#15 David Bowie – Hunky Dory

Bowie-Hunky-Dory
Là y a gros match avec Ziggy Stardust dont je me dis qu’il est quand même incroyablement puissant, efficace et attirant à chaque fois que je l’écoute. Mais Hunky Dory, c’est l’évidence même pour un fan de pop, folk-pop, appelle ça comme tu veux.

C’est aussi la période que je préfère de Bowie physiquement même si là aussi y a gros match avec sa période berlinoise. Mais c’est quand même là que je le préfère.

Le premier qui dit ou pense « beau, oui » recevra l’intégrale de Christophe Maé sous huitaine.

Et puis c’est l’album sur lequel j’ai l’impression qu’il se déguise le moins, qu’il est le plus fidèle à l’idée que je me fais de lui.
« A l »idée que je me fais de lui »: tout est là, évidemment. C’est tout son génie que d’arriver à me faire croire ça.

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Ma vie avec Liberace – critique

Avant Elvis, Elton John et Madonna, il y a eu Liberace : pianiste virtuose, artiste exubérant, bête de scène et des plateaux télévisés. Liberace affectionnait la démesure et cultivait l’excès, sur scène et hors scène. Un jour de l’été 1977, le bel et jeune Scott Thorson pénétra dans sa loge et, malgré la différence d’âge et de milieu social, les deux hommes entamèrent une liaison secrète qui allait durer cinq ans. « Ma Vie avec Liberace » narre les coulisses de cette relation orageuse, de leur rencontre au Las Vegas Hilton à leur douloureuse rupture publique. (Allocine.fr)

Le précédent Soderbergh m’avait laissé pas mal indifférent: ni foncièrement mauvais, ni réussi, un film moyen typique. Plutôt sympathique néanmoins.
Mais depuis le temps, on sait le gars capable du meilleur quand il veut bien se sortir les doigts (désolé mais j’adore cette expression et j’attendais avec impatience de pouvoir la placer.). C’est le cas pour Ma vie avec Liberace (Behind the candelabra en vo), récit des dernières années de la vie du pianiste camp et de son idylle avec le dénommé Scott.

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Très vite, on réalise que Soderbergh n’effectue que les bons choix : Liberace était absolument over the top (« excentrique », « folle », « kitsch » sont des adjectifs qu’une seule et unique image de lui suffit à rendre totalement caduques), sa demeure ressemblait à une miniature du plus over the top des casinos de Las Vegas, il aimait le sexe et les jeunes mecs. En un mot, tout pourrait justifier de multiples effets de manche, un traitement clinquant, tout semble crier La cage aux folles de toutes ses forces mais Soderbergh fait le choix de la sobriété.  La dope, le sexe, les liftings (incroyable Rob Lowe, dont le visage trop parfait est merveilleusement utilisé pour le transformer en total freak), il montre tout, absolument tout, mais sans jamais en rajouter. Pas la peine : le personnage, sa démesure, ses excès, suffisent à remplir l’écran, constituent des effets puissants à eux seuls.

Pas, ou très peu de musique non plus : on risquerait la surcharge là encore. En lieu et place du biopic flamboyant avec effets virevoltants, du biopic « vegasien » en somme auquel on serait en droit de s’attendre, la chronique tantôt drôle, tantôt cruelle, d’une histoire d’amour qui finit mal. Son film démarre avec la rencontre des 2 amants, s’achève avec leur rupture. Ligne droite. Pas de flashbacks explicatifs et signifiants (le seul flashback est une scène racontée en direct par Douglas à Damon, une illustration de ses propos donc).

Ne pas croire pour autant que s’il ne joue pas la carte de la surenchère, Soderbergh pêche du coup par jansénisme. Il garde simplement la bonne distance, au plus près de ce couple finalement très classique, privilégiant sur la forme les longues scènes de dialogues entre les 2 (souvent dans la chambre, au lit ou dans la jacuzzi).
Il ne se permet quelques « fantaisies » que lors de la dernière séquence, absolument sublime, lors de laquelle il lâche les chevaux côté émotion, chose rare chez lui. Sa puissance en est d’autant plus forte, c’est logique.

Tu as sans doute pu lire partout si tu t’intéresses au film que les 2 acteurs sont au top: c’est très vrai. Et là encore, tout se fait naturellement, de manière évidente: pas de performance ostentatoire, juste 2 mecs, Michael Douglas et Matt Damon, qui connaissent leur boulot et qui visiblement avaient à cœur de bien le faire à ce moment-là.

Très beau film donc.

Bill Callahan – Dream River – critique

Que dire, sincèrement?

Bill Callahan a depuis quelques années intégré la caste des auteurs-compositeurs qui évoluent dans une autre dimension et défient par conséquent le concept même de critique/chronique. Ses albums sont à la fois toujours les mêmes et apportent néanmoins toujours un ingrédient nouveau. On sait qu’on va les aimer, plus ou moins que le précédent, on s’en fout en fait, on n’en est plus là. A mesure que sa voix s’est faite plus grave et plus profonde, il est devenu un roc et fait désormais partie du paysage. Il est ailleurs je te dis. Comme peuvent l’être Leonard Cohen, Johnny Cash, Neil Young, Will Oldham ou Nick Cave.

bill callahan dream river
Ceci étant dit, Dream River me plaît a priori moins que ses disques précédents. « A priori » parce que ça peut changer: c’est un disque qu’on pourra toujours écouter dans 2, 5, 10, 15 ans, ça va, on est pas pressé.
Il me plaît moins parce que je le trouve une peu trop « joli », ou plutôt « joli » d’une manière qui ne me convainc pas totalement. Sais pas…

Je suis peut-être également influencé par cette interview que j’ai lue un peu avant ma première écoute: Callahan y raconte qu’il ne se considère plus vraiment comme un artiste à part entière depuis quelques années (au sens de quelqu’un qui ne vit que pour son art), qu’il a désormais envie de lâcher un peu prise, de vivre son métier un peu moins intensément. Pour mieux vivre à côté car il a réalisé qu’il ne voulait pas mourir seul (de fait, il va se marier l’an prochain avec la videaste Hanly Banks). J’ai trouvé ça à la fois terriblement touchant évidemment, surtout venant de sa part, mais aussi un peu triste pour son « art » justement.

Maintenant…

Maintenant, évidemment, on parle de Bill Callahan pas de ……………… (insère ici le nom d’un tâcheron surestimé), autrement dit d’un type un peu au dessus de la moyenne. Malgré mes quelques réserves, toutes relatives en plus, ça s’écoute assez bien quoi.

Et puis histoire de clarifier un peu plus choses si besoin était quant au statut du bonhomme, il y a Small Plane, qui se hisse illico dans le top 5 de ses chansons les plus bouleversantes. Il y raconte que la plénitude d’une relation est comparable à ce qui se passe dans le cockpit qu’un petit avion, où chacun peut à un moment ou un autre laisser les commandes à son partenaire en toute confiance.

Sometimes you sleep when I take us home
That’s when I know
We really have a home

MGMT – critique

La grosse affaire de la rentrée. Enfin, en ce qui me concerne, l’une des 2 grosses affaires de la rentrée avec le nouveau Bill Callahan. Pour schématiser, c’est, à un degré moindre, l’équivalent automnal du Daft Punk.

Eh bien je ne suis pas déçu. Et tu ne devrais pas l’être non plus. MGMT apporte tout ce qu’on attend désormais d’un album de MGMT, y compris, surtout même, ce à quoi on ne s’attendait pas (et qu’on va finir par attendre à chaque fois désormais. OK j’arrête).

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Ca démarre gentiment. Enfin, pour eux: les mecs déroulent sans forcer leur savoir-faire de maîtres de la pop psychédélique, dans la lignée de Congratulations. Pop song psyche-glam parfaite, Alien Days donne à entendre ce qu’on attend a priori désormais de la part de MGMT. Un morceau qui pourrait être programmatique, premier d’une série de pépites virutoses mais on constate très vite qu’il n’en est rien. Pas grave: rien que là dessus, on a la confirmation que les Flaming Lips ont décidément trouvé des mecs qui pourraient leur tenir tête, c’est super (j’utilise le conditionnel car entre 3 albums d’un côté et quasiment 30 ans d’existence de l’autre, faut encore garder son calme…).

Cerise sur le gâteau en ce qui me concerne, on retrouve toujours cette influence sunshine pop dans les mélodies et le traitement des voix (entre ici Curt Boettcher), j’adore. Mais cette impression de facilité surtout ! On sent qu’ils pourraient nous sortir le meilleur album psyché pop de l’année à chaque fois. Seulement, comme je le laisse entendre plus haut, ça ne les intéresse pas (Cool Song No. 2 et son tribalisme au sale teint nous le signale juste après Alien Days). Mais bon, ça reste « du MGMT » comme on a coutume de dire (rhaaaaaa Introspection :smileyquibavedeplaisir: ).

Arrive donc Your life is a lie au beau milieu de l’album. Une irrésistible fantaisie glam-carrolienne, le morceau le plus « bankable » de l’album sans doute et un titre qu’il faut prendre au pied de la lettre : ta vie est un mensonge, donc cet album est un mensonge aussi. Ce que tu as entendu jusqu’ici est peut-être très brillant mais ça n’est pas le véritable nouvel album de MGMT.

Celui-ci arrive juste après en fait, avec 5 derniers titres un peu fous, à la fois logiques dans la progression du groupe et totalement inattendus.

On ne savait pas trop comment prendre les déclarations préalables qui prétendaient le disque influencé par Aphex Twin. Eh bien il fallait les prendre au pied de la lettre: beats vicieux et vrillés, superpositions de textures malaisantes, c’est pas vraiment racoleur tout ça. Mais ça cherche, tout le temps, et ça trouve, souvent. « Je ne cherche pas, je trouve » disait Picasso: on n’en est peut-être pas encore là mais enfin… La production évoque un univers interne grouillant, proliférant et synthétique, inquiétant, toujours. Sur le sublime I love you too, death, on croirait entendre le croisement des Flamings Lips de Embryonic et The Terror. Le morceau enfle, et enfle encore, porté par une mélodie d’une grande mélancolie, c’est vraiment troublant. A ce moment de l’album, la fantaisie Plenty of Girls in the Sea quoique gentiment baisée elle aussi, apporte une bouffée d’air frais. On respire un peu, avant un final en grandes pompes mais d’une grande mélancolie lui aussi. On finit un peu épuisé il faut bien le dire, avec l’impression d’avoir accompli quelque voyage intérieur des plus périlleux.

Grand, très grand groupe, et si Daft Punk n’avait pas annihilé toute la concurrence depuis plusieurs mois, on avait là, de loin, le meilleur album de 2013 pour l’instant.

Arctic Monkeys – AM

Je vais parler d’une sortie récente pour une fois. Faudra que je reprenne mon top 100 ceci dit, j’ai lâché l’affaire, ça va pas du tout.

Bon Arctic Monkeys, AM donc. Ce disque, je l’ai immédiatement aimé. Puissant, fuselé, précis, tubesque : il cartonne. Après déjà de nombreuses écoutes, c’est pourtant l’album des Arctic Monkeys que j’aime le moins et il me rend un peu triste.

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L’album en lui-même n’est absolument pas en cause : il est excellent. Bonne chansons, bonnes paroles, (très) bonne production, il va probablement casser la baraque et ça sera amplement mérité.

Seulement, j’ai l’impression de dire adieu aux Arctic Monkeys tels qu’on les a connus et tels que je les ai aimés jusqu’ici : une bande de petits branleurs anglais typiques, plus malins, doués et lettrés que la moyenne certes mais foncièrement, une bande de petits branleurs anglais. Evidemment, ils sont aujourd’hui des rock stars (Alex Turner assume d’ailleurs très bien le rôle), je ne leur demande pas de toujours raconter ces histoires de plans cul ou dope foireux à base de personnages en survet-mocassins. Des histoires anglaises quoi. Ca j’en ai fait mon deuil. D’ailleurs mon album favori du groupe est sans doute le 3ème, Humbug, celui produit par Josh Homme. Mais justement, dans cet album très américain, on sent toute l’admiration, la fascination et l’émerveillement ressentis par 4 lad’s de Sheffield qui découvrent pour la première fois Los Angeles, le désert de Joshua Tree ou le stoner rock. C’est ce que j’aime sur cet album : le classique certes mais maladroit et touchant va-et-vient entre Vieux et Nouveau Monde/rock, cette sempiternelle histoire des petits britons qui débarquent chez les cousins américains.

Ici j’ai vraiment l’impression d’entendre un groupe 100% américain. Je viens d’ailleurs de lire que le groupe s’était installé à Los Angeles, ça ne me surprend pas le moins du monde. J’ai carrément parfois l’impression d’entendre les Black Keys… C’est très bien, pas de problème mais s’il y a bien un groupe que je n’aurais jamais rapproché d’eux, c’est Arctic Monkeys. Et pourtant, lorsque Turner se lance dans ses falsettos, quand la rythmique se fait funky-élastique (Fireside) j’ai vraiment l’impression d’entendre Auerbach and co. Je suis d’autant plus déçu que Suck it and see leur précédent album était lui très anglais : j’aurais bien entendu ses chansons sur un album de Morrissey par exemple. Morrissey avant qu’il ne s’installe à Los Angeles je veux dire. Lui aussi. Ah ça les anglais, une fois qu’ils découvrent qu’à certains endroits de la planète on peut voir le soleil pendant une journée entière…

Je réalise bien que tout ça n’est que subjectif. Encore une fois, le disque est bourré de très bons moments, certains titres m’euphorisent bien : la doublette d’ouverture, Arabella et son riff à la War Pigs de Black Sabbath, Why d’you only call me when you’re high ?. La paire de balades centrales est sublime et j’y retrouve cette anglicité à laquelle je suis attaché. AM sera peut-être même dans mon top 20 de fin d’année. Mais voilà, je l’écoute en y résistant, je n’arrive pas à me laisser totalement emporter car j’ai en permanence cette petite frustration… Il me manque l’odeur de graillon des fish & chips en somme. Et puis AM nous éloigne encore un peu plus d’un 2ème album des Last Shadow Puppets et ça ça m’emmerde vraiment…

Donc, je résume : super album, je te le conseille mon ami mais je suis déçu.

Le dernier pub avant la fin du monde – critique

L’histoire débute le 22 juin 1990 dans la petite ville anglaise de Newton Haven : cinq adolescents au comble de l’âge ingrat fêtent la fin des cours en se lançant dans une tournée épique des pubs de la ville. Malgré leur enthousiasme, et avec l’absorption d’un nombre impressionnant de pintes de bière, ils ne parviennent pas à leur but, le dernier pub sur leur liste : The World’s End (La Fin du Monde). Une vingtaine d’années plus tard, nos cinq mousquetaires ont tous quitté leur ville natale et sont devenus des hommes avec femme, enfants et responsabilités, à l’alarmante exception de celui qui fut un temps leur meneur, Gary King, un quarantenaire tirant exagérément sur la corde de son adolescence attardée. L’incorrigible Gary, tristement conscient du décalage qui le sépare aujourd’hui de son meilleur ami d’antan Andy, souhaite coûte que coûte réitérer l’épreuve de leur marathon alcoolisé. Il convainc Andy, Steven, Oliver et Peter de se réunir un vendredi après-midi. Gary est comme un poisson dans l’eau. Le défi : une nuit, cinq potes, douze pubs, avec un minimum d’une pinte chacun par pub. À leur arrivée à Newton Haven, le club des cinq retrouve Sam, la soeur d’Oliver pour qui Gary et Steven en pincent toujours. Alors que la fine équipe tente, tant bien que mal, d’accorder le passé avec le présent, une série de retrouvailles avec de vieilles connaissances et des lieux familiers les font soudain prendre conscience que le véritable enjeu, c’est l’avenir, non seulement le leur, mais celui de l’humanité entière, et arriver à «La Fin du Monde» devient le dernier de leurs soucis… (Allocine.fr)

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Trop long ce pitch mais j’avais la flemme de le faire moi-même.

Je savais évidemment après avoir vu Spaced leur série, ainsi que Shaun of the Dead et Hot Fuzz leurs 2 premiers films, qu’on partageait la même (contre) culture et qu’on devait être de la même génération mais j’ai vérifié juste après la séance : Edgar Wright est né en 1974, Simon Pegg en 1970, Nick Frost en 1972.

Je suis né en 1973.

Alors forcément, la première partie du film… Comment dire? Me parle beaucoup. Loaded de Primal Scream, les Soupdragons, les Stone Roses, Suede, There’s no other way de Blur, The only one I know des Charlatans, Do You Remeber the First Time? de Pulp: comme Wright, Pegg et Frost, comme leurs 5 héros lorsque débute l’action, j’avais entre 17 et 20 ans lorsque ces chansons ont été créées. Les entendre enchaînées comme ça, dans ce qui démarre qui plus est comme une comédie sur la crise de la quarantaine, c’était à la fois troublant, réconfortant, émouvant et déprimant. Lorsqu’a retenti What you do to me de Teenage Fan Club, j’ai cru que j’allais pleurer.

Tout ça pour dire qu’il m’est très difficile d’être objectif tant la première partie déroule absolument tous les ingrédients susceptibles de susciter mon enthousiasme et emporter mon adhésion : je suis la cible parfaite des effets et affects avec laquelle elle joue.
Donc, ça marche: je trouve ça drôle, très drôle, nostalgique mais également très lucide. Avec entoile de fond l’Angleterre que le trio sait décidément très bien évoquer: grise, verte et pop, à la fois déprimante et excitante, telle qu’on la découvre lorsqu’on s’y rend la première fois à l’adolescence et telle qu’on la chérit depuis. Même mondialisée, uniformisée, « Starbucked » comme le disent très justement les héros, il subsiste toujours en elle quelque chose du Village Green des Kinks : là aussi, c’est très réconfortant (cette dernière chanson était d’ailleurs utilisée dans Hot Fuzz, dans le versant « chronique d’une bourgade paisible de l’Angleterre éternelle » du film).

J’ai l’impression d’avoir un peu plombé l’ambiance: c’est surtout très drôle évidemment.

Bon, le film est lancé, comme les 5 les gars toujours en course pour le « Golden Mile », leur Grand Chelem des 12 pubs de Newton Haven (« golden mile » a été traduit par « barathon », c’est bien vu je trouve… D’ailleurs tous les sous-titres étaient vraiment bons): ils enchaînent les pubs et les pintes, partagent pour les uns leurs frustrations, leur agacement et leur rancœur, pour l’autre (Gary King aka Simon Pegg) son enthousiasme aveugle et sa nostalgie maladive.

Arrive donc la scène pivot du film (la rencontre avec l’ado dans les toilettes du pub) qui marque également sa limite selon moi.
Jusque là, une comédie sur la crise de la quarantaine donc. Après cette scène, une pochade de geek. Plaisante certes, toujours drôle, mais plus émouvante du tout. Wright échoue à mélanger les 2 genres (comédie générationnelle mélancolique et SF potache), contrairement au très sous-estimé Voisins du 3ème type par exemple.
Peut-être parce que Wright est anglais, donc européen et que subsiste toujours en lui un fond d’ironie, un second degré qui l’empêchent de laisser libre cours à des sentiments un peu couillons mais nobles, des sentiments qui ne font pas peur à ses alter-ego américains. C’est dommage. D’ailleurs, Paul, film mettant en scène Pegg et Frost également, réussissait lui aussi ce mélange des genres, parvenait à émouvoir sincèrement derrière les blagues de geek: comme par hasard, le film était réalisé par un américain (Greg Mottola).

Ce qui explique selon moi, qu’il foire par exemple complètement la scène de « retrouvailles » entre Gary et Andy (celle où Gary tombe enfin le masque) et qu’il se mélange également un peu les pinceaux dans la scène de résolution (dans le sous-sol du pub). Alors que les vannes de cette même scène fonctionnent parfaitement: ce sont vraiment des paroles de mecs bourrés, c’est très drôle et très réaliste. Mais le versant « sérieux » de la scène est vraiment maladroit: on sent bien que les mecs n’arrivent pas à s’en dépatouiller, qu’ils se sentent un peu cons et désemparés, qu’ils ne savent pas comment justifier la valeur de l’espèce humaine, puisque c’est ce dont il s’agit. Ils essaient mais ils n’y parviennent pas. Limite embarrassant… Ils sont sauvés par un jem’enfoutisme des plus sympathiques mais c’est dommage.

Idem pour la toute fin: un gag génial (le Cornetto) mais le reste est traité par dessus la jambe. Qu’est devenu Gary au bout du compte? Que fait-il exactement avec cette « escouade »? C’est quoi cet accoutrement de chasseur de primes? On n’en saura rien… Autant dire que LA question posée par le film (comment rester fidèle à ses jeunes années sans pour autant vivre dans le passé? comment vieillir tout en restant cool tout en n’etant pas pathétique? comment grandir?) restera sans réponse. Et ça m’emmerde parce que c’est LA question de ma génération, celle que les comédies américaines traitent de si belle et de si juste manière depuis une dizaine d’années.

Au bout du compte, le Dernier pub avant la fin du monde me fait donc le même effet que les autres films du trio Wright/Pegg/Frost, alors qu’il avait tout pour devenir leur premier film « adulte »: trop geek (même pour moi…), trop mal foutu mais foncièrement agréable et réjouissant, drôle et porté par un enthousiasme communicatif. Vraiment dommage que tout ne soit pas au niveau de son premier tiers mais j’ai envie de n’en garder que le positif: en l’état, c’est déjà très bien.

Michael Kohlaas – critique

Au XVIème siècle dans les Cévennes, le marchand de chevaux Michael Kohlhaas mène une vie familiale prospère et heureuse. Victime de l’injustice d’un seigneur, cet homme pieux et intègre lève une armée et met le pays à feu et à sang pour rétablir son droit. (Allocine.fr)

Alors déjà c’est « Michel » Kohlaas, pas « Mickael » ni « Mike ». Parce que l’action se déroule sur la terre de France. D’une. Et de deux, don’t fuck with Michael’s horses. L’injustice s’exerce en effet d’abord contre 2 chevaux laissés en gage au dit seigneur, puis envers sa propre femme.

Marrant comme avec un tel pitch, on pourrait tout aussi bien se retrouver devant une horreur absolue. Là tout de suite, je pense par exemple aux horreurs costumées réalisées par Ridley Scott et je me sens pas très bien.
Michael Kohlaas emprunte un chemin exactement inverse. J’ai bien quelques réserves mais c’est globalement assez sublime.

Des Pallières, dont c’est le premier film que je voyais, choisit l’épure et surtout l’ellipse pour mener son récit: beaucoup de scènes sont coupées avant leur terme supposé, beaucoup de faits sont laissés dans l’ombre, ou plutôt à l’interprétation du spectateur. En lieu et place, la puissance d’évocation des paysages et des hommes qui s’y inscrivent. D’un surtout, Mads Mikkelsen, superbe. Genre de Viggo Mortensen pour films d’auteurs, il bouffe l’écran à chacune de ses apparitions. Et il apparait beaucoup.

La gamine est bluffante également
La gamine est bluffante également

En fait je crois que j’aurais aimé que le film soit encore plus animal et existentiel. Qu’il y ait encore moins de dialogues et de psychologie. Même si, à ma grande surprise, la longue scène de joute verbale confrontant Kohlaas et le personnage de pasteur interprété par Denis Lavant, fonctionne remarquablement bien.
En revanche, toutes les scènes réunissant Michael et sa femme m’ont paru totalement factices, maladroitement lyriques, hors de propos. On comprend bien qu’elles servent à expliquer ce qui va suivre mais elles me semblent en contradiction totale avec la sècheresse de l’ensemble du film.

Détail sans importance au bout du compte: Michael Kohlaas est une œuvre forte qui laisse une empreinte durable notamment en raison de sa conclusion en crescendo, genre d’opera austère et protestant (l’action se déroule en terre réformée). Bel acteur, belle histoire (qui m’a également un peu rappelé Josey Wales, hors la loi), belle mise en scène: beau film.