypse dehors et dedans. Après ça, il va falloir reconstruire. D’ailleurs dans la toute première scène du film, Rogen se fait interpeler par un passant sur le mode « Hey Seth Rogen! Alors tu vas encore jouer le même rôle ou tu vas enfin devenir acteur? ». Difficile de faire plus explicite. Il serait en tout cas extrêmement étonnant que tout ce petit monde continue sur le même mode, comme si ce film n’avait pas existé.

C’est enfin, comme toujours dans la neo-comédie US, un film d’une extrême générosité, totalement dénué de cynisme: oui c’est très cruel, non le malaise n’est jamais très loin mais C’est la fin, quasiment un remake de Supergrave finalement, est avant tout une célébration de la camaraderie et de l’amitié. Et quand ils s’agit de célébrer, les mecs savent y faire. Donc: final en apothéose, super premier degré, super mignon.

Je suis sorti de là galvanisé, me remémorant les répliques et situations les plus drôles, avec aussitôt l’envie de les revoir; l’envie aussi d’être avec les gens que j’aime, de rire et d’être bon avec eux. La neo-comédie US a fait de la générosité une véritable profession de foi et This is the end, film-testament du genre peut-être, ne déroge pas à la règle.
Merci les gars, du fond du cœur et à très vite j’espère, où que ce soit.