Best Coast – The Only Place

Je n’ai pratiquement aucun souvenir du premier album de Best Coast : je me souviens vaguement d’un disque au son assez brut, voire bruitiste. Un truc encensé par Pitchfork donc forcément un peu suspect pour le vieux con en devenir qui sommeille en moi. Un truc qui m’avait vaguement gonflé, suffisamment en tout cas pour que je n’y revienne plus.

J’ai quand même décidé de jeter une oreille à leur deuxième, The Only Place, sur les bons conseils d’un web-bro (oui j’essaie de lancer de nouveaux termes) qui se reconnaîtra s’il a trouvé le chemin jusqu’ici .

Et j’en suis fort satisfait puisque le disque est bon: un rayon de soleil printanier au milieu de notre grisaille quotidienne. C’est que du bonheur!

Trêve de cynisme: The Only Place est un petit bonbon acidulé taillé pour les amoureux de pop californienne, à ranger pas loin des disques de Coconut Records, Jellyfish ou Linus of Hollywood (pour le fond).
Sur la forme, on penche davantage du côté de la guitar-pop 80s mais quoiqu’il en soit, rien de plus classique: guitare-basse-batterie, couplet-refrain-couplet-refrain-pont-refrain. C’est sans surprise mais c’est frais. C’est naïf mais limpide. Ca fait beaucoup penser aux Bangles (et c’est évidemment un compliment). C’est le disque de jeunes hipsters un peu branleurs mais touchants, dont le seul mais immense privilège est de vivre en Californie. Car la best coast, c’est évidemment la west coast. Tout est résumé dans le chanson-titre, elle-même parfaitement illustrée dans un clip 100% teenage, 100% kawai: en Californie, on a la mer, la montagne, on est cool, on aime glander en regardant les oiseaux voler, une douce brise sur le visage, on s’éclate toute l’année, c’est the only place for me.

C’est pas le meilleur disque de l’année, c’est juste un petit plaisir coupable, un disque un peu anecdotique et vite classé sur une étagère mais qu’on sera toujours content de réécouter lorsqu’on tombera dessus, par hasard ou pas.

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Damien – Flirt

C’est mon DDM (Disque Du Moment). Celui que j’écoute en boucle pendant 3 jours/une semaine/un mois, tout dépend du niveau d’addiction, et qui finit à un moment ou un autre par défiler dans ma tête en permanence. Il est sorti au printemps et je l’ai tout de suite aimé mais comme de trop nombreuses nouveautés ardemment attendues, compulsivement acquises et hâtivement écoutées, je l’ai classé illico dans les vachement-bien-ça-va-vraiment-falloir-que-je-le-réécoute-un-de-ces-4. Va pas falloir me pousser beaucoup pour que je reconnaisse que c’était mieux avant, quand j’achetais 3 cds par an, je te le dis moi…

Non je déconne, c’est trop cool d’avoir en permanence 8 giga de MP3 à découvrir.

Damien, c’est le Chanteur Français dans toute sa splendeur : fragile, ironique, lettré, bourgeois, touchant. Il sortait il y a 5 ans un premier album au titre impeccable (L’Art du Disque) et au single-manifeste qui aurait fait un magnifique représentant hexagonal pour le concours de l’Eurovision.

On l’a d’ailleurs très vite comparé à Sébastien Tellier, autant en raison d’une certaine parenté pileuse que par paresse : ils sont parisiens tous les 2 et se placent dans une filiation gainsbourgienne mais quel chanteur pop français ne le fait pas ? Ils ont certes été signés sur le même label, Record Makers, celui de Air mais leurs styles sont très différents, quoique complémentaires: Tellier est maximaliste, enregistre des chansons bigger than life, Damien volontiers minimaliste et davantage dans le détail.

Flirt, son 2ème  album, enfonce le clou d’une pop française… différente, un peu à côté de la plaque mais faussement naïve (t’as vu, j’ai pas dit « décalée ». Non mais oh, faut pas déconner quand même) : sous la fragilité, la légèreté et/ou l’émotion, ou plutôt dans le même temps, Damien s’épanouit dans une sorte de poésie un peu triviale, un peu tordue voire un peu malaisante parfois. Les 10 chansons de Flirt parlent de coup de foudre, de séduction, de vie de couple, de rupture. Elles sont drôles, justes, émouvantes.

Sur la forme Damien réinvestit le terrain d’une chanson française élégante et modeste, celui défriché avant lui par des Vassiliu ou Moustaki, puis plus tard Katerine (avant les acides), Mathieu Boogaerts ou même Julien Baer dans un registre nettement plus lisse (« lisse » sur la forme uniquement, et ça n’a rien de péjoratif). Le son est un peu crade, voire lo-fi mais super précis, infiniment détaillé : il faut probablement beaucoup travailler (et avoir beaucoup de talent, ça aide ça aussi quand même) pour que la négligence et le jem’enfoutisme apparents ne soit jamais surjoués. Ses mélodies sont à la fois accrocheuses et surprenantes, jolies et inconfortables.

Surtout, la grande affaire de Flirt, c’est l’utilisation de la pedal-steel, qui confère non seulement une tonalité countrysante mais qui vient surtout souligner les sentiments évoqués : la pedal-steel c’est THE instrument des vraies chansons d’amour véritables qui mentent pas et ça Damien l’a bien compris. Vraiment, la pièce maîtresse de l’album, n’est plus seulement drôle, juste, émouvante mais tout simplement bouleversante. Dans le top 5 des chansons de l’année, easy.

L’album s’achève sur une note douce-amère, infiniment mélancolique, de celles qui nous collent un léger sourire un peu triste, avec le très beau Sympathique : Flirt est beaucoup plus que ça.

Argo – critique

Le 4 novembre 1979, au summum de la révolution iranienne, des militants envahissent l’ambassade américaine de Téhéran, et prennent 52 Américains en otage. Mais au milieu du chaos, six Américains réussissent à s’échapper et à se réfugier au domicile de l’ambassadeur canadien. Sachant qu’ils seront inévitablement découverts et probablement tués, un spécialiste de « l’exfiltration » de la CIA du nom de Tony Mendez monte un plan risqué visant à les faire sortir du pays. Un plan si incroyable qu’il ne pourrait exister qu’au cinéma. (Allociné)

Le film démarre plutôt pas mal via une mise en contexte « storyboardée » pour nous rappeler les grandes lignes de la grande Histoire, celle qui servira de décor à la petite.

Quand cette dernière se met en place, je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est quand même quelque chose la magie d’Hollywood : on t’explique dans ce fameux prologue que c’est en réalité à cause des Etats-Unis que l’Iran, au début des années 80, est devenu un beau bordel (je résume mais dans le fond, c’est ça) pourtant ils arrivent à susciter ton empathie. Mieux, le film choisit de nous faire prendre fait et cause pour une poignée de ressortissants américains ayant fui leur ambassade au moment ou cette dernière est attaquée par la population de Téhéran. Alors que les mecs, ayant trouvé refuge à l’ambassade du Canada, passent quelques semaines dans un environnement cosy, à boire du pinard au cours des inévitables soirées de l’ambassadeur, quand une cinquantaine de compatriotes resteront otages des iraniens pendant près de 2 ans…

Bon, tout ça pour dire que je suis sorti du film assez rapidement. Et qu’à partir de là, comme toujours en pareil cas, je n’en ai plus vu que les défauts.
Alors oui, l’histoire est relativement forte, digne d’intérêt en tout cas (exfiltrer des ressortissants US en les faisant passer pour des membres d’une production ciné totalement fictive) mais elle n’est jamais magnifiée, encore moins transcendée. Ben Affleck se contente d’aligner les poncifs et les scènes attendues, croyant sans doute pondre un de ces films politiques emblématiques des seventies : les coupes de douille et les fringues sont nickel, les mines sont graves et y a plein de scènes de bureaux avec des téléphones vintage qui sonnent dans tous les coins de la pièce, des employés qui s’affairent de partout et des gars en chemise-cravate-moustache qui courent d’un bout à l’autre avec un papier super important à la main que-s’y-j’arrive-pas-à-temps-c’est-le-sort-d’une-nation-qui-se-joue-putain-de-bordel-à-queue-mais-vous-allez-faire-votre-boulot-et-appeler-le-président-maintenant-oui-ou-merde ?

Argo, un film qui refuse le manichéisme: les barbus ne sont pas que du côté des méchants.

Le tournant du match (la longue séquence de l’aéroport) devient carrément gaguesque. Il leur arrive décidément tout à ses braves gens et ça se joue à un poil de cul un nombre incalculable de fois  : big up à la scène du chauffeur du mini-bus qui n’arrive pas à passer la première. Au moins on ne s’ennuie pas, j’ai bien rigolé.

Le dénouement en revanche est moins drôle puisqu’il ne nous prive pas d’un insupportable moment de camaraderie virile et pudiquement embuée, via la poignée de main entendue entre le sauveur et l’exfiltré d’abord dubitatif qui ne peut que s’incliner. Il aurait quand même pu se douter qu’avec une barbe aussi fournie et bien taillée, Ben Affleck était vraiment l’homme de la situation.

Durant le générique final, on découvre le vrai visage des protagonistes de l’histoire : les exfiltrés, le couple d’ambassadeurs canadzien, les vieux routiers d’Hollywood. Et Tony Mendez, l’agent de la CIA et protagoniste principal de l’aventure. A l’écran c’est donc Ben Affleck, tout en sobriété pileuse. Dans la vraie vie, un chicano avec une vraie tête à s’appeler Tony Mendez, et à tailler des haies dans les banlieues huppées de Los Angeles pour 3 dollars de l’heure.

La magie d’Hollywood.

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates – critique

Il y a quelques temps, faute de mieux et on va pas se mentir, autant par envie de lire un truc pas trop impliquant que par curiosité malsaine, j’ai attaqué ce pilier de la littérature contemporaine que constitue apparemment déjà Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates.

J’aime bien de temps en temps me plonger dans un best-seller dont je sais pertinemment que je vais le détester mais dans lequel je vais me vautrer avec une délectation un peu masochiste. C’est pareil pour la musique ou le cinéma bien sûr: s’écouter/se mater de temps à autres du Lady Gaga, un Besson, Justin Bieber, Radiohead ou un Carax, ça fait avancer, quelque part.
C’est ainsi que je me suis déjà fait, avec toujours un petit frisson d’interdit, un Marc Lévy, un Anna Gavalda, un Harlan Coben etc. Tu vois l’idée.

Là, ça s’annonçait quand même costaud. Le titre déjà. Et puis… Non, c’est tout.
En 4ème de couverture, Gavalda confesse avoir trouvé le livre « Absolument délicieux ! »: j’ai eu un renvoi acide à ce moment-là, suivi d’une déglutition pénible à cause du point d’exclamation. Autant dire que j’allais en chier, et sur 400 pages en plus.

Eh bien je n’ai pas été déçu. Dans le genre littérature britonne Laura-Ashley-pique-nique-charmant-et-un-peu-guindé-dans-le-Kent-mais-avec-toujours-cet-humour-british-tu-sais, ça se pose là. C’est pas compliqué : au bout de 3 lettres (c’est un roman épistolaire), j’avais l’impression de manger un scone.
Entendons-nous bien, et je souhaite un maximum de clarté là-dessus : j’adore les scones. C’est pas le problème. Un bon scone, y a rien de mieux: un scone bien beurré avec de la confiture de fraises ou d’oranges mmmmmh, c’est bon ça. Mais un scone c’est une pâtisserie, c’est pas de la littérature. Tu me suis ?

Si tu tombes sur ce livre dans une librairie, une bibliothèque ou chez des amis, fuis. Et change d’amis.

Et puis c’est agaçant parce que c’est le genre de bouquin dont on comprend illico qu’il va un jour ou l’autre être adapté au cinéma. Et on voit tout aussi rapidement trrrrrèèèèès bien ce que ça va donner.
Ferme les yeux : l’écrivain un peu effrontée, subtilement affranchie des codes sociaux de son époque (l’immédiat après 2ème Guerre Mondiale), oui, c’est Keira Knightley. En plus, le contexte fait de privations et rationnements drastiques lui fournira une super excuse pour perdre 27 kilos supplémentaires, elle va kiffer. L’éleveur de porcs bègue, si timide et si touchant, c’est Colin Firth, of course. Le fils à papa cultivé et sûr de lui qui courtise l’héroïne: Jonathan Rhys Meyers, you betcha. Et là, cette femme mûre, si digne malgré le poids des difficultés de la guerre, qui taille les rosiers dans son jardin, un chapeau de paille à large bord sur la tête… mais oui, c’est Judi Dench (ou Helen Mirren… ou Meryl Streep, une américaine, certes, mais elle peut tout jouer). Le gentil ivrogne du village, truculent et un cœur gros comme ça : un rôle pour Brendan Gleeson ça (ou Meryl Streep: elle peut tout jouer).

Je veux bien accorder une chose à ce livre : il nous plonge assez bien dans ce que furent les années de guerre en Grande-Bretagne, toutes ces années « Keep calm and carry on » qui nous fascinent toujours un peu nous continentaux. Mieux, il décrit avec parfois une certaine puissance d’évocation, ce que fut l’occupation de Guernesey et des îles anglo-normandes, seul territoire britannique occupé par les troupes du IIIème Reich.

Pour le reste, c’est un supplice : mièvrerie, apologie du bon sens terrien (ah ces braves paysans qui ont si bien saisi avec leurs moyens limités ce qu’est VRAIMENT la poésie de Wordsworth ou Shakespeare), émotion embuée mais retenue devant  la noblesse de cœur des petites gens… Hypocrisie des auteurs surtout : il s’agit d’un roman épistolaire donc, et choral mais ô miracle, tous les protagonistes, de l’ivrogne au dandy en passant par l’éleveur de porcs, la rebouteuse du village ou l’écrivain londonienne s’expriment dans le même langage châtié. Sérieusement?!?! Et puis cousu de fil blanc bien sûr : toi qui viens d’entamer le bouquin et qui te demande qui Juliet, la charmante écrivain si piquante et si spirituelle, va choisir entre l’esthète richissime, arrogant et condescendant et le modeste éleveur de porcs sensible, généreux et amateur de littérature de l’île de Guernesey, je vais te donner la réponse. Elle choisit de se faire démonter donner son cœur à l’éleveur de porcs, voilà ce qu’elle fait. Wow.

Voilà, je viens de te faire économiser de précieuses heures de lectures. De rien.

Allez

comme on dit à Stoke-on-Trent.

L’injustice

Aussi incroyable que ça puisse paraître, je ne suis pas toujours ce jeune homme élégant et mesuré, ce gentilhomme humaniste et généreux. Ou plutôt, si… Peut-être ne le suis-je que trop… C’est un lourd fardeau à porter que celui de la perfection et face à ce monde cruel et brinquebalant, je suis parfois colère, je suis parfois révolte. Car vois-tu, je n’aime rien moins que l’injustice. A ne plus pouvoir en dormir la nuit, à me réveiller en sursaut : « Non, il ne se peut, non, non, NON ! ». Les enfants soldats, le réchauffement climatique, le conflit syrien : c’est tellement dur. C’est ainsi que ce matin, j’ai abrégé de dégoût mon petit-déjeuner : il me fallait rendre justice et réparer l’inacceptable.

Il me fallait rendre grâce à Supergrass pour services rendus à la nation Pop.

Supergrass fait partie de ces rares groupes qui ne m’ont jamais déçus. Mieux, ils n’ont selon moi jamais enregistré de mauvais disques. OK, le tout dernier est un peu fade, un peu anecdotique mais mauvais ou médiocre, certainement pas. Et le reste figure carrément dans le haut du panier de ce que l’Angleterre a produit depuis le début des années 90. Et ça m’énerve parce que déjà que de son vivant le groupe n’a jamais eu le succès qu’il méritait, aujourd’hui qu’il a splitté, plus personne n’en a rien à foutre. Alors qu’il fait partie de ses groupes, comme Phoenix ou The Coral, qui ne savent littéralement composer que des tubes.

Supergrass version trio, à la grande époque

Surtout, et c’est là que le groupe devient vraiment très précieux, Supergrass est un groupe fondamentalement joyeux. Sa musique rend joyeux, euphorique même. Un peu à l’instar de Creedence Clearwater Revival, c’est un groupe de rock, ou de pop, peu importe, traditionnel (au sens guitare-basse-batterie) qui donne envie de danser et sauter partout comme un con. Je ne parle pas uniquement de ça, effectivement un hymne absolue à l’insouciance et à l’adolescence, je parle d’absolument tous leurs disques. En ce moment par exemple, je réécoute beaucoup leur 2ème album, In it for the money. C’est un disque que je n’ai non seulement pas acheté à sa sortie: je l’ai acheté lorsqu’ils avaient déjà splitté. Pour une raison que j’ignore totalement, je pensais à l’époque que je ne l’aimerai pas. C’est idiot car j’aime absolument tout ce qu’ils ont fait mais c’est comme ça. D’un autre côté, ça m’a permis d’en avoir un sous le coude en quelque sorte: j’adore ne pas avoir la disco complète d’un artiste et découvrir sur le tard un album que je ne ne connaissais pas, en sachant pertinemment que je vais l’adorer. Et j’ADORE In it for the money, c’est même peut-être carrément devenu mon favori. C’est leur album psyché, très influencé par les Small Faces, tubesque, toujours: la première partie, jusqu’à Going Out incluse est absolument parfaite et me procure un immense plaisir.  Ca par exemple, ça me tue… Si je devais faire un top des chansons qui me rendent hystérique, elle y serait très certainement (avec par exemple Dreaming of You de The Coral ou All the day (and all of the night) des Kinks pour rester dans les britonneries). J’aime aussi beaucoup le 4ème album, Life On Other Planets, très souple et puissant, hyper bien produit par Tony Hoffer, un gars derrière des albums de Beck, Phoenix ou Belle and Sebastian : ça , c’est pas mal pour me donner le sourire par exemple. Ah c’est pas Tristesse Contemporaine qui pourrait en dire autant mon vieux !

Le groupe a paradoxalement sans doute souffert de cette image de feelgood band: moins pointu que Blur, moins fédérateur qu’Oasis, moins génial que Pulp. Pourtant Supergrass excellait aussi dans les moments plus calmes, plus mélancoliques, comme sur son 3ème album éponyme ou le très acoustique Road to Rouen. Sans ostentation, toujours avec une certaine humilité. Et au final, cette modestie, cette générosité les rend non seulement particulièrement attachants mais également extrêmement élégants (oui, comme Creedence encore).

Version quatuor, sur la fin, avec le frère de Gaz aux claviers.

Supergrass était originaire d’Oxford, comme Radiohead. Les 2 ont émergé à peu près à la même époque. Le groupe n’existe plus depuis 3-4 ans. Gaz tente une carrière solo (le mec a un nom de star, Gaz Coombes et il ressemble à ça : il vous fallait quoi de plus les filles?!). Le batteur et le bassiste, tout le monde s’en fout. Radiohead lui existe toujours. Ses membres se font des couilles en or en remplissant des stades et salles immenses au son de leur bouillie prétentieuse et triste comme la mort.

Putain d’injustice.

L’homme moderne

Il y a dans la formidable série The League un formidable épisode au cours duquel le formidable Taco – personnage « lunaire et décalé » comme on dirait sur Le Monde des Séries ou Télérama, ce qui équivaut à peu près à la même chose, en fait un sympathique abruti au QI d’autant plus atrophié qu’il passe ses journées à fumer de l’herbe – pense avoir trouvé le filon ultime avec sa dernière invention : des petites serviettes en papier qu’on pourrait placer dans son caleçon afin d’essuyer en toute discrétion la petite goutelette indésirable post-pipi qui nous a tous tracassé à un moment ou un autre.
NE ROUGIS PAS, NE ME MENS PAS, ne te mens pas à toi-même, regarde-toi en face, tout ça est on ne peut plus normal.

Bref, Taco a trouvé la solution. A un moment, l’immmmonde Ruxin va pisser, se retrouve avec une tache sur son fute, commence à s’essuyer, la baby-sitter débarque, elle pense qu’il est en train de se branler et lui fait du chantage, super super épisode, avec une prestation superlative du génial El Cuñado, bref, c’est super The League, je t’en toucherai peut-être un mot 1 2 C 4 comme on dit plus depuis 2008.

Eh bien Taco avait vu juste.
Taco avait vu Le Futur.
Taco, mon pote, this one’s for you:


Less insecurity, more confidence.

Merci Drysec: je n’ai pas encore utilisé le urinal wipe-dispenser mais je me sens déjà mieux.

L’Angleterre

Sur Grande remise, on aime les States. On kiffe l’esprit Calif’. On porte fièrement ses chemises de cowboys. On slamme sur le canapé du salon lorsque retentit l’intro de Cinnamon Girl ou de Fortunate Son. N’en déplaise aux ronds de cuir et à la bien-pensance: vous ne bâillonnerez pas la libre parole.

Mais on aime aussi l’Union Jack, les fish & chips et la Strongbow nom de Dieu ! C’est même là que tout a commencé.

Aujourd’hui je vais donc te parler de 2 artistes britons qui me tiennent particulièrement à cœur.

Richard Hawley a publié cette année un album qui comme à chacune de ses nouvelles sorties, m’a donné l’occasion de me replonger avec délice dans sa discographie. Une discographie qui sent bon le graillon du Brighton pier ou des pubs à 2 balles de Blackpool. Richard Hawley y a pratiquement grandi dans ses pubs là : son père, et même son grand-père il me semble, étaient déjà des musiciens pro ou semi-pro, aguerris au difficile public familial, prolo et volontiers imbibé des gargottes de Sheffield.

Fockin’ nice cover mate

Il a repris le flambeau et ses références sont pour la grande majorité à aller chercher du côté d’Elvis, de Johnny Cash, de Ricky Nelson. Mais le résultat a ce je-ne-sais-quoi de profondément britannique : peut-être est-ce dû à son accent, à cette indécrottable mélancolie, à cette esthétique de loser magnifique… A ce superbe look de Teddy Boy aussi certainement.

Son dernier album est assez moyennasse, il faut dire ce qui est. Il sonne très britpop 90s, un peu daté donc si on est gentil mais je suis pas ici pour être gentil, vas-y tu crois quoi toi? Alors je préfère dire largué. Disons que si jusqu’ici il excellait à enregistrer des chansons de vieux qu’il parait d’une fraîcheur et d’une intensité incroyables, il a ici commis un disque de jeune qui sonne un peu passé… Pas catastrophique non plus, voire pas désagréable selon son humeur mais en tout cas le plus faible de sa discographie.

– Il est comment le dernier Richard Hawley?
– Moyen.

Parce que le reste mon vieux… Je me suis notamment replongé dans ses 2 premiers: de parfaits compagnons de fin de soirée (il doit être techniquement impossible d’écouter ses chansons en plein jour, je veux dire, faudrait que j’essaie mais je suis sûr et certain que le lecteur bugguerait), de solitude et de cœur qui saigne, d’une simplicité et d’une pureté désarmantes. Bon, Richard Hawley, je l’adore, pas la peine d’en faire des tartines: t’écoutes ça, tu chiales, tu réécoutes, tu rechiales, et toutes ces sortes de choses, l’affaire est pliée.

Quand on entend pour la première fois Neville Skelly, on pense immédiatement à lui: même timbre du mec-qui-a-bu-un-peu-trop-de-single-malt, même classe désuète du mec qui-a-un-portable-mais-depuis-2-mois-à-peine-de-toutes-façons-je-m’en-sers-jamais, même mine fatiguée du mec-qui-s’est-fait-larguer-un-peu-trop-souvent-d’ailleurs-c’est-toujours-lui-qui-se-fait-larguer.

Les tartines de Neville Skelly tombent toujours côté confiture.

Avant ce disque miraculeux, il était même chanteur de doo-wop je crois, ou un truc du genre, c’est dire s’il s’en cogne du prochain Autechre. Mais là où Hawley regarde les fifties dans les yeux, lui se réfère à la décennie suivante (oui, les sixties, c’est bon, la ramène pas, c’était pas bien compliqué). Il est logiquement davantage marqué par le folk et la pop que par le rock’n’roll. Pour pas qu’il y ait de doutes, il reprend Phil Ochs, Jackson C. Frank et les Beatles, 2 fois pour ces derniers.

Surtout, surtout, ô miracle, ô grâce céleste, il a eu le bon goût, le génie même, de se faire accompagner, et de se faire écrire quelques chansons par les membres de The Coral (dont le leader se nomme d’ailleurs James Skelly, oh putain c’est dingue mais ils sont de la même famille en fait nom de Dieu ! C’est fou ça hein, y a des ces hasards dans la vie quand même, moi tu vois j’adore ces moments de pure coïncidence ou tout fait sens, ou le monde semble prendre une tournure logique, ou tout s’arrange. Sauf que non, aucun rapport en fait ils ont juste le même nom): le contraste entre son timbre de voix grave et légèrement plaintif et ces arrangements d’une finesse, d’une délicatesse infinies donne un résultat d’une beauté… Ce sont les plus belles chansons que j’ai entendues cette année et ça n’est pas peu dire car je m’y connais en beauté, et pas qu’un peu, je te prie de croire.

Le look, la voix, les chansons, les musiciens qui l’accompagnent, la pochette: Neville Skelly a tout bon.

Et là  je me suis dit:  mais c’est dingue, voilà, Neville Skelly, j’adore son disque, c’est sublime, oh purée, mais c’est The Coral qui l’accompagne, rhalala c’est bien foutu quand même, y a pas de secret, moi tu vois j’adore ces moments de pure coïncidence ou tout fait sens, ou le monde semble prendre une tournure logique, ou tout s’arrange. C’est très réconfortant.

Comme les chansons de Richard Hawley et Neville Skelly.