Le Hobbit, un voyage inattendu – critique

Le prototype du FQTAAMCEVPP: le Film Que Tu Aimerais Aimer Mais C’Est Vraiment Pas Possible.
Tes a priori te font craindre le pire mais tu ne veux pas y croire: tu VEUX avoir tort. Et tu y crois parfois, oh, pas beaucoup, mais suffisamment pour te dire que tu avais bien fait de ne pas perdre espoir. Mais c’est trop peu, trop peu souvent et malgré toute ta bonne volonté, le résultat est sans appel: c’est moyen/sans intérêt/naze/nul à chier (rayer la mention inutile).

Le Hobbit n’est pas nul mais c’est peut-être pire: il est inutile.

Le savoir-faire de Peter Jackson (on le sent d’ailleurs peut-être un peu trop le savoir-faire, c’est justement le problème) empêche le film de sombrer dans l’ignominie mais à peine le générique de fin lancé, tu as oublié ce que tu viens de voir. Tu as oublié cette looooooooooooooooooongue séquence d’introduction à Cul-de-sac (rétrospectivement, tu te dis que c’était peut-être pas ça le pire), cette multiplication de panoramiques à la grue, de plongées numérisées dans les tréfonds de la Terre du Milieu, de filtres de couleur, ce bestiaire inconséquent à force de de virtuosité et de systématisme, voire de systématisme virtuose (on peut pas s’empêcher de se demander ce que Guillermo Del Toro en aurait fait…).

Martin Freeman... The Office... Eh ouais...
Martin Freeman… The Office… Eh ouais… (soupir)

Ca aurait pu fonctionner, ça frémit même parfois un peu. Bilbo le Hobbit est un récit foncièrement enfantin et ludique, moins sombre que le Seigneur des Anneaux: la forme se met au diapason, plus colorée, plus kitsch, plus fantasy en somme, moui, pourquoi pas… Le budget semble colossal et bien utilisé (= il se voit à l’écran), les progrès dans le domaine des effets spéciaux, stupéfiants… Mais les enjeux, déjà bien minces, s’effacent très rapidement devant une succession de morceaux de bravoure qui frise l’absurde et plonge en tout cas allègrement dans l’inconséquence. Quant à la psychologie des personnages alors là mon vieux…

J’ai revu les 2 premiers épisodes de la trilogie du Seigneur des Anneaux avant la séance. Je suis un grand fan du bouquin de Tolkien, j’avais adoré la trilogie à l’époque de sa sortie ciné mais je craignais de la revoir: j’ai été très agréablement surpris… Peut-être les (relatives) contraintes budgétaires, la nécessité absolue de tailler le récit dans le vif, l’enthousiasme manifeste et transpirant de chaque image des auteurs face au défi titanesque que constituait l’adaptation cinématographique d’une œuvre jugée inadaptable ont-elles suffi à assurer sa réussite?

Je voulais y croire. Il a très vite fallu se rendre à l’évidence: cette nouvelle trilogie part sur de très mauvaises bases. Quand les seuls points positifs sont des réminiscences de la trilogie précédente (le charisme de Gandalf, les décors de Fondcombe, la touchante monstruosité de Gollum) ça pue quand même un petit peu… Le Hobbit, un film qui joue sur la connivence/la nostalgie d’une oeuvre achevée il y a à peine 9 ans… Purée…

On en vient à suspecter l’appât du gain, le mercantilisme le plus vil d’avoir présidé aux motivations des auteurs de ce film: pourquoi 3 fois 3 heures pour un récit aussi « mince »? C’est moche. Et un peu triste.

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Top albums 2012

1. Tame Impala – Lonerism

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La pop d’hier, d’aujourd’hui et de demain en 50 minutes tubesques, rêveuses, lysergiques. Un grand trip psyché qui s’achève au son des vagues du Pacifique, parfait. Le disque produit par Kevin Parker pour sa nana, Melody’s Echo Chamber est très bien également.

2. Beachwood Sparks – The Tarnished Gold

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Retour inespéré de l’un de mes groupes fétiches. J’ai déjà tout dit ici.

3. Neville Skelly – Poet & the Dreamer

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Richard Hawley s’est à moitié manqué cette année mais c’est pas grave : Neville Skelly a pris le relais d’un crooning anglais sombre et classieux mais versant folk/sixties. Il est accompagné par The Coral, y a pas de hasard. Sans doute ma pochette préférée de l’année.

4. Sébastien Tellier – My God Is Blue

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Un album qui m’a d’abord déçu (je n’aimais pas du tout la seconde moitié). Mais mais mais… Il propose des choses très fortes formellement: ces rythmiques hénaurmes, ce côté pop moscovite grandiloquent. C’est pas un disque tiède du tout quoi. Et puis c’est un grand disque d’amour… Je pense que Tellier essaie avant tout de manière un peu naïve peut-être, par la simple puissance d’une mélodie, d’un changement d’accord ou de tonalité, de toucher à des sentiments très purs. Disons qu’il y a là une croyance très touchante en la puissance universelle de la musique. Ca par exemple, c’est très très fort je trouve. Bon et puis y a eu ce concert incroyable qui biaise totalement mon avis sur ce disque.

5. Ty Segall – Twins

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L’homme de l’année (sauf en France évidemment où il bénéficie de zéro exposition): 3 albums, une compil de singles et à chaque fois que du bon, ou presque. Ici en tout cas c’est un sans faute: du garage-psych-rock qui lévite autant qu’il tabasse. C’est super pêchu, c’est mélodique, c’est malin, c’est joyeux, c’est malsain, c’est Nuggets à mort donc évidemment ça me parle beaucoup!

6. Father John Misty – Fear Fun

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Le grand disque Californien de l’année (il brasse plus large celui des Beachwood Sparks), succédant à celui de Jonathan Wilson l’an dernier . Le mec était batteur pour les Fleet Foxes… Tu m’étonnes qu’il s’y sentait un peu à l’étroit… Super, super album. Très varié, avec des chansons douces, mélancoliques et d’autres carrément enlevées, très basiques.

7. Jim Noir – Jimmy’s Show

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Un de mes pitits chouchous, un des invités potentiels de mes soirées idéales: Jim Noir c’est l’Angleterre pleine de fantaisie, excentrique, élégante et insulaire dont la lignée débuterait avec Lewis Carroll et se poursuivrait avec les Kinks, le Magical Mystery Tour, les Small Faces, Le Prisonnier ou plus récemment Gruff Rhys. Un mec qui écrit des chansons sur le thé, sa maman ou sa vieille Ford Escort. Un mec bien.

8. Spiritualized – Sweet Heart, Sweet Light

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Longtemps le number one mais je m’en suis un peu lassé… Je pense en réalité que l’album n’est pas complètement à la hauteur de son ouverture, LA chanson de l’année (je n’aime pas du tout ce clip ceci dit). Ces 3 dernières minutes ascensionnelles nom de Dieu… M’enfin, je pinaille, ça reste du très très haut niveau tout du long. La pochette WTF de l’année.

9. Neil Young & Crazy Horse – Psychedelic Pill

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Comment fait-il pour rester aussi pertinent et enflammé après tous ces albums, tous ces chefs d’œuvre, toutes ces années, toutes ces vies? Ce mec est un dieu…

10. Damien – Flirt

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Ici

11. Matthew E. White – Big Inner

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Modeste en apparence, assez dingue quand on creuse, le prototype du disque qui se bonifie avec les écoutes et les années. Entre Randy Newman, Allen Toussaint et Dr John, une soul sophistiquée et orchestrale absolument sublime.

12. Air – Le Voyage dans la Lune

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Depuis Love 2, Air semble complètement revigoré, osant à nouveau jouer des morceaux enlevés et rythmés, ne se contentant plus de faire (très bien mais un peu en pilotage automatique) du Air. Très impatient d’entendre la suite de leurs aventures.

13. Rufus Wainwright – Out of the Game

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Après un premier album parfait, Rufus a toujours un peu déçu malgré un talent hors-norme. Il y a encore ici des titres un peu faiblards mais le reste est délicieux: il a eu la bonne idée de lâcher un peu la bride à son producteur, Mark Ronson, qui lui a concocté un son 100% moelleux, 100% esprit Calif’. Ca lui va à merveille alors qu’on l’imaginait pas forcément sur ce créneau.

14. Bonnie Prince Billy & Trembling Bells – The Marble Downs

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Depuis bientôt 20 ans, Will Oldham sort un disque par an (à peu près). Et chacun d’eux, ou presque, mériterait de figurer dans les tops de fin d’année. Celui-ci ne déroge pas à la règle. Et remet les choses à leur place: une bonne chanson country, c’est souvent un mec et une nana qui se chamaillent amoureusement dedans. La nana vient du Vieux Continent et fait partie des jeunots écossais de Trembling Bells (dont les albums sont d’ailleurs plus que recommandables), le mec c’est donc Will Oldham, Nouveau Continent. Et ça fonctionne à merveille.

15. The Fresh and Onlys – Long Slow Dance

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Groupe garage originaire de San Francisco. Plus pop que Ty Segall ou Thee Oh Sees. Pas leur meilleur, un peu trop produit à mon goût: ils perdent un peu leur mystère, leur côté « spectral » et mortifère (qui leur valaient des comparaisons avec The Coral). Mais ce sont de très bonnes chansons et le disque est très agréable.

16. Thee Oh Sees – Putrifiers II

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Again, from San Francisco, du garage rock mélodique, malin, vicieux. Du garage rock donc. Pochette immonde.

17. Euros Childs – Summer Special

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Non content de porter l’un des plus beaux noms qui soient, Euros Childs écrit depuis désormais plus de 20 ans (il était co-leader de Gorky’s Zygotic Mynci) quelques unes des meilleures chansons pop contemporaines. Cet album est dans la lignée de celui de Jonny l’an dernier (son projet avec Norman Blake de Teenage Fanclub): naïf, enjoué, primitif, mélancolique.

18. The Explorers Club – Grand Hotel

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Encenser Real Estate, Tristesse Contemporaine ou Lescop et balayer d’un revers de la main ce groupe parce qu’il serait passéiste, c’est quand même du gros foutage de gueule : il y aurait donc une hiérarchie dans le revivalisme? Allons allons… Explorers Club écrit de superbes chansons et les interprète impeccablement: c’est tout ce qui devrait compter. Magnifique pochette ceci dit.

19. Rumer – Boys Don’t Cry

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Alors là attention, c’est très précis. On est évidemment pas dans le rock, on est même quasiment plus dans la pop : on est dans la variété. La variété au sens Bacharach et Jimmy Webb du terme mais la variété quand même. Et ici plus qu’ailleurs, faut pas se rater : un milligramme de sucre, une lichette de crème fouettée en trop et c’est l’indigestion. Rumer reste toujours du bon côté de la barrière parce qu’elle a un goût à toute épreuve (reprises de Paul Williams, Todd Rundgren, Townes Van Zandt, ça calme), qu’elle sait s’entourer et qu’elle a une voix à faire passer Karen Carpenter pour Hélène Ségara. Évidemment, pour un fan de Minor Threat, Passion Pit ou Autechre, c’est juste de la soupe : il faut avoir les bons outils pour apprécier ce type de mixtures, c’est pas donné à tout le monde. En revanche, le premier qui dit que le sucre et la crème fouettée sont peut-être pas passé dans sa musique mais directement sur ses fesses a totalement raison.

20. Alabama Shakes – Boys & Girls

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Un des albums plébiscités dans tous les tops qui comptent et c’est mérité. Alabama Shakes c’est un peu le groupe que Kings of Leon aurait pu devenir s’ils avaient pas préféré être U2 à la place de Coldplay et s’ils avaient eu une chanteuse. De la country-soul sudiste comme on l’aime, qui donne envie de tailler la route dans son pick up, une casquette de trucker sur la tête, une serveuse un peu fatiguée ramassée après son service sur le siège passager, une glacière pleine de bières fraîches à l’arrière.

The Vaccines

Les Vaccines, un groupe anglais comme le NME nous en encense 23 chaque semaine : c’est la raison pour laquelle je n’avais jusqu’à il y a quelques jours jeté aucune oreille sur leur musique.

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La première écoute confirme en quelque sorte mon a priori négatif : c’est du pur indie-rock briton comme on en fait depuis Jesus & Mary Chain, en passant par les Smiths, Supergrass, les Libertines. Sauf que voilà… Je ne cite pas ces noms là par hasard : on va quand même attendre un peu avant de dire que le nom des Vaccines peut être accolé à cette belle liste mais ils en sont en tout cas pour l’instant les dignes héritiers.

Les Vaccines c’est l’air de rien le groupe indé qui peut changer ta vie à l’adolescence. Celui qui te fait découvrir ce qu’est le rock indé ; qui te fait ouvrir les yeux sur l’Angleterre, les modes, les chapelles; qui te rend un peu péteux, voire prétentieux; qui te fait changer d’amis, tomber amoureux de filles un peu différentes, pas du tout les mêmes qui te plaisaient jusque-là; qui peut te faire prendre une guitare, une caméra ou un stylo. Qui te fait grandir en somme, en ayant 17 ans pour toujours. Dans mon cas c’était les Smiths, pour d’autres ça aura été Blur ou Pulp, pour les plus jeunes Franz Ferdinand ou encore les Libertines ou The Pains of Being Pure at Heart (US mais c’est du rock anglais).

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Rien de très original donc, de l’indie-pop comme on en faisait en 1985 et comme on continuera à n’en pas douter à en faire en 2065 : mélodique, tranchante, énergique, dansante même. Car la particularité des Vaccines (il en faut bien une, sinon quel intérêt?) est de chercher son inspiration du côté du rock’n’roll, le vrai, celui qui sent bon le lait-fraise, la gomina et les guitares qui font twang. Évidemment, ils en livrent une version complètement filtrée et très 2012 mais ils seraient en quelque sort l’équivalent des américains de Girls ou des Drums, autres groupes très marqués par la musique des 50s. La leur est délibérément joyeuse et entraînante, ce qui n’empêche évidemment pas des instants plus mélancoliques, grâce notamment à des paroles assez futées. Chose de plus en plus rare, le deuxième album est meilleur que le premier.
Les Vaccines donc, que je classerai dans la même catégorie que Best Coast.

Le prochain article de Grande remise sera mon top album 2012. Je sais, c’est cruel de teaser ainsi, j’espère que tu réussiras quand même à dormir un peu d’ici là.

La Séance Parfaite

Je vais beaucoup moins au cinéma depuis un peu plus d’un an. Or c’est un cercle vertueux : plus on voit de films, plus on a envie (besoin même) d’en voir. Ma motivation s’est donc étiolée et je passe sans doute à côté de belles œuvres. C’est comme ça. Il m’arrive pourtant encore de sortir très enthousiaste d’une salle de ciné après avoir vécu ce que j’appelle une Séance Parfaite.

Des exemples en vrac et au débotté : Starship Troopers, Machete, X-Men Origins. J’ai bien sûr préféré beaucoup, beaucoup d’autres films à ces trois-là mais ils ne rentraient pas forcément dans la catégorie que j’essaie de définir aujourd’hui. Mulholland Drive, The Royal Tenembaums, Parle avec elle, Steak : de grands moments, bien sûr, mais avant tout des grands films, voire des chefs d’œuvre.

La Séance Parfaite, c’est pas forcément un bon film (un bon film objectif s’entend). Faut que ça soit un peu déviant  quelque part (Starship Troopers), ou un peu sale (Machete) voire un peu honteux (X-Men Origins). Attention, ça peut pas être un nanard pur non plus car le plaisir coupable ne peut pas avoir le dessus : la Séance Parfaite est affaire d’équilibre avant tout. Un film d’action en revanche, ça oui : polar, SF, western, on s’en fout mais faut que ça s’excite un minimum. Du coup, ça passe tout seul : ça peut durer 3h40, tu vois pas le temps filer. D’ailleurs tu regardes pas une seule fois ta montre. En revanche tu souris. Beaucoup. Connement. Tu souris quasiment tout du long. Pas parce que c’est drôle non : parce que t’es bien. D’ailleurs c’est le premier truc que tu te dis quand le film s’’achève : « putain c’était bien…». Avec des points de suspension, un peu vague… Parce que t’es encore un peu dedans : c’était pas un chef d’œuvre, ça n’a pas changé ta vie, juste, pendant 2h, t’étais complètement dedans ; t’étais bien.

C’est ce que j’ai vécu durant ma séance de Skyfall : « le meilleur Bond », « enfin un vrai film, un vrai réalisateur pour la saga ». M’en fous. Je suis pas particulièrement fan de Bond. Encore moins de Sam Mendes. J’aime bien Daniel Craig en revanche et j’avais bien aimé Casino Royale mais j’avais trouvé Quantum of Solace aussi imbitable que son titre donc bon… Là je le sentais bien quand même. Et j’avais raison de bien le sentir parce que tout s’est parfaitement enchaîné : super scène d’action à Istanbul en ouverture ; puis le gros de l’intrigue qui se déroule dans la grisaille londonienne: glamour Vieille Europe, chic pluvieux et surrané, parfait ; comme les costards : ceux de Craig bien sûr mais aussi ceux de Ralph Fiennes dans un style plus cosy (il porte le veston à merveille); le méchant complètement baisé interprété par une guest qui cabotine juste ce qu’il faut ; le propos gentiment réac, « les héros sont fatigués mais attention faut pas se débarrasser des anciens comme ça »… Sourire tout du long. GROS sourire (bouche ouverte quoi) lors de la scène attendue mais super jouissive de l’apparition de l’Aston Martin. Et puis la cerise sur le gâteau, via la révélation for fans only à l’amorce de la dernière séquence : James est écossais. Ce qui me vaudra un plan sur le plus bel endroit de la Terre qu’il m’ait été donné de voir jusqu’ici, la vallée de Glencoe.

Les pauses pipi de James sont plus belles que les tiennes.
Les pauses pipi de James sont plus belles que les tiennes.

Je m’arrête là : Skyfall, un assez bon film, le meilleur Bond peut-être, un peu longuet sans doute, un peu misogyne et un peu réac bien sûr mais surtout, surtout, une Séance Parfaite.

Cogan, Killing Them Softly – critique

Un escroc à la petite semaine flaire le coup parfait: dévaliser un tripot tenu par un mec (Ray Liotta) qui s’était braqué lui-même quelques années auparavant sans se faire gauler. Sauf que, hyper fier de son coup, il l’avait finalement fait savoir sous le coup de l’euphorie et d’un coup dans le nez… Donc si le même coup se reproduit, on pensera forcément que ça vient encore de lui et il paiera en lieu et place des coupables réels.

Ca démarre donc très bien, comme une bonne petite série B jouissive: l’ambiance crandingue/poisseuse, les personnages pathétiques, le pseudo coup parfait qui flaire la catastrophe à plein nez. En gros, l’intrigue marche dans les pas des frères Coen, avec un traitement plus formaliste encore et auteurisant.

Sauf qu’Andrew Dominik (qui avait déjà commis le lourdingue Assassinat de Jesse James, je l’ai su qu’après sinon je me serais davantage méfié) il vise pas la bonne petite série B jouissive. Non lui, son truc, c’est de réaliser un Grand Film. Un truc pour la postérité. Avec un propos derrière et tout. Alors il se sent obligé d’étirer ses scènes de manière signifiante, prenant le risque de flinguer une fois sur deux d’excellents dialogues, se croyant obligé surtout, de parasiter sa classique mais solide intrigue par des inserts de discours de politique intérieure américaine, censés éclairer ou illustrer cette chronique du banditisme ordinaire et minable. C’est très prétentieux et surtout, ça ne sert à rien… Complètement inutile.

Il a pris, le Brad...
Il a pris, le Brad…

Alors tout n’est pas mauvais, on passe même un assez bon moment selon notre seuil d’indulgence. Les dialogues, encore une fois, sont excellents. L’intrigue, bien carrée comme il faut, enchaînement de péripéties certes un peu prévisible mais efficace (comme je dit toujours, « sans suprise » signifie aussi « sans mauvaise surprise »). Les acteurs font leur numéro avec compétence (Ray Liotta, les 2 losers qui font le casse, Brad Pitt, toujours parfait dans les rôles de kéké) voire brio (James Gandolfini, génial, même s’il a il est vrai hérité des meilleures lignes). Les scènes de baston/meurtre, un peu racoleuses peut-être ont néanmoins le mérite de faire passer le message, graphiquement mais aussi via la bande-son (le bruit des coups!).

En revanche utiliser Heroin du Velvet pour illustrer une scène de shoot d’héroïne… Tu te demandes d’abord si c’est pas ironique, si y aurait pas un 2ème niveau de lecture mais non, malheureusement: il utilise bien, au premier degré, Heroin du Velvet pour illustrer une scène de shoot d’héroïne… Purée…
Et surtout, surtout, ces putains de discours de politique intérieure US bon sang! Alors qu’ils nous avaient foutu la paix pendant un moment, qu’on croyait en être débarrassé, il en remet une couche le Dominik, il trouve son idée vraiment géniale et il veut qu’on comprenne bien (qu’on comprenne quoi d’ailleurs? Qu’il est relou? Ca, c’est bon) donc il termine son film là-dessus. Dommage…

Holy Motors – critique

Ayé, on est en Décembre, les bilans de fin d’année commencent donc à émerger et côté cinéma, c’est comme prévu Holy Motors qui va faire l’unanimité.
Mon Dieu…
Ca me fournit en tout cas une occasion de revenir sur la grosse (mauvaise) blague de l’année.

Pourtant j’y croyais un peu parce qu’enfin, les critiques débordaient d’enthousiasme, pour ne pas dire plus. Ah on allait voir ce qu’on allait voir nom d’une pipe ! Le Cinéma mon vieux, LE CINEMA, rien de moins. Un nouveau Mulholland Drive, tcharrément mec.

Bon.

Au moment où le film démarre, stakes is high comme je dis quand je suis à L.A.

Eh bah putain…

OK, OK, j’avoue, j’y croyais certes mais j’avais des a priori: je suspectais la supercherie… Pourtant j’aurais adoré adorer hein, je demandais même que ça. Je voulais avoir tort tu vois (oui, je sais faire preuve d’humilité et reconnaître mes torts… J’y suis pour rien, je suis né comme ça !). Mais alors je ne m’attendais pas DU TOUT à ça. On pourrait presque dire que mes a priori en ont pris un sale coup…

Je ne sais pas ce que j’ai le plus détesté dans Holy Motors ; les points principaux, en vrac :

– prétention globale, érigée en étendard dans le prologue « Moi, Leos Carax, je SUIS le Cinéma ; JE suis le Cinéma ; Je suis LE Cinéma ; Je suis le CINEMA; JE SUIS LE CINEMA»
– incroyable superficialité du propos ; le segment M. Merde par exemple : une mannequin burqatisée ? vraiment ? c’est ça la super dénonce ? VRAIMENT ? Le grand patron buté sur la terrasse du Fouquet’s, sérieusement ? 5 ans après l’élection de Sarkozy, on en est encore là ? On peut lire un peu partout que Leos Carax est un cinéaste adolescent : cinéaste de la passion, de la déraison, du sentiment fugace et enivrant etc. Moi je veux bien mais ce qu’Holy Motors démontre surtout c’est que Carax a la vision (politique) du monde et de la société d’un adolescent. Et ça c’est carrément craignos.
– totale CREVARDISE de l’ensemble nom de Dieu mais c’est pas possible ça ! Déjà Les Amants du Pont-Neuf mais là ça explose tout : édifiante scène du motion capture, hallucinant entracte où je n’aurais pas été surpris de voir débouler Tryo, la Tordue ou les Têtes Raides, voire les punks à chiens squattant le bar en bas de chez moi.
– paresse totale en lieu et place de la prétendue invention formelle; faudra m’expliquer en quoi les citations de Tarantino ou Honoré (je prends ici et à dessein l’exemple d’un cinéaste que je conchie) sont assimilées à des « emprunts » voire à du « pompage éhonté » alors que lorsque Carax colle le masque des Yeux Sans Visage à Edith Scob on assiste à un « hommage bouleversant »… Tout ça est d’un tel conformisme…

J’ai un défaut : je suis perfectionniste. J’ai donc pensé un instant : « non mais en fait, t’as rien compris au film, t’es passé à côté, renseigne toi un peu mon grand, et tu SAURAS ». Atterré, au bout du compte, de lire autant de dithyrambes, chez de belles plumes et des gens respectables, brassant des idées et interprétations pas super super élevées hein, voire primaires (désolé, mon ego sortira encore intact de cet épisode : j’avais bien tout compris, pas de problème).

Un film, enfin, que je qualifierai pour rester poli, de manifeste parfait pour le festival des arts de rue d’Aurillac. Une œuvre totale en tout cas, ça, y a pas tromperie sur la marchandise.

La tuerie

Je vais pas y aller par 4 chemins : à l’époque, A.S Dragon n’est pas seulement le meilleur groupe de rock français, il est avant tout le seul. De tous les temps. Ecoute le live Bertrand Burgalat meets A.S Dragon et essaie de me prouver le contraire : impossib.

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Chéri BB et ses petites frappes

Je n’ai vu le groupe qu’une fois sur scène, en tant que backing band de Michel Houellebecq : je me souviens autant de la transe hallucinée/ante d’un Michou transpirant dans sa parka que de ce groupe super précis, à la dégaine d’enfer, bastonnant ses instruments avec un détachement classieux et délivrant une espèce de heavy soul late sixties souple et puissante tout simplement sans précédent dans l’Hexagone. Le contraste entre les chansons pop de Burgalat ou les textes de Houellebecq et leur interprétation à la fois sensuelle et dangereuse par le groupe fonctionnait à merveille. Ca serait d’ailleurs une très bonne définition du rock (ou de la subversion, c’est pareil) selon moi: des chansons d’angelots interprétées par des mecs un peu chelou. Lorsque le groupe joue ses propres compositions, plus traditionnelles, moins inspirées il faut bien l’avouer, de manière là aussi plus traditionnelle et généralement plus rentre-dedans, le résultat est nettement moins intéressant. Plus prévisible en tout cas.

Le groupe bénéficiait alors de l’apport de Peter Von Poehl à la guitare rythmique et de Fred Jimenez à la basse : le premier s’est lancé dans une honorable carrière solo, la second a revigoré (et pas qu’un peu !) la carrière ronronnante de Jean-Oui Murat. Il a également sorti un charmant album solo. Depuis leur départ en tout cas, c’est plus pareil.

J’ai eu beau chercher les infos, j’ignore exactement qui joue sur leur reprise d’ Easy Tiger de Depeche Mode mais j’aime à croire qu’il s’agit de cette mouture là, celle qui accompagnait Houellebecq sur scène et qui était présentée par Bertrand sur le live dont je parle plus haut :

Batterie : Hervé Bouétard
Basse : Fred Jimenez
Claviers : Mickael Garçon (et Bertrand bien sûr)
Guitares : Peter Von Poehl et Stéphane Salvi

Sauf que problème, j’entends qu’une guitare sur Easy TigerSalvi je pense…
Non mais c’est important, j’aimerais bien savoir moi ! Parce qu’Easy Tiger nom de Dieu… Ce morceau me rend dingue, littéralement : j’y reviens régulièrement depuis que je l’ai découvert il y a quelques années et quand j’y reviens, c’est pas pour rien : plusieurs écoutes par jour, pendant plusieurs jours. Je le connais par cœur évidemment : l’intro sépulcrale, l’arrivée cool et menaçante à la fois, en mode James Bond, de la basse sinueuse et dandy, puis avec la batterie aux breaks as if there was no tomorrow, la mise en place d’une rythmique DE DINGUE, répétitive et groovy; c’est elle qui donne vie à Easy Tiger, qui apporte sa véritable pulsation à un morceau à la base plutôt minimaliste, voire famélique ; suivent les inévitables chœurs éthérés et le petit clavier « spécial Bertrand ».

Tout ça c’est déjà super mais la grande affaire d’Easy Tiger c’est la guitare : monomaniaque, maniaque tout court, acérée, vicieuse, elle est la coupe au bol de Brian Jones, les costards cintrés des Small Faces, la morgue des Yardbirds, en un mot, la classe à l’état pur. C’est sans doute ma partie de guitare préférée… Sachant évidemment qu’en tant que fan de pop, les parties de guitare hein… Mais quand même, mais quand même… Ca fait en tout cas d’Easy Tiger mon number 1 du top des chansons qui me rendent dingue (si t’as un peu suivi, t’en connais 3 autres).